Tout se monnaie, tout se diplomise

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 06/03/2018

C’est tout de même assez interpellant. Tout se monnaie. Tout se diplomise. Aucun savoir, aucune compétence n’est reconnue si elle n’est pas sanctionnée. Les scènes slams et les spoken words étaient accessibles à tou-te-s ? Trop facile. On crée des diplômes de conférences gesticulées, savamment verrouillées par des réseaux de scènes auxquelles le passe-droit donne accès. Tu n’as pas les centaines d’euros pour suivre la formation ? Tu es mère célibataire et tu ne peux pas te libérer pour la suivre ? Tu es neuroatypique et pas du tout soluble dans ce format d’apprentissage ? Trop dommage mais bon c’est comme ça et puis voilà !

Le tatouage à l’aiguille, c’est pas joli, ça vieillit mal, n’importe qui peut s’improviser tatoueur-ses mais c’est pas ça la vie. Si t’as pas les couilles pour te faire maltraiter comme apprenti-e et intégrer la technique la vraie, tu fais juste de la merde.

Tu veux apprendre le tarot, pratique libre par excellence, mais quand même, tu peux bien débourser quelques centaines d’euros pour voir ton expertise validée par une personne d’expérience. Tu as appris comment reconnaître les plantes médicinales avec ta grand-mère ? Tu n’y connais rien, écoute parler les mecs qui te font payer pour leurs conférences.

Artiste ? Chasse gardée aussi ! Discipline, entraînement, être adoubé-e par ses pair-e-s. Les riot grrrls n’y ont rien compris. Les autodidactes ont toujours tort.

Les gardien-ne-s du savoir se cachent dans les détails. Les universités néolibérales ne sont plus les seules garant-e-s du bon savoir. Les beaux-arts ne sont plus les seuls tenants de la bonne production artistique. Les forteresses de la légitimité se dressent ailleurs, partout. Le capitalisme se moque de l’accès libre aux savoirs, de leurs transmissions, de la capacité des opprimé-e-s à parler de leurs propres existences. Tout est rentable. Tout se monnaie. Tout se diplomise. Les normes masculines et blanches/raciales/coloniales s’immiscent ainsi dans tous les domaines de l’expression et de la création.

Il y a les bonnes paroles et les autres. (Mais on peut plus rire de rien hein, les minorités ont muselés la liberté, tout fout le camp).

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