La Lune (sombre)

J’ai entendu les noms
Puis, plus rien que
Le tourbillon

Le silence qui préside à l’entre-deux
Dans l’entre-deux-lunes

Les futilités s’éclipsent
Ce qui compte
C’est cet instant propice
Ce qui compte
Est là, cru, sans parures
Obscur, sans pompe

Les étalages se démontent
Les échafaudages tombent
Reste ce qui compte
Pur, brut, obscur

Tourbillon en pause
Au centre, le portail s’expose
Les entrailles saignent
Les visions dégainent
Le silence, lui, règne

Tu as l’odeur de la chair
Le goût de la cyprine
Les frissons m’oppriment
Me libèrent
Me dépriment, m’enserrent
Et enfin me traversent

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L’Hiérophante: C’est toi, la clé!

Tous les savoirs, tous les livres, toutes les traditions occultes ne valent rien si tu ne peux pas t’approprier la matière.

Je comprends l’insistance sur la rigueur et sur le temps de l’étude. Sauf que ça revient souvent à nous couper de nos propres savoirs et de nos manières de communiquer et de chercher les informations, même les moins conventionnels. Ça nous coupe de l’expérience de nos sens, y compris notre intuition. Ça fait des barrages. Ou des barricades qui nous emprisonnent. Quand on brandit l’importance de la tradition, on réveille nos tendances dogmatiques, nos habitudes à s’en remettre à des maîtres-ses, et le spectre de l’emprise qui nous attend au tournant dès qu’on abdique nos connaissances.

On me dit souvent que je « décomplexe le tarot ». Qu’est-ce que ça veut dire? Parfois je passe à côté de la pression autour de l’apprentissage du tarot dans les milieux francophones en particulier: il faudrait bien connaître toutes les cartes avant de pouvoir les tirer, il faudrait les craindre, les vénérer, arriver avec la déférence qui serait due à cet outil « ancestral ». Même si la multiplication des sources a heureusement ( !) brouillé ce « gatekeeping » (gardiennage élitiste et contrôle à l’entrée) du tarot, beaucoup d’entre nous intègrent ces peurs. On ne se sent pas à la hauteur. On a besoin qu’on nous dise comment faire. On pense qu’il y a ceulles qui savent et les autres. On oublie les échanges et les interactions. On culpabilise. 

Bien sûr que les traditions comptent, mais oui les mentors comptent aussi, cependant au milieu de toutes ces injonctions, on en vient à oublier que ce qui compte c’est TOI. Tu es ta-ton Hiérophante. Tu détiens les clés pour accéder aux savoirs (et pas que dans les livres!). Personne ne peut te les reprendre. Même si on t’a fait comprendre toute ta vie que tu ne pouvais pas faire confiance à ton intuition ni à ta façon d’apprendre ni à tes rêves, on ne t’a pas enlevé les clés. Elles sont encore là, dans une de tes poches. Et puis, vas-y, je vais t’en révéler un secret trop bien gardé en fait : tu es la clé. 

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Autour de la Tempérance. Détours.

Coincée entre la Mort, le Diable, l’Arcane de la Tempérance constitue autant un répit bienvenu qu’un miroir aux alouettes.

Il y a 3 ans, j’ai failli me faire tatouer l’ange de la Tempérance de Niki de Saint-Phalle sur le bras. Ce rappel d’un équilibre précaire aurait enchanté mes bras striés de cicatrices. Je pensais à toutes les années que j’avais passées tiraillée entre euphorie et dépression. Je songeais à l’alchimie des larmes que j’avais versées pendant plusieurs mois en trouvant un peu d’équilibre : la joie d’avoir survécu, le soulagement de vivre -enfin- et non plus de m’accrocher à une vie que je souhaitais quitter. Les mêmes larmes de joie quelques années plus tard dans l’extase de la rencontre de Rose. La Tempérance signifiait tout ça.

Elle a mauvaise presse, la Tempérance, trop posée, trop apaisée, trop simple. A 27 ans, je pleurais avec la Tempérance, acclamant le nouveau jour qui se levait. Le club des 27 ne serait pas pour moi. Après 15 ans de pensées ou d’actes suicidaires, je me révélais à moi-même. Alors, trop apaisée, franchement, pourquoi pas ? Elle n’est pas très rock’n’roll, la Tempérance, mais c’était le juste rappel que la vie ne tient qu’à un fil. Le rappel qu’il est compliqué de se trouver, de respirer en harmonie avec soi-même. Pour certain-e-s d’entre nous en tout cas.

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Création. Retracer nos Constellations Queer.

Penchée sur le vase de divination, j’observe la magie. Des comètes surgies de nulle part se précipitent dans le liquide. Ces boules de feu illuminent brièvement l’obscurité de la caverne. Leurs traînées sont faites de paillettes. Si tôt atterries, les comètes fusionnent avec la matière. Dans mon récipient sacré, l’alchimie opère. Des sphères dorées se dessinent. Des spirales de leur traînées dansent.

Mais déjà, d’autres comètes. Déjà, plus de feu, plus de force, plus de créations.

Comme là-haut, de même ici-bas, dans les souterrains, dans les entrailles. Comme dans le ciel étoilé, comme dans l’univers, de même dans mon bol.

Je n’ai pas la compréhension de tous les mystères. Mais je suis sur le rebord de la bassine. Mes yeux plongent dans l’immensité. Je n’ai pas la compréhension, mais j’ai l’intuition. Je verse les précieux liquides. Les explosions dans les cieux viennent à moi. Ma grotte, la régénération. Je perpétue la régénération.

Au mur, sur les parois, les trainées des comètes laissent des œuvres. Des horloges aux mécanismes alambiquées. Les trajectoires des planètes. Diverses manières de calculer ou d’inventer le temps. Des manières de se raconter. C’est joli.

Sur mes doigts, les paillettes dorées que m’ont offertes les comètes. Les messagères. Je dessine des traînées sous mes yeux. Je les étire sur mes joues. En frôlant Vénus, les messagères ont reçu des ornements. La beauté dans les yeux, je salue l’étoile du soir. Conjonction. Cazimi. L’étoile du matin. L’étoile du soir. L’étoile du matin.

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Bienheureuses sous La Lune

Enlacer langoureusement ce qui fait que nous sommes « nous »
Toucher le dégoûtant, le sublime, l’épatant
Étreindre l’inavoué
Ce qui était honteux,
Le couvrir d’amour
Le sentir tout entier
Ressentir le soulagement
Pressentir l’embarras
Craindre le retour de bâton
Tomber sous le charme
Frémir quand l’hésitation s’évapore
Ce corps qui rampe hors de l’eau
Tous ces corps, tous ces traumatismes
Toutes ces transformations, toutes ces histoires
Émotion
Oh, nous sommes entièr.e.s
Nous sommes entièr.e.s
S’enlacer tout.e(s) entièr.e(s)
Il en a fallu du temps
S’enlacer pour 10 générations
Et des centaines de relations

Embracing what makes us ‘us’
The wonderful, the terrible and the ugly
Hugging what we used to consider shameful
Feeling it all
Relief in reconciliation
Embarassement
Unease and fear of retaliation
Our body crawls out of the water
Many bodies, many traumas,
Many changes, many stories
We’re whole we’re whole
Damn scared but oh so whole
How come we hadn’t realised it before?

Ciel d’orage: La Tour

La Tour. Être mort.e de frousse. Terrifié.e. Fusionner avec la tempête. Pas d’autre option. Les vents nous emportent; on ne peut leur résister. Ces nuages noirs au-dessus de ma tête.
Se préparer à faire face à des circonstances affreuses (quoi que ça signifie). Trouver son centre de gravité. No escaping, gravity. Trouver les fondations qui resteront peut-être après la destruction, quand viendra l’heure de reconstruire.
Comment ne pas mentionner une autre interprétation pertinente de La Tour? Les structures de pouvoir doivent s’effondrer. Tandis que les systèmes d’oppression s’effondrent (racisme, patriarcat, capitalisme), assurons-nous de construire quelque chose de radicalement différent. Veillons-y à travers l’orage. Attaquons le système jusqu’à ses racines, ses fondations ne nous serviront pas. Si on veut d’un monde meilleur, la Tour nous électrise: il faut démolir celui-ci. Standing in the way of control!

L’article dans son contexte. Pendant une semaine l’été passé, j’ai incarné des cartes de tarot dans le cadre d’un challenge vestimentaire thématique sur instagram:

L’Empereur-e. Apprendre avec la structure

Qu’apprends-tu de ton besoin de structure ? Qu’apprends-tu de tes envies de contrôler ? Qu’apprends-tu de l’auto-discipline ?

Mais surtout, parce que L’Empeur.e est la carte de Mars et du Bélier et que Mars commence sa rétrogradation en bélier (article initialement publié sur instagram en septembre):

Qu’apprends-tu quand la structure s’effondre ? Quand tu perds le contrôle ? Quand tu n’as d’autres choix que d’accepter que tu ne convaincras pas certaines personnes d’agir pour le bien commun ? Quand ta discipline ne révèle pas grand-chose sur toi mais plus sur ta place dans un système et comment tu l’intègres à ton corps défendant (bio politiques)? Quand l’autodiscipline se fissure dans un instinct de survie ? Quand la discipline imposée à des relents totalitaires ? Qu’apprends-tu ?
Que fais-tu quand la frustration prend le dessus ? Quand tes rêves d’un monde meilleur se fracassent sur les murs des complotismes, des populismes, d’un fascisme galopant ?

Que fais-tu de ta colère ? Que te fait ta colère ? Si la colère est légitime et salvatrice comment la diriges-tu pour qu’elle fasse le moins de mal possible, pour qu’elle véhicule de la justice et de la solidarité et non davantage d’arbitraire et d’oppression ?

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Retrouver un pouvoir personnel: la magie comme volonté (7 de coupes, La Mort, Page de pentacles)

Proprement alignés sur l’étagère, les flacons d’une thérapie de la discipline dégagent une odeur aseptisée. Ici, tout est dans le rang. On a organisé, on a étiqueté et, surtout, on a capturé. Ici, on fait le travail du pouvoir-sur. On a discipliné le pouvoir-du-dedans. On fait correctement les poussières afin de donner le change. On referme la vitrine pour célébrer la distance. Ici, on a déterminé les limites de l’humain-e fonctionnel-le, intégrée dans le système, dans le rang, sous contrôle.

Si tu prends l’ascenseur et que tu descends, et puis que tu descends encore, et puis que tu t’aventures en dehors de ta cage de verre, tu peux sentir l’herbe sur tes orteils. Tu peux laisser le vent caresser tes poils. Tu peux écouter les messages qui circulent avec la rivière. Tu peux sentir le humus qui gronde. La terre réclame. La boue régénère. Voilà où tu laisses des offrandes. Voilà où tu sacrifies. Voilà où tu tranches. Voilà où tu meurs. Voilà où tu renais. Voilà où tout se renouvelle. Où tout cesse. Où tout (re)commence. Voilà où les flacons ne capturent rien. Où le courant des ruisseaux a raison. Où les plantes nettoient. Où les rêves s’envolent. Où les rêves s’immolent. Voilà où l’on souffre et où l’on guérit. Perpétuellement. Dans le désordre. Dans l’infini. Avec la révolution des astres. Avec la ferveur du compost. Voici où l’on partage. Voici où l’on est vulnérables. On est effroyables.

Ici, les disciplines n’ont pas étouffé notre créativité.

En lisant le chapitre « Retrouver un pouvoir personnel: la magie comme volonté » dans Rêver l’obscur de Starhawk.

4 d’épées, Cavalière de bâtons, Justice

Dans un entre-deux. Envie de s’arrêter. Le tourbillon continue. Impossible de faire un break. Aucune pause ne ressemble plus à une pause. Dans un instant en suspens. Regarder le monde qui défile. Sentiment d’irréalité. L’orage continue. Plus rien ne nous repose vraiment. Les pauses ressemblent à de la dissociation. Tandis que le brouhaha continue.

S’embraser. Retomber comme un soufflé. S’exciter. Les envies s’essoufflent. La motivation dégringole. Se motiver. La déception d’ores et déjà tapie dans un coin de nos esprits. Monter sur ses grands chevaux. Ils se dégonflent, ballons de baudruche, illusion en mode trop bon filtre.

On est dans de beaux draps. Y en a marre de laver son linge sale en communauté. Y en a marre de s’emporter, se déballer, démonter sur la place publique. On est dans de beaux draps.

Derrière la Justice, le drap fait écran. De fumée ? Pour occulter la lumière qui nous consume, les feux de la rampe qui nous crament les rétines.

Avec la Justice, tout est prétexte à projeter : nos rêves, nos vulnérabilités, nos échecs, nos histoires, nos générations, nos pierres d’achoppement. Nos espoirs. Elle les pose sur la balance. A terme, il faudra trancher. Là, tout de suite, on est soulagé-e-s que la justice soit dans les parages.