5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif

Figures monstrueuses qui peuplent les imaginaires des victimes du patriarcat. Les langages tortueux quand les traumatismes affleurent à la surface. Les visions insupportables. Néanmoins, édulcorées par rapport ce qu’elles masquent encore. Laideur, corps en décomposition, démantelés, éparpillés, lacérés. Lisses comme des bosses à la place des yeux, des crânes échevelés. Ou des cratères comme des plaies béantes, des pustules suintantes. Et puis des os. Des os partout. Sur le sol. Autour du cou comme des bijoux. Six pieds sous terre, dans les rêves ou dans les dessins. Des os dans l’écriture automatique. Cet irréductible qu’il n’aura pas encore eu de nous. Même pour ceulles que leurs coups ont cassé-e-s, scindé-e-s, abîmé-e-s.

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the wild unknown tarot

Le 5 d’épées, dans certains jeux en tout cas, m’évoque tout ça. Notre capacité à nous régénérer, non pas pour mieux nous assimiler, mais pour mieux résister. Couper. Triturer. Éplucher. Trancher. Scier. Dépecer. Décortiquer. Parce que nous sommes en morceaux de toute façon. Autant aller jusqu’au bout. Plus loin que l’hétéropatriarcat. Dans une meilleure connaissance. Jusqu’à la moëlle. Épinière. Se reconstituer de l’intérieur une structure qui nous tiendra. Dans notre monstruosité. Fièr-e. Lire la suite « 5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif »

Le-la reine de coupes – Intuition?

Cultiver une approche féministe ET queer du tarot implique de se confronter à des nœuds et à nos propres préjugés. La réceptivité supposée des reines m’a posé problème. Je l’ai même rejetée en bloc.

C’est qu’il existe une vision binaire qui se manifeste dans le tarot et dans de nombreuses pratiques spirituelles par un amalgame entre le féminin (et dans le pire des cas les femmes) et la passivité, la réceptivité, le soin, la douceur et puis le masculin (et dans le pire des cas les hommes) et l’action, le leadership, la prise de décision, etc. Cette distinction prend sa source dans (et continue d’alimenter) le patriarcat et l’hétéronormativité.

D’ailleurs, dans de nombreux discours, cette prétendue « complémentarité » (en réalité, un rapport de pouvoir qui cantonne à certains rôles de genre, entérine les violences de tout type perpétrées et perpétuées contre les femmes) serait « naturelle ». La réceptivité des femmes serait inscrite dans leur vagin et dans leur utérus tandis que les hommes seraient « actifs » en raison de leur pénis et de l’éjaculation. Haha, comme si les personnes doté-e-s d’un vagin n’éjaculaient pas (je ne vous invite pas dans mon lit pour découvrir l’inverse mais vous savez de quoi je veux parler). A l’hétéronormativité et au sexisme, s’ajoute dans ces interprétations une vision extrêmement cissexiste, c’est-à-dire qui sous-entend que tous les hommes et toutes les femmes en question sont cisgenres (non-transgenres quoi). Lire la suite « Le-la reine de coupes – Intuition? »

Deux de pentacles

En équilibre. Flexible. Naviguant entre les dangers potentiels avec grâce et confiance. Deux de pentacles.

Le parcours d’obstacle pourtant pas aisé. Disons qu’une menace inattendue peut surgir à tout moment. C’est là qu’il faudra me montrer habile. Réagir vite et bien. Retomber sur mes pattes. Ça nécessite de préparer ma souplesse à l’avance. Les pentacles parlent aussi de la matérialité du corps.

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J’ai arrêté de prendre mes neuroleptiques. Lire la suite « Deux de pentacles »

Le Jugement

DSC_0442Le jugement. J’aime dire qu’une des facettes cette carte parle justement de se dépouiller du jugement, de toutes ces couches qui obstruent notre vision et notre capacité à penser clairement. Le Jugement passe outre nos mauvaises fois. Il fait fi des remparts derrière lesquels on se protège. Il contourne nos rancœurs et nos regrets. C’est une carte qui ne va pas sans travail. Une persévérance dans l’humilité. Remonter le fil de nos peurs. Aller à la source de nos angoisses. Excaver les mécanismes derrière les schémas qu’on reproduit longtemps avant de prendre conscience de leur existence. Et dans tout ça, être animé-e de la volonté de faire la paix, de renaître.

J’ai eu un état d’angoisse assez intense hier. Une interaction a déclenché une avalanche de tristesse mêlée à de la haine de soi et à un épuisement avancé. Je me suis effondrée sous la douche. A sa sortie, je me suis allongée sur le lit, entourée de mon peignoir de bain et avec une serviette sur la tête. J’ai pleuré, pleuré. J’ai étalé mes sanglots. J’ai cherché ma respiration dans la morve. Il s’est peut-être passé 5 minutes, peut-être une heure. Lire la suite « Le Jugement »

Roi de pentacles

Quand le roi de pentacles voudrait juste avoir une conversation sérieuse sur les thunes et la carrière.

J’ai tendance à m’éloigner des appels du pied que me fait le roi de pentacles. Je la dédramatise, je lui enlève une dose de responsabilité pour lui donner un côté hédoniste. Un côté moins sûre d’elle. Un côté moins entreprenant. Parce que franchement bon être entreprenante c’est pas trop mon truc. Ni construire des trucs super durables. Ni penser en termes de carrière. Alors quand le roi de pentacles pointe le bout de son nez dans des tirages persos, je choisis de nier les aspects les plus fondamentaux de sa personnalité. Lire la suite « Roi de pentacles »

8 de coupes: dissociation

J’ai cette façon d’apprendre le tarot. Souvent j’associe d’abord une carte à des mots clés issus des livrets propres à chaque jeu ou des sites ou vidéos que j’aime suivre. Le sens s’affine ensuite, voire s’échappe, en fonction du tirage, des associations et/ou de mon intuition. Avec l’expérience, les dimensions d’une même carte s’enrichissent.

Ces derniers mois, c’est le 8 de coupes qui a grandi pour moi. J’y associais auparavant une situation ou une relation dont il n’y avait plus rien à sauver et la mise en mouvement vers d’autres horizons. Une couche de signification s’est ajoutée . J’y vois aussi la dissociation.

Parfois, on quitte un endroit, au moins symboliquement, pas du tout par choix, mais par mécanisme de défense. Lire la suite « 8 de coupes: dissociation »

Violences policières et patriarcales vs solidarité féministe (hiérophante et as de bâtons)

Vous savez comme je dis toujours que, dans ma pratique, le tarot ne sert pas à prédire l’avenir ? Ouais bon, j’avoue, parfois quand même, il est assez explicite.

Si vous suivez un peu ce blog, vous aurez compris que je ne suis pas au top de ma forme ces jours-ci. Du coup, la semaine passée, une angoisse de la foule me travaillait un peu à l’idée de participer à une marche de nuit féministe qui avait pour objectif de revendiquer notre place dans l’espace public et de dénoncer les violences sexistes et transphobes, le tout en non-mixité sans hommes cis. J’ai donc tiré quelques cartes pendant que je préparais ma tenue histoire de sentir un peu mieux la soirée.

Le hiérophante et l’as de bâton, croisés par le fils d’épées. D’abord, j’ai voulu voir le hiérophante (ou pape) sous son jour le plus sympathique : de la transmission d’expériences, des personnes qui partagent leurs savoirs. Ça n’a pas duré, mon intuition m’a vite orientée vers une conception plus traditionnelle de la carte : ordre établi, ordre moral, ensemble de règles et de lois qui paraissent figées, maîtres à penser. Shift dans mon esprit : la police sera sur place pour nous empêcher de marcher et ça ne sera pas franchement pacifiste de leur côté. Les gardiens de l’ordre établi et des institutions ne s’embarrassent généralement pas de non-violence. L’as de bâtons, incandescent, était un rappel de l’importance de cette marche aux flambeaux, de nos convictions, de nos contestations, de notre capacité d’agir pour donner forme à un monde meilleur. J’étais directement bien résolue à me déplacer, tout en prenant au sérieux le message du fils d’épées : ne pas m’emballer trop vite verbalement quand il s’agirait de se défendre. Lire la suite « Violences policières et patriarcales vs solidarité féministe (hiérophante et as de bâtons) »

5 de bâtons et 5 de pentacles – déprime

En tirant mes cartes du jour, j’attendais une apparition qui reflète la noirceur de mon esprit ces jours-ci. C’est gagné. Le 5 de pentacles me nargue : « tu vois, on ne se débarrasse pas de sa santé mentale, tu vois, ça te revient toujours quand tu ne t’y attends pas. » Il me parle du corps qu’il est difficile de supporter, plein de tensions, plein de messages difficiles à entendre. J’ai commencé des séances chez Corps et Conscience hier. Comme une façon de revenir, de me connecter, d’être à l’écoute. Ça m’a fait du bien. Ça me fait du bien aussi de me sentir prête pour ça, pour écouter mon corps. Mais bon, la déprime reste là. Les crises de larmes. La confiance en moi dans les chaussettes. L’impression d’être illégitime. Incapable d’interagir avec les gens. Pas digne d’être soutenue.

Et d’un coup, des vieux schémas qui avaient à peine pointé le bout de leur nez ces cinq derniers années s’installent comme s’ils n’avaient jamais disparus. Lire la suite « 5 de bâtons et 5 de pentacles – déprime »

La Mort et militantisme

La carte très redoutée de « La Mort » nous parle peut-être de finitude mais avant tout de renaissance. Elle fait référence à des cycles. Elle nous rappelle que les apparentes tables rases n’en sont pas tellement. En effet, elle parle de continuité et de survie. De la nécessité de se débarrasser de certaines couches pour mieux avancer, plus légèr-e. C’est donc naturel qu’elle me vienne beaucoup à l’esprit récemment quand on évoque certains aspects du militantisme.

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Je travaille pour une organisation féministe « institutionnelle », c’est-à-dire que depuis plus de 20 ans, ce sont des financements gouvernementaux qui assurent son fonctionnement. Ce parti de l’institutionnalisation a été pris par une large frange du mouvement féministe dans les années 80 et 90. Il visait à assurer son existence et à garantir sa légitimité afin d’ancrer dans les lois des acquis sociaux qu’il réclamait. On déclarait alors que tout ce qui n’était pas structurellement ancré et subventionné était fragile. Dans la foulée, le mouvement s’est fortement professionnalisé. La reconnaissance du travail fourni par le mouvement social en général a mobilisé le secteur dit « non-marchand » pendant des années en Belgique. Il s’agissait de le sortir en partie du bénévolat. Voilà, voix de professeure off.

Perso, j’ai toujours apprécié de participer à des initiatives « auto-gérées », « grassroots », « indépendantes ». J’ai tendance à voir les soutiens financiers politiques ou émanant de sponsors comme des poisons. Un pacte avec le diable. Lire la suite « La Mort et militantisme »

4 de coupes et apathie

Une des facettes du quatre de coupes: le repli sur soi face à une situation qui dépasse, une incapacité à mobiliser de l’énergie en dehors de son petit nombril, tendance à s’apitoyer sur son sort et à remuer sa merde au lieu de se bouger le popotin.
Réflexion.

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