Grossophobie médicale

Je n’ai pas réussi à écrire sur cet épisode de grossophobie médicale. Je ne vais pas y arriver.
Je pense à la honte. Je ressens la honte. Est-ce que j’aurais pu me défendre mieux ? Si je raconte cette confrontation, les grossophobes l’utiliseront-yels contre moi ?

illu: Rose Butch, inspirée par mes selfie

Comment pourrais-je expliquer ça sans me justifier ? Sans vouloir répliquer : oui, mais regarde les gens de ma famille qui ont cette maladie génétique et qui sont maigres. Ou : mais je suis grosse mais… Comment pourrais-je expliquer quoi que ce soit sans entendre ses premiers mots « votre poids ? », sans la voir sur son application vérifier que ma grosseur pourra forcément invalider tous mes symptômes (on dit plus « obésité morbide » maintenant, on nous donne une classe, ou une couleur, ouuuuh, vous êtes dans le rouge, sans prendre en compte un autre indicateur que la corpulence), sans me sentir nulle, sans la voir mentir sur son papier pour ma généraliste ? Elle m’a demandé : vous avez des vergetures ? Parce que quand on a le SED, on a la peau fragile, on cicatrise mal et on a des vergetures spontanées. Elle s’est corrigée : « Bah oui, forcément, avec votre poids ». J’étais assez couverte, je m’en veux presque de ne pas avoir porté des vêtements qui montraient davantage mes veines, mes cicatrices et mes anomalies de la peau. Elle ne m’a pas auscultée hormis le fameux test de Beighton qui confirme en 30 secondes que j’ai bien une hyperlaxité généralisée. Mais elle a noté sur le document qu’elle m’a remis : pas de vergetures. Elle ne m’a pas auscultée parce que les médecins n’ausculte pas les gros-ses. Parfois, j’ai l’impression de devoir supplier des médecins pour qu’yels se penchent sur un de mes symptômes.

Quand on est gros-se, on a l’habitude d’être accueilli-e sans empathie, partout. Lire la suite « Grossophobie médicale »

Pourquoi je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse

avertissement: évidemment, cet article contient des images avec de la nudité

Je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse parce que

🍃Ça me permet d’observer et d’aimer mon corps à travers mon propre regard (passion selfies !), sans forcément le sexualiser, sans chercher à tout prix la beauté. Mais avec douceur. J’ai déjà écrit beaucoup sur ce que les séances photos ont bousculé dans mon rapport à moi-même. On apprend très tôt à détester nos corps. Le désapprendre, c’est déjà résister (modestement) à cette haine et à ce système.

🍃Je veux que tu vois mon corps à travers mon regard. Pas les corps gros du JT, pas ceux des journaux, dont la tête n’entre pas dans le cadre, de préférence dans une artère commerciale ou avec un paquet de chips. Je veux que tu aies la possibilité de désapprendre aussi ce regard. J’espère qu’en voyant le corps gros autrement, dans un contexte où il n’est pas présenté comme ce qui te dégoûte et que tu dois fuir coûte que coûte, tu passes en revue certains de tes clichés. J’espère que tu t’habitues à penser différemment. J’espère que tu désapprends la grossophobie qu’on intègre tou.te.s. Lire la suite « Pourquoi je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse »

Représentations des gros.ses

Tu es artiste ? Ou bien tu partages des visuels avec des gens (donc des corps) dessus ? Mais il n’y a pas de gros.ses sur tes images ? Alors, tu fais partie du problème. Bienvenue! Je t’explique…
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En Europe occidentale, entre 15 et 35% de la population est «  »obèse » ». C’est difficile de nous louper et pourtant… Nos représentations sont quasi inexistantes en dehors de clichés qui nous stigmatisent. Donc si tu ne parviens PAS à nous dessiner, nous photographier, partager notre contenu (euh, sans le voler pour le minciser hein, on vous voit), bein tu as un problème de grossophobie (ça arrive à tout le monde dans un monde résolument anti-gros.ses). Tu participes à l’effacement systématique de nos corps.
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J’ai l’impression de m’époumoner avec mon sifflet là: ouhouuuuh, par ici, on est làààà. Je me plie en 4 (littéralement, fais défiler les photos si tu doutes). Mais, honnêtement, regarde ce corps bien large, regarde ceux qui le sont davantage. Faut le vouloir pour ne pas nous voir. Faut bien avouer que les oppressions systémiques, un manque d’accessibilité généralisé, des médias sociaux qui nous visent directement (shadow banning, censure, algorithmes), tout ça contribue à nous invisibiliser. Lire la suite « Représentations des gros.ses »

Divination avec piqûre de taon sur vergetures. Le 9 et le 10 d’épées

Il y aura des vagues. L’anxiété va et vient. Elle se tasse. Elle est brûlante comme 10 piqûres en plein ventre. Elle est en creux. Elle culmine.🦟

Tu te souviens de ta première crise d’angoisse ? Je me souviens, j’avais 11 ans. On m’a emmenée à l’hôpital tellement j’étais mal. Et toi ?
C’était un peu la honte finalement. Une enfant qu’on croit mourante mais qui fait une crise d’angoisse alors qu’elle a tout pour être heureuse. img_20190804_105209_7228295923496671744132.jpgToi, on t’a dit ça combien de fois ? « tu as tout pour être heureux.se ». Combien ont spéculé sur la source de tes problèmes pour que tes angoisses et ton mal-être fassent sens pour eulles ? Leurs hypothèses révélaient-elles leurs propres secrets?

Stries translucides sur peau déchirée. Il y a toutes les fois où ce n’était plus supportable. Il y a les décomptes des gens. Et puis les nôtres: c’est pas parce qu’on ne finit pas à l’hôpital qu’on n’était pas à une seconde de se jeter.

J’ai longtemps cru que personne ne pourrait jamais comprendre. Pas toi ? Lire la suite « Divination avec piqûre de taon sur vergetures. Le 9 et le 10 d’épées »

Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement

Il y a des domaines où la badasserie corporelle ne percole pas. Elle reste cantonnée.
A part quand il fait si chaud que la perruque me donne des malaises, je ne sors pas sans elle. Ce n’est pas que je ne me montre pas sans elle. C’est que je ne sors pas sans elle.

J’anticipe les remarques. Pour ce pan de ma vie, j’opte pour le passing de la normalité. Si je n’étais pas trichotillomane et que je n’avais pas les cheveux irrémédiablement abîmés avec le crâne exposé par endroits, peut-être que j’aurais sciemment tondu mes cheveux pour jouer le décalage avec mes jambes velues. Sauf que c’est pas le cas. Je me rappelle les remarques. Les gens qui touchent ma perruque. Les profs qui me virent d’un auditoire bondé à l’unif parce que je porte un fichu ou une casquette gavroche. Tous les autres lieux auxquels je n’ai pas pu accéder sans justifications. Les mecs qui me demandent pourquoi je choisis de me couvrir et d’être soumise, qui me harcèlent si je ne réponds pas. Ces derniers exemples sont clairement des retombées du racisme/sexisme à l’égard des femmes voilées (vers 2004). En tant que femme blanche, ce que j’ai vécu est minime. Lire la suite « Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement »

Censure grossophobe sur Facebook pour changer

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Bien sûr, j’ai fait des captures d’écran juste avant de cliquer sur « publier » car, bien sûr, je m’y attendais! Je ne vais pas auto-censurer mon contenu qui respecte pourtant des règles sexistes en prévision des mesures anti-gros-ses de facebook!

Tu peux d’ailleurs lire mon interview d’il y a quelques mois à ce sujet: « Le hashtag #grosse censuré sur instragram: la grossophobie à l’heure des réseaux sociaux« .

Mise à jour: fb a décrété pour la deuxième photo: « nudité et activité sexuelle ». Sexisme et puritanisme dans toute leur bêtise! Moi, j’appelle ça: artivisme, poésie, humour absurde, radicalité corporelle et même – une expression que je déteste – body positivity. J’ai demandé un examen.

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Zine. Grossir le tarot 1 en téléchargement!

Si tu apprécies mes articles ici mais que le format blog entrave ta lecture, je te propose quelques compilations sous forme de fanzines.

On commence avec les essais et poèmes de « Grossir le tarot 1 » (clic clic pour consulter ou télécharger) Lire la suite « Zine. Grossir le tarot 1 en téléchargement! »

Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses

Après avoir tenté de comprendre le queer puis ses enjeux pour le tarot, penchons-nous sur la grosseur et sur la grossophobie.

L’analyse de tarots et d’oracles pour les articles ultérieurs de Grossir le tarot me contraindra à définir la grosseur très largement car la plupart des jeux ne propose pas aucune représentation de personne grosse. Certains se contentent d’intégrer une poignée personnages vaguement moins élancés que les autres. S’il ne saurait s’agir de représentations diverses, l’observation des cartes assignées aux personnages plus larges que le personnage standard nous informera malgré tout sur l’utilisation symbolique des corpulences hors-normes. Comme on le verra, à défaut d’alternatives dans ces jeux, j’ai souvent dû me résoudre à étudier des exemples « non-maigres » dans mon analyse de la grosseur dans le tarot.

Préalablement à l’étude de ces exemples, il nous faut interroger l’invisibilisation généralisée des gros-ses. Je te propose donc d’enquêter sur l’éventail de représentations limité – quand ce n’est pas une absence totale – pour une partie pourtant non négligeable de la population.

Terminologie

Mais avant tout: qu’est-ce que j’entends par grosseur ? Je n’utilise pas de termes médicaux. Je ne veux pas de termes qui rendent une « norme » implicite, estimant que certaines corpulences sont pathologiques. Pas de surpoids, de surcharge pondérale ni d’obésité ici. Pas de ces termes qui relèvent de l’arsenal de l’oppression des gros-ses. Pas non plus de ronde, pulpeuse, bien en chair, fort-e. Outre leurs aspects fortement genrés, ces mots agissent comme des euphémismes, comme s’il y avait quelque chose à atténuer ou à embellir. Nos réalités peuvent se passer de ces détours, en particulier dans un essai politique.

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Peut-être que ça sonne bizarre : gros, grosse, grosseur. Mais, eh, gros, c’est pas une insulte ce truc ? Bein si, on l’utilise comme tel. Et ça en dit long sur la perception de la grosseur, qu’un mot descriptif soit perçu comme injurieux et honteux. Encore une fois, cela n’opère que pour ce qui est stigmatisé. Les mots mince, blanc-he ou hétéro ne sont jamais devenus des insultes largement adoptées à un niveau structurel. Ces catégories sociales ne sont pas discriminées de façon systémique. Dans la lignée de 50 années de militantisme gros, de fat activism, on peut renverser le rapport de pouvoir, au niveau du langage, en insufflant à « gros-se » de la puissance plutôt que de la honte.

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Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 1: Riot not Diet

Il existe des tendances dans les façons dont témoignent, militent ou s’organisent les personnes grosses et dans les moyens qu’yels utilisent pour le faire. Peut-être inconciliables. Certainement pas irréconciliables. D’une oppression commune découlent une multitudes de vécus et une grande variété de mécanismes de gestion des discours dominants.

En ce qui me concerne, je me revendique du militantisme gros (fat activism) depuis près de cinq ans et la hargne avec laquelle je hurle Riots not Diets (la rébellion, pas les régimes) demeure inchangée. Il s’agit d’un rejet de l’industrie des régimes et de la chirurgie de perte de poids (inefficaces sur le long terme de toute façon (0)), un cri féministe s’élevant contre le contrôle du corps des femmes et un appel à s’engager dans le changement social, la rébellion, voire les émeutes. Pour paraphraser librement Naomi Wolf : une société qui fait une fixette sur la minceur des femmes est une société où celles-ci n’ont pas l’espace de cerveau disponible pour se rebeller (1). Cette affirmation laisse pourtant peu de place à la capacité de négocier avec les injonctions, d’user de stratégies ou de survivre en mode guerrière même en intériorisant et en incorporant les normes sociales de minceur (2). Par ailleurs, Wolf appartient à une lignée de féministes minces qui parlent volontiers de l’idéal de minceur et de ses conséquences sur les femmes, mais jamais des femmes grosses. Aussi, je reprends volontiers le constat de Kathleen LeBesco : si nos corps sont considérés comme abjects, révulsants, écœurants (revolting), nous pouvons toujours nous les réapproprier en corps en révolte (revolting) (3).

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Riots not Diets. Ce slogan anti-régime coupe l’herbe sous le pied aux personnes qui commentent nos corps, le contenu de notre caddy ou notre état de santé supposé. Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 1: Riot not Diet »

Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 2: Vocabulaire

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 18/06/2017

Je me revendique du fat activism. Eh bien, figurez-vous que depuis quelques années de nombreux-ses chercheur-e-s académiques travaillent aussi dans le champ des fat studies. Ces études sur la grosseur se distinguent des recherches sur la dite « obésité » (qui sont généralement anti-obésité et sponsorisées par des parties prenantes dans l’industrie de perte de poids (0)). Le point de départ des fat studies n’est pas la pathologisation d’une certaine corpulence mais plutôt les aspects sociaux, économiques, éducatifs, psychologiques, les biais médicaux, les représentations relatifs à la grosseur. (1). Dans la lignée du fat activism tel qu’il s’est développé au départ des Etats-Unis dans les années 70 et du développement des fat studies, voici quelques grands principes sur le choix des mots :

Surpoids 

Il est conditionné à l’existence un poids normal. Vous allez me dire : oui, c’est l’IMC qui le détermine. En fait, ce qui est devenu l’indice de masse corporelle a été développé au 19e siècle par Quetelet, statisticien belge, afin de pouvoir observer les variations dans la population et de faire des typologies (établir des « types » c’était super à la mode à l’époque, on en connaît les dérives racistes et eugénistes). Son but n’était pas du tout d’évaluer la santé d’individu-e-s. tumblr_mlm9unuoyz1qkve9lo1_500Son usage s’est répandu au cours du 20e siècle notamment à cause des compagnies d’assurance américaines à la recherche d’outils qui leur permettaient de classer leurs clients en fonction de leurs risques supposés de contracter des maladies. Quelques décennies plus tard, l’organisme national de la santé aux Etats-Unis a décidé, sous l’influence de l’OMS, de changer quels indices correspondraient à quel type de corpulence. Et hop, du jour au lendemain, des millions d’Américain-e-s sont devenus « en surpoids ». Indice fluctuant et utile pour catégoriser? Peut-être pas pour diagnostiquer! Et puis, il ne prend aucunement en compte les différences, pas même celles de genre. En outre, même si on s’entête à utiliser des outils problématiques, la répartition de la morbidité selon l’indice de masse corporelle n’est pas celle d’une augmentation constante mais plutôt une courbe : élevée pour les personnes très minces comme très grosses, plus élevée chez les personnes considérées comme « normales » que chez celles « en surpoids » (ces dernières seraient donc plus « saines »). (2)

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Obésité

Ce terme a gagné en popularité dans le monde occidental à la fin du 19e siècle et au cours du 20e siècle. On assiste alors à une pathologisation de la grosseur (3). Le monde médical, largement relayé dans les productions culturelles, y a vu un état dont résulterait toute une série de conditions problématiques comme des maladies cardiovasculaires. Or, aucune relation de causalité n’a à ce jour été démontrée (4).  Il y a bien une corrélation. Un lien. Pas nécessairement de cause à effet. Le lien pourrait être : Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 2: Vocabulaire »