Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement

Il y a des domaines où la badasserie corporelle ne percole pas. Elle reste cantonnée.
A part quand il fait si chaud que la perruque me donne des malaises, je ne sors pas sans elle. Ce n’est pas que je ne me montre pas sans elle. C’est que je ne sors pas sans elle.

J’anticipe les remarques. Pour ce pan de ma vie, j’opte pour le passing de la normalité. Si je n’étais pas trichotillomane et que je n’avais pas les cheveux irrémédiablement abîmés avec le crâne exposé par endroits, peut-être que j’aurais sciemment tondu mes cheveux pour jouer le décalage avec mes jambes velues. Sauf que c’est pas le cas. Je me rappelle les remarques. Les gens qui touchent ma perruque. Les profs qui me virent d’un auditoire bondé à l’unif parce que je porte un fichu ou une casquette gavroche. Tous les autres lieux auxquels je n’ai pas pu accéder sans justifications. Les mecs qui me demandent pourquoi je choisis de me couvrir et d’être soumise, qui me harcèlent si je ne réponds pas. Ces derniers exemples sont clairement des retombées du racisme/sexisme à l’égard des femmes voilées (vers 2004). En tant que femme blanche, ce que j’ai vécu est minime.

img_20190724_154921_3612561082680347430064.jpgLes perruques furent une porte de sortie après 5 ou 6 ans de boutades et de questions intrusives. Oui mais ça fait des années ? Eh bien, je n’en suis pas guérie.

Mais, magré tout, je suis sortie avec un foulard vintage en bandeau ne masquant qu’à moitié ce qui me reste de cheveux, tondus. Je suis sortie avec une longue jupe parce que ça permet à l’air de circuler quand il fait chaud. Et puis, Julie Menuge est une créatrice locale dont les vêtements taille unique conviennent vraiment à plein de corps. Même que je porte un M en plus ! J’ai sorti mon syndrome d’Ehlers-Danlos sous la canicule: l’asthme, les quintes de toux, les chevilles hypermobiles qui me font mal.
Je suis sortie pour aller chez le vétérinaire.

C’était pas un drame. C’était pas non plus anodin. C’est toujours important, les jours sans perruque.

Si je sers ma pelote de tonte dans le creux de ma main, je peux sentir mes mille vies, mes mues, mes retours, les traumas dont on ne se débarrasse pas et c’est comme ça. img_20190724_1533255690380098353211245.jpgJe ne peux pas compter mes cheveux blancs. Ça arrive quand on a mille vie derrière soi. Je peux sentir la rage de l’adolescente qui a commencé à s’arracher les poils. Je peux sentir mon refus d’être une « vraie meuf ». Tu sais ce qu’on dit ? Que les cheveux, c’est la féminité et que la trichotillomanie est un refus de la féminité. Dans le creux de ma main, je sens tous mes refus et j’en suis fière, sans concession. Je refuse en priorité les cases que la psychanalyse et le patriarcat ont choisi pour moi. Je vois déjà les psys qui se frottent les mains parce que je confirme toutes leurs théories. Nos vies complexes rient aux éclats. Tant pis pour ceulles qui passent à côté. 

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