Décoloniser et queeriser la « spiritualité »!

A l’attention des tireur-ses de cartes, sorcières, néopaïennes et les autres,

Je suis une lesbienne cisgenre et blanche. Je vois passer beaucoup de choses qui me choquent sur les réseaux sociaux. Je réagis ici en vrac, depuis ma position. Parce que les blanc-he-s qui se taisent au sujet du racisme le perpétuent, j’écris à l’attention des personnes blanches en priorité.

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Slow Holler

On n’est pas femme parce qu’on a un vagin. On n’est pas femme parce qu’on a ses règles. Quand on a ses règles, on ne les a pas forcément sur un cycle de 28 ou 29 jours (sauf quand on prend la pilule, mais alors, épargnez-nous l’argument de la natuuure), on n’est pas intrinsèquement « lunaire » quand on a ses règles (et ça ne détermine toujours pas si on est une femme, une homme ou d’un autre genre).

Il y a des femmes qui ont des pénis et des hommes qui ont des vagins. Il y a plein de gens qui se retrouvent dans un genre qui ne correspond pas à ces deux-là (et pas nécessaire parce qu’yels ont intégré leur « part féminine » ou leur « part masculine »). Il y a des personnes qui sont non-binaires, agenres, genderqueer, fem, butch, two-spirits (pour les personnes autochtones d’Amérique du Nord), hijras (en Inde), etc. Pour certain-e-s, certains de ces termes se recouvrent. Pour d’autres pas.

Les ateliers (chers!) qui bourgeonnent çà et là sur la fâââme, son cycle et son rapport à la nature participent à une essentialisation (femme(s)=sexe=nature, une adéquation historique battue en brèche par certaines écoféministes et épousée par d’autres). Ils sont binaires et cissexistes: il y aurait d’une part les hommes et de l’autre les femmes et tout le monde serait cisgenre (c’est-à-dire vivant son genre comme en adéquation avec le sexe assigné à sa naissance, en d’autre termes les personnes trans n’existent pas dans ce schéma). Par ailleurs, on y fait souvent référence au vagin ou à l’utérus, comme si le sexe était une réalité biologique irréductible et simple. Mais le sexe n’est pas moins construit et complexe que le genre: organes génitaux primaires et secondaires, hormones, chromosomes,… Diverses dimensions peuvent être prises en compte. En réalité, elles ne s’alignent pas chez tout le monde. Les personnes intersexes subissent souvent des réassignations chirurgicales et hormonales dans l’enfance afin de « corriger » la diversité réelle des corps, du sexe et des genres. Les ateliers sur la « fâââme » participent aussi d’un ordre genré et hétéronormé qui relègue les personnes transgenres et intersexes au rang d’anomalies indignes d’être écoutées et qui enferme les femmes cisgenres dans des rôles dictés par l’hétéropatriarcat.

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Oracle of Oddities et les zines Mutante.s (https://sorryiamnotsorryblog.wordpress.com/)

L’hétéropatriarcat et le racisme se côtoient très bien – hélas. Dans beaucoup de pays qui ont été colonisés par les blanc-he-s d’origine européenne, les facettes non-binaires du genre et des sexualités ont été réprimées, niées ou redirigées. Les blanc-he-s ont instauré un rapport de pouvoir par leur colonisation. Vous n’êtes pas two-spirits (ou encore moins « berdache », un terme empreint de colonialisme) ou autre quand vous êtes blanc-he-s. Si vous n’êtes pas conscient-e-s de vos privilèges dans les rapports de pouvoir, vous pourriez tomber dans le piège de l’appropriation culturelle. ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas vous intéresser à d’autres pratiques culturelles et spirituelles, mais plutôt qu’il vous faut comprendre les limites de votre participation.
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5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif

Figures monstrueuses qui peuplent les imaginaires des victimes du patriarcat. Les langages tortueux quand les traumatismes affleurent à la surface. Les visions insupportables. Néanmoins, édulcorées par rapport ce qu’elles masquent encore. Laideur, corps en décomposition, démantelés, éparpillés, lacérés. Lisses comme des bosses à la place des yeux, des crânes échevelés. Ou des cratères comme des plaies béantes, des pustules suintantes. Et puis des os. Des os partout. Sur le sol. Autour du cou comme des bijoux. Six pieds sous terre, dans les rêves ou dans les dessins. Des os dans l’écriture automatique. Cet irréductible qu’il n’aura pas encore eu de nous. Même pour ceulles que leurs coups ont cassé-e-s, scindé-e-s, abîmé-e-s.

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the wild unknown tarot

Le 5 d’épées, dans certains jeux en tout cas, m’évoque tout ça. Notre capacité à nous régénérer, non pas pour mieux nous assimiler, mais pour mieux résister. Couper. Triturer. Éplucher. Trancher. Scier. Dépecer. Décortiquer. Parce que nous sommes en morceaux de toute façon. Autant aller jusqu’au bout. Plus loin que l’hétéropatriarcat. Dans une meilleure connaissance. Jusqu’à la moëlle. Épinière. Se reconstituer de l’intérieur une structure qui nous tiendra. Dans notre monstruosité. Fièr-e. Lire la suite « 5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif »

Le-la reine de coupes – Intuition?

Cultiver une approche féministe ET queer du tarot implique de se confronter à des nœuds et à nos propres préjugés. La réceptivité supposée des reines m’a posé problème. Je l’ai même rejetée en bloc.

C’est qu’il existe une vision binaire qui se manifeste dans le tarot et dans de nombreuses pratiques spirituelles par un amalgame entre le féminin (et dans le pire des cas les femmes) et la passivité, la réceptivité, le soin, la douceur et puis le masculin (et dans le pire des cas les hommes) et l’action, le leadership, la prise de décision, etc. Cette distinction prend sa source dans (et continue d’alimenter) le patriarcat et l’hétéronormativité.

D’ailleurs, dans de nombreux discours, cette prétendue « complémentarité » (en réalité, un rapport de pouvoir qui cantonne à certains rôles de genre, entérine les violences de tout type perpétrées et perpétuées contre les femmes) serait « naturelle ». La réceptivité des femmes serait inscrite dans leur vagin et dans leur utérus tandis que les hommes seraient « actifs » en raison de leur pénis et de l’éjaculation. Haha, comme si les personnes doté-e-s d’un vagin n’éjaculaient pas (je ne vous invite pas dans mon lit pour découvrir l’inverse mais vous savez de quoi je veux parler). A l’hétéronormativité et au sexisme, s’ajoute dans ces interprétations une vision extrêmement cissexiste, c’est-à-dire qui sous-entend que tous les hommes et toutes les femmes en question sont cisgenres (non-transgenres quoi). Lire la suite « Le-la reine de coupes – Intuition? »

La grande prêtresse – La voyante

La grande prêtresse est une chouchoute pour bien des tireur-ses de cartes. Et pour cause: elle fait référence à un pan de notre passion de taromancien.ne.s!

DSC_0048Gardienne de la contrée des profondeurs, elle veille à l’accès à l’inconscient, à l’intuition et au sacré. Non sans une grande sagesse. Elle connaît les secrets, grâce à sa propre expérience et à ce qui lui a été transmis. Fière de cet héritage, elle en assure elle-même la transmission. Elle ne croit pas qu’on est toujours seul-e face à ses démons. Elle est attentive aux archétypes. Elle est consciente du poids des mécanismes d’oppression dans ce qui se joue dans nos mondes. Elle détient les clés qui ouvrent des portes entre les problèmes individuels, les histoires de famille et les systèmes de domination, éclairant ainsi les récits de vie sous un angle neuf. Salvateur. Révolutionnaire et constructif. Les traumatismes et les stress qu’ils engendrent sont

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toujours politiques selon elle. Elle te partage ses secrets avant que tu n’embarques dans ton voyage entre ces mondes. Lire la suite « La grande prêtresse – La voyante »

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