J’ai tiré les cartes à une soirée et c’est plutôt ardu en fait.

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En train de présenter mes tarots à une personne subtilement anonymisée par mes talents de geek.

Quand il nous a été proposé de faire un stand de tarot à ce festival pour les meufs LGBTQI+, on a plutôt pensé à créer notre petit coin en marge d’une activité. Cependant, la perspective de fournir ce service à l’intérieur de la soirée de clôture intéressait davantage l’organisatrice. Sceptiques, Anja et moi avons accepté à condition de pouvoir tester le format au préalable. Nous avons ramené nos cartes à une soirée d’anniversaire dans cette intention, mais nous n’avons pas tenu l’exercice jusqu’au bout : on s’est installées dans une chambre de la coloc en demandant à nos consultantes de faire la file derrière la porte close. Petit havre de paix et de réflexion dans une soirée bien chargée, la formule a beaucoup plu, tant à nous qu’aux personnes qui sont venues se faire tirer les cartes.

Deux mois plus tard, nous voilà à la soirée de clôture du L-Festival. On installe un petit stand avec une table pour chacune. Il est aussi isolé que possible dans un recoin près de l’entrée, derrière la caisse. Des amies veillent aux inscriptions pour éviter qu’une file se forme. On avait prévu des petites lampes, des décorations, des nappes de travail, des petites bougies. Très vite, la musique qui agite la piste de danse un peu plus loin dans la salle me pousse à élever la voix, presque à crier pour me faire entendre de nos consultant-e-s. La sélection musicale est excellente et c’est évidemment pire comme ça. Il faut sans cesse la filtrer, ne pas la laisser entrer dans la bulle car elle fait interférence dans l’échange qui j’essaie de créer avec les personnes en face de moi. Dans ces conditions, je mobilise une lecture assez scolaire des cartes, laissant peu de place à l’intuition – trop compliqué de s’y connecter.

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Ma table à la soirée de clôture du L-Festival

Expérience un peu légère et superficielle à des lieues de la profondeur que peut offrir le tarot mais néanmoins intéressante. C’est en effet une première approche fun et légère pour les consultant-e-s. Même si je ne suis pas convaincue que ça les ramènera à nouveau au tarot… Ça m’a par contre motivée à proposer des après-midis ou des soirées tarot à la maison de temps en temps. Avec des échanges, des explications, des tirages approfondis dans la chambre, des exercices en commun.

Pas de débriefing complet sans un petit mot sur mon modus operandi de consultation en soirée. Je commence par expliquer aux personnes qui se présentent pour le tirage quelle est ma pratique. Ça se traduit généralement par un grand : « quitte à casser des attentes, je ne prédis pas l’avenir, ce n’est pas de la voyance ». J’explique que ma démarche relève plutôt d’une sorte de « développement personnel » – terme que j’évite parce que je ne me retrouve pas dedans, ni dans ses implications dans une société néolibéral et productiviste à l’extrême. Donc mon blabla habituel c’est : éclairer une situation, éclaircir des points, être attentives.fs à des énergies, des angles morts, etc. Je présente ensuite les différents tarots que j’utilise en consultation. Je les étale un peu, j’explique leur « personnalité » ou leur histoire, je laisse les personnes qui le souhaitent les parcourir et je les invite à choisir un jeu en fonction du thème qu’yels amènent. Ma présentation passe d’ailleurs par ce point : je ne propose pas de lectures « ouvertes » et je requière un thème ou une question de départ. En fonction de ce qui m’est expliqué, j’improvise un tirage de 3 à 5 cartes. Samedi, j’ai beaucoup eu recours à des déclinaisons passé/présent/futur (dans le sens : un élément qui quitte ta vie / ta situation actuelle / ce qui rentre dans ta vie). Et puis, c’est parti pour une dizaine de minutes d’interprétation avec plus ou moins d’échange avec la consultant-e, le format ne permettant pas énormément de questions, réflexions et conseils personnalisés.

C’est carrément à l’essai et j’attends vos commentaires pour des pistes d’amélioration. Il y a aussi un article très chouette de Beth Maiden sur le magazine en ligne Autostraddle sur la lecture des cartes à un événement (queer).

Une chose est sûre au sortir de cette aventure : je n’envisage pas de proposer des consultations en dehors des événements queer et/ou féministe. Mais quel bonheur de déployer cet outil pour des personnes de ces communautés ! Et puis, une observation : la démarche militante, c’est génial, c’est clair, mais ces sessions sont véritablement épuisantes. Dans ces circonstances, même si ce ne sera jamais un prérequis, j’espère recevoir une rémunération -ne serait-ce que symbolique- pour d’éventuelles prestations futures.

Merci encore à Delphine, la fabuleuse organisatrice du L-Festival, de nous avoir invitées!

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Difficile de choisir que ramener pour dresser une belle table de consultation…