Représentations des corps gros

Pourquoi diffuser des images de personnes grosses par les personnes grosses? Comment représenter des corps gros? Qu’est-ce que le privilège mince? La haine systémique des gros-ses? Les discriminations que nous rencontrons quotidiennement? En quoi est-ce lié aux représentations des gros-ses dans les médias ou dans l’art?

En novembre 2019, Corps Cools m’a invitée à prendre la parole lors d’un gros drink and draw, une soirée de dessin de modèle vivante grosse! J’y ai lu des textes et j’ai animé une discussion dont voici une version podcast (enregistrée préalablement au cas où je n’aurais pas pu être présente). Bon, ok, pseudo podcast parce que j’ai rien édité ni monté 😀

Les textes

Tu peux écouter dans l’ordre

  1. Je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse (à 0’00)
  2. Où sommes-nous3’55)
  3. Mes cuisses8’10)
  4. En conclusion: représentations des gros-ses12’10)

Si tu cliques sur les liens ci-dessus, tu peux aussi lire directement les textes.

Mes réflexions sur le thème

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Avec quelques photos, je prends le temps de revenir sur la soirée de dimanche. Quand on milite pour les droits des personnes grosses, on réalise vite que les représentations sont un des plus gros problèmes. Dans les films, livres, clips, séries, bd, médias, pubs… Les gros.ses ne sont pas ou mal représenté.es : déshumanisé.es, fainéant.es, avachi.es dans un canap', entrain de manger, malades, faire-valoir, sales, bêtes, sur-sexualisées, gourmand.es, méchant.es, tristes… (florilège de préjugés non-exhaustif). Pourtant, les représentations construisent notre inconscient collectif. Alors c'est assez logique : si on montre les gros n'importe comment, l'inconscient collectif sur les gros est n'importe quoi. Mais le truc pas du tout formid' c'est que ces préjugés s'infusent ensuite dans le réel : on n'embauche pas la grosse parce qu'on la pense fainéante et on ne veut pas être copain avec le gros parce que les gros c'est dégueulasses. Il est donc si important de changer/améliorer/diversifier les récits/images sur nos vies. À notre petite échelle, c'était l'idée de cette collaboration avec le collectif @frivo_lezze : faire dessiner des corps qu'on ne voit jamais, parler de nous et sensibiliser les dessinateurs à ces enjeux. Je ne sais pas si l'événement était parfait et si ça a semé des petites graines, mais je ne peux m'empêcher de l'espérer. Merci pour votre présence & merci d'avoir rendu l'atmosphère si douce 🔮 Merci à @cathoutarot pour ses textes inspirants et à @juliedeadlydoll pour son professionnalisme. Merci aux copains pour leur soutiens. Et puis merci à vous, ici. On vient de passer les 3000 et c'est bien trop chouette (et fou) 🖤

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Grossophobie médicale

Je n’ai pas réussi à écrire sur cet épisode de grossophobie médicale. Je ne vais pas y arriver.
Je pense à la honte. Je ressens la honte. Est-ce que j’aurais pu me défendre mieux ? Si je raconte cette confrontation, les grossophobes l’utiliseront-yels contre moi ?

illu: Rose Butch, inspirée par mes selfie

Comment pourrais-je expliquer ça sans me justifier ? Sans vouloir répliquer : oui, mais regarde les gens de ma famille qui ont cette maladie génétique et qui sont maigres. Ou : mais je suis grosse mais… Comment pourrais-je expliquer quoi que ce soit sans entendre ses premiers mots « votre poids ? », sans la voir sur son application vérifier que ma grosseur pourra forcément invalider tous mes symptômes (on dit plus « obésité morbide » maintenant, on nous donne une classe, ou une couleur, ouuuuh, vous êtes dans le rouge, sans prendre en compte un autre indicateur que la corpulence), sans me sentir nulle, sans la voir mentir sur son papier pour ma généraliste ? Elle m’a demandé : vous avez des vergetures ? Parce que quand on a le SED, on a la peau fragile, on cicatrise mal et on a des vergetures spontanées. Elle s’est corrigée : « Bah oui, forcément, avec votre poids ». J’étais assez couverte, je m’en veux presque de ne pas avoir porté des vêtements qui montraient davantage mes veines, mes cicatrices et mes anomalies de la peau. Elle ne m’a pas auscultée hormis le fameux test de Beighton qui confirme en 30 secondes que j’ai bien une hyperlaxité généralisée. Mais elle a noté sur le document qu’elle m’a remis : pas de vergetures. Elle ne m’a pas auscultée parce que les médecins n’ausculte pas les gros-ses. Parfois, j’ai l’impression de devoir supplier des médecins pour qu’yels se penchent sur un de mes symptômes.

Quand on est gros-se, on a l’habitude d’être accueilli-e sans empathie, partout. Lire la suite « Grossophobie médicale »

Pourquoi je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse

avertissement: évidemment, cet article contient des images avec de la nudité

Je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse parce que

🍃Ça me permet d’observer et d’aimer mon corps à travers mon propre regard (passion selfies !), sans forcément le sexualiser, sans chercher à tout prix la beauté. Mais avec douceur. J’ai déjà écrit beaucoup sur ce que les séances photos ont bousculé dans mon rapport à moi-même. On apprend très tôt à détester nos corps. Le désapprendre, c’est déjà résister (modestement) à cette haine et à ce système.

🍃Je veux que tu vois mon corps à travers mon regard. Pas les corps gros du JT, pas ceux des journaux, dont la tête n’entre pas dans le cadre, de préférence dans une artère commerciale ou avec un paquet de chips. Je veux que tu aies la possibilité de désapprendre aussi ce regard. J’espère qu’en voyant le corps gros autrement, dans un contexte où il n’est pas présenté comme ce qui te dégoûte et que tu dois fuir coûte que coûte, tu passes en revue certains de tes clichés. J’espère que tu t’habitues à penser différemment. J’espère que tu désapprends la grossophobie qu’on intègre tou.te.s. Lire la suite « Pourquoi je m’exprime à travers la nudité en tant que grosse »

Représentations des gros.ses

Tu es artiste ? Ou bien tu partages des visuels avec des gens (donc des corps) dessus ? Mais il n’y a pas de gros.ses sur tes images ? Alors, tu fais partie du problème. Bienvenue! Je t’explique…
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En Europe occidentale, entre 15 et 35% de la population est «  »obèse » ». C’est difficile de nous louper et pourtant… Nos représentations sont quasi inexistantes en dehors de clichés qui nous stigmatisent. Donc si tu ne parviens PAS à nous dessiner, nous photographier, partager notre contenu (euh, sans le voler pour le minciser hein, on vous voit), bein tu as un problème de grossophobie (ça arrive à tout le monde dans un monde résolument anti-gros.ses). Tu participes à l’effacement systématique de nos corps.
📣
J’ai l’impression de m’époumoner avec mon sifflet là: ouhouuuuh, par ici, on est làààà. Je me plie en 4 (littéralement, fais défiler les photos si tu doutes). Mais, honnêtement, regarde ce corps bien large, regarde ceux qui le sont davantage. Faut le vouloir pour ne pas nous voir. Faut bien avouer que les oppressions systémiques, un manque d’accessibilité généralisé, des médias sociaux qui nous visent directement (shadow banning, censure, algorithmes), tout ça contribue à nous invisibiliser. Lire la suite « Représentations des gros.ses »

Zine! Grossir le tarot #2

Si tu apprécies mes articles ici mais que le format blog entrave ta lecture, je te propose quelques compilations sous forme de fanzines

Les essais et poèmes de « Grossir le tarot #2 » viennent compléter la série « Grossir le tarot #1 »(clic clic pour consulter ou télécharger)

Lire la suite « Zine! Grossir le tarot #2 »

Divination avec piqûre de taon sur vergetures. Le 9 et le 10 d’épées

Il y aura des vagues. L’anxiété va et vient. Elle se tasse. Elle est brûlante comme 10 piqûres en plein ventre. Elle est en creux. Elle culmine.🦟

Tu te souviens de ta première crise d’angoisse ? Je me souviens, j’avais 11 ans. On m’a emmenée à l’hôpital tellement j’étais mal. Et toi ?
C’était un peu la honte finalement. Une enfant qu’on croit mourante mais qui fait une crise d’angoisse alors qu’elle a tout pour être heureuse. img_20190804_105209_7228295923496671744132.jpgToi, on t’a dit ça combien de fois ? « tu as tout pour être heureux.se ». Combien ont spéculé sur la source de tes problèmes pour que tes angoisses et ton mal-être fassent sens pour eulles ? Leurs hypothèses révélaient-elles leurs propres secrets?

Stries translucides sur peau déchirée. Il y a toutes les fois où ce n’était plus supportable. Il y a les décomptes des gens. Et puis les nôtres: c’est pas parce qu’on ne finit pas à l’hôpital qu’on n’était pas à une seconde de se jeter.

J’ai longtemps cru que personne ne pourrait jamais comprendre. Pas toi ? Lire la suite « Divination avec piqûre de taon sur vergetures. Le 9 et le 10 d’épées »

Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement

Il y a des domaines où la badasserie corporelle ne percole pas. Elle reste cantonnée.
A part quand il fait si chaud que la perruque me donne des malaises, je ne sors pas sans elle. Ce n’est pas que je ne me montre pas sans elle. C’est que je ne sors pas sans elle.

J’anticipe les remarques. Pour ce pan de ma vie, j’opte pour le passing de la normalité. Si je n’étais pas trichotillomane et que je n’avais pas les cheveux irrémédiablement abîmés avec le crâne exposé par endroits, peut-être que j’aurais sciemment tondu mes cheveux pour jouer le décalage avec mes jambes velues. Sauf que c’est pas le cas. Je me rappelle les remarques. Les gens qui touchent ma perruque. Les profs qui me virent d’un auditoire bondé à l’unif parce que je porte un fichu ou une casquette gavroche. Tous les autres lieux auxquels je n’ai pas pu accéder sans justifications. Les mecs qui me demandent pourquoi je choisis de me couvrir et d’être soumise, qui me harcèlent si je ne réponds pas. Ces derniers exemples sont clairement des retombées du racisme/sexisme à l’égard des femmes voilées (vers 2004). En tant que femme blanche, ce que j’ai vécu est minime. Lire la suite « Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement »

Censure grossophobe sur Facebook pour changer

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Bien sûr, j’ai fait des captures d’écran juste avant de cliquer sur « publier » car, bien sûr, je m’y attendais! Je ne vais pas auto-censurer mon contenu qui respecte pourtant des règles sexistes en prévision des mesures anti-gros-ses de facebook!

Tu peux d’ailleurs lire mon interview d’il y a quelques mois à ce sujet: « Le hashtag #grosse censuré sur instragram: la grossophobie à l’heure des réseaux sociaux« .

Mise à jour: fb a décrété pour la deuxième photo: « nudité et activité sexuelle ». Sexisme et puritanisme dans toute leur bêtise! Moi, j’appelle ça: artivisme, poésie, humour absurde, radicalité corporelle et même – une expression que je déteste – body positivity. J’ai demandé un examen.

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Zine. Grossir le tarot 1 en téléchargement!

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On commence avec les essais et poèmes de « Grossir le tarot 1 » (clic clic pour consulter ou télécharger) Lire la suite « Zine. Grossir le tarot 1 en téléchargement! »

Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses

Après avoir tenté de comprendre le queer puis ses enjeux pour le tarot, penchons-nous sur la grosseur et sur la grossophobie.

L’analyse de tarots et d’oracles pour les articles ultérieurs de Grossir le tarot me contraindra à définir la grosseur très largement car la plupart des jeux ne propose pas aucune représentation de personne grosse. Certains se contentent d’intégrer une poignée personnages vaguement moins élancés que les autres. S’il ne saurait s’agir de représentations diverses, l’observation des cartes assignées aux personnages plus larges que le personnage standard nous informera malgré tout sur l’utilisation symbolique des corpulences hors-normes. Comme on le verra, à défaut d’alternatives dans ces jeux, j’ai souvent dû me résoudre à étudier des exemples « non-maigres » dans mon analyse de la grosseur dans le tarot.

Préalablement à l’étude de ces exemples, il nous faut interroger l’invisibilisation généralisée des gros-ses. Je te propose donc d’enquêter sur l’éventail de représentations limité – quand ce n’est pas une absence totale – pour une partie pourtant non négligeable de la population.

Terminologie

Mais avant tout: qu’est-ce que j’entends par grosseur ? Je n’utilise pas de termes médicaux. Je ne veux pas de termes qui rendent une « norme » implicite, estimant que certaines corpulences sont pathologiques. Pas de surpoids, de surcharge pondérale ni d’obésité ici. Pas de ces termes qui relèvent de l’arsenal de l’oppression des gros-ses. Pas non plus de ronde, pulpeuse, bien en chair, fort-e. Outre leurs aspects fortement genrés, ces mots agissent comme des euphémismes, comme s’il y avait quelque chose à atténuer ou à embellir. Nos réalités peuvent se passer de ces détours, en particulier dans un essai politique.

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Peut-être que ça sonne bizarre : gros, grosse, grosseur. Mais, eh, gros, c’est pas une insulte ce truc ? Bein si, on l’utilise comme tel. Et ça en dit long sur la perception de la grosseur, qu’un mot descriptif soit perçu comme injurieux et honteux. Encore une fois, cela n’opère que pour ce qui est stigmatisé. Les mots mince, blanc-he ou hétéro ne sont jamais devenus des insultes largement adoptées à un niveau structurel. Ces catégories sociales ne sont pas discriminées de façon systémique. Dans la lignée de 50 années de militantisme gros, de fat activism, on peut renverser le rapport de pouvoir, au niveau du langage, en insufflant à « gros-se » de la puissance plutôt que de la honte.

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