3 de vases. Communautés, solitude, transition (La Mort)

Ça fait quelques mois que je ressens la pleine lune comme un appel à la communauté, criant puissamment depuis les tréfonds de ma psyché.
Je collecte des indications sur ce que la communauté n’est pas (et surtout n’est plus) à mes yeux, ce qu’elle pourrait d’être, ce dont je crève d’envie, là où je crève de trouille.
C’est bizarre de traverser ce processus en solitaire. J’appelle d’abord les parties de moi éparpillées, qui n’ont pas voulu faire communauté. Je réponds à l’appel d’Hékate. Je tends vers une sorte de communauté cosmique.
Hier, pendant qu’on marchait dans les bois, j’ai parlé et parlé de communauté, en particulier de communauté imposée: grandir dans une petite communauté rurale qui rend claustrophobe, ne pas avoir le choix de ses ami.e.s, devoir rester quand rien ne nous connecte. J’ai expliqué la solitude intense, plus tard, dans un monde plus élargi, quand il m’était impossible d’interagir avec quiconque à part les figures qui peuplaient mon esprit, mon monde, ce que j’appelais ma folie.
Et puis, avant d’aller dormir hier soir, j’ai parcouru des mails d’il y a 8 ans. Je me suis souvenue ce que ça m’avait fait de savoir que je perdais tout, inexorablement, en termes de communauté et de repères, tout en ayant cette sensation forte, baignée dans la lumière de l’automne, arpentant les rues et les parcs, livres et carnets sous le bras, que je me libérais pour retrouver enfin ma vraie communauté (queer !). La carte de la Mort dans toute sa splendeur en somme !
Je ne dormais plus la nuit. J’écrivais mes visions. J’écumais mes révélations. Je visitais des greniers du passé. Quand je m’exprimais auprès de mes amies, ma logorrhée effrayait. Mes pensées travaillaient plus vite que le bon sens. Tout ça faisait sens pourtant, pendant ces mois de pause entre deux traitements de neuroleptiques. En novembre, j’avais décidé de ranger et de nettoyer des tonnes de papiers et de souvenirs accumulés. J’y ai passé des nuits.

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Au travail, on me reprochait mes angoisses. J’étais toujours ailleurs. La nuit, je triais, je virais, je faisais place à une nouvelle vie qui n’était encore qu’en germe. Un matin, en descendant pour aller travailler, en retard, j’ai découvert le reste de poubelles remplies de ses vies que j’évacuais. Lacérées, elles n’avaient pas été emportées avec les autres. Les sacs avaient-ils cédé sous le poids de ma transition? Avaient-ils été picorés par des corneilles, soucieuses de participer au grand nettoyage, considérant qu’il y a toujours un peu de joie à récupérer dans les déchets ? Avaient-ils été déchirés par un renard, alléché par l’odeur de vieux gloss et blush? Je n’avais pas le temps de décider. Il fallait récupérer mes bouts de moi éparpillés sur le trottoir dont certains avaient dévalé la pente. Je me revois encore avec mon sac poubelle, accroupie sur mes Mary Jane’s à talons, mon manteau rouge ne couvrant pas ma mini robe, mes larmes atterrissant silencieusement dans le creux de mes lèvres, vibrantes du rouge de cet automne, un Russian red de mac. img_20191014_121532_3096467843157312869279.jpgJe me revois pleurer, dégoûtée de ce coup du sort, écœurée de m’acharner à faire de la place pour une nouvelle vie qui ne voulait pas venir, épuisée de voir revenir ces bouts de moi qui ne me correspondaient plus mais qui m’écorchaient encore les doigts. Peut-être que le vide n’étaient pas aussi nécessaire que je l’imaginais. Je me sentais vouée à ne pas parvenir à me débarrasser d’environnements qui me collaient à la peau. La vérité, c’était simplement que ces processus sont longs et qu’il me faudrait encore quelques mois de purge.
Tout est différent aujourd’hui. La communauté qui me traverse et pour laquelle je ne suis pas encore prête se traduit, outre le 3 de coupes, en Jugement et Le Monde. C’est comme si tout se rassemblait enfin. Comme mes appels sous la pleine lune qui traversent des dimensions. Comme les appels qui me parviennent de si loin. Comme si je m’approchais de quelque chose. Comme si nous nous approchions.

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