Mes cuisses

publication initiale sur mon blog Grosse Fem et également disponible dans mon zine « Grosse et fière »

J’aime mes cuisses
Fermes et tendres
Rebondies et musclées

J’aime mes cuisses
Dans leur transparence
Avec leurs creux et fissures
Avec, entre les traits laissés par les lames,
Comme autant de fossés et marécages
Entre les cicatrices,
Les collines de cellulite

J’aime mes cuisses
Quand elles retiennent
La main de mon amante
Tandis que ses doigts
S’agitent s’agitent
Dans mon vagin

J’aime mes cuisses
Quand en quelques minutes
J’ai gravi les marches
Jusqu’à la citadelle
Conquérante et rebelle

J’aime mes cuisses
Même si les accoudoirs des fauteuils
Appuient, s’enfoncent
Tandis qu’elles sont
Contre les standards
Contre l’uniformité
Mes remparts à ces contreforts
Qui oppriment leur gracieux gras

J’aime mes cuisses
Pour leur souplesse
La partie de mon corps
Qui peut s’étendre
Les jambes tirées
Les pieds joints
Ma tête qui approche mes genoux
La paume de mes mains qui dépasse
Mes orteils
J’aime mes cuisses
Quand le liquide éjaculé
Toujours différent
Qui refuse d’être expliqué
Par leur science
Jaillit et dégouline
Dégouline et les irrigue

J’aime mes cuisses
Recouvertes d’éclairs scintillants
Anaïs a appelé les siens
Ses rayures de tigresse
Mes vergetures sont des joyaux
Une parure

J’aime mes cuisses
Tant bien que mal
Alourdies et fébriles
Avant et pendant les règles
Lourdes
Piquées de mille aiguilles
Lourdes
Mes cuisses adorées

Mes cuisses
Mes cuisses l’été
Insortables
Indomptables
Tigresse en colère
Suintantes
Frotte, frotte, frotte
L’une contre l’autre
Elles s’irritent
Les sillons des vergetures
Se creusent
Ampoules, boutons, brûlures

Peu de crèmes préventives
Chères
Tout comme le cycliste en coton
Et rare à ma taille
Et encore plus rare
S’il ne fait pas office de gaine
Ce en quoi je ne vois aucun gain
Peu accessibles,
Les bandes autocollantes en dentelle
Livrées depuis les Etats-Unis
Ni pratiques
Parfois trop fines
Pas adaptées à tous les corps
Mais je commande quand même pour voir

Commande
Car c’est incommode
Cette douleur
Au moment où commence
Le frotte-frotte-frottement
Il me reste deux minutes
Avant de ne pouvoir plus marcher
Frotte, frotte, creuse, creuse
Puis il faudra nourrir
La peau
L’inflammation
Attendre que ça guérisse
Recouvrir
Même sous la chaleur

Recouvrir
Des collants
Des mini-shorts
Des crèmes
De la dentelle

Et l’angoisse
Quand ça me lâche
Je n’ai que ces deux minutes
Avant la douleur
La douleur, l’irritation, le feu

Mais on est grosses
Alors c’est onéreux
Impayable
Surtout qu’on est discriminées
A l’emploi

Mais on est grosses
Alors on n’a pas à se plaindre
On dira que c’est de notre faute
On n’a qu’à pas être qui on est
Ou sous conditions
Celle de changer ce corps
A coups d’opérations
De privations qui dérèglent l’organisme
On n’a qu’à la fermer
Et souffrir pour sentir notre condition

Nos cuisses
Nous, on se dit
Qu’on les aime
Nos cuisses
Pour nous, on les aime
Envers et contre les messages
Qu’on devrait intégrer
Qu’elles sont pas désirables
Qu’elles prennent trop de place
Alors que c’est notre environnement
Qui est étriqué

Moi, je trouve que
« Peau d’orange »
Ça donne envie de lécher
Ça sent bon et c’est doux
Comme une peau d’orage
A vergetures comme des éclairs
Si c’est pas la preuve
Que je les connais
Et je peux les aimer
Mes cuisses
En résistance
Et avec passion

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