Disséquer le 3 d’épées. Rupture de communication

Le 3 d’épées, c’est la carte du coeur brisé. Néanmoins, elle est aussi nettement plus compliquée. Comme toutes les autres cartes… Donc: non ce n’est pas une carte négative. Comme toutes les autres cartes… Si elle se montre souvent dure, elle recèle aussi de facettes qui invitent au dialogue.

J’y ai repensé après ma dernière vidéo. Je vous montrais un début/brouillon de tarot dévotionnel dédié à Hekate. En le créant, les cartes numéro 3 dans les suites me sont apparus résolument tournées vers le collectif. Comment cela se traduit-il pourle 3 d’épées qui nous évoque souvent une déchirure intime?

Les 3 dans le tarot: ensemble c’est mieux

Quand je réfléchis au chiffre 3 dans chacune des suites, en particulier dans un optique queer, se dégagent: coopération, co-création, collaboration. Pour une réflexion transversale et numérale sur les quatre suites, je vous renvoie vers l’article Apprendre le tarot. Comment fonctionne le tarot. Il faut pas trop se creuser la tête pour voir schématiquement les liens entre mes mots-clés et les 3 dans les autres séries que les épées.

  • Le 3 de pentacles est sans doute le plus évident: c’est la force trouvée dans le collectif, dans l’interaction, dans la co-construction.
  • Le 3 de coupes évoque la joie d’être ensemble, le partage, les confidences et la confiance, les amitiés proches.
  • Dans le 3 de bâtons, je situerais plus la magie de la co-création dans des domaines moins tangibles: quand tout se met à vibrer à l’unisson en soi et qu’on se lance dans la création de quelque chose, quand on a l’impression que l’univers est derrière nous pour donner vie à nos visions créatives,…

L’élément Air, la communication

Le 3 d’épées, quant à lui, souffre d’une conception trop restreinte. Si on l’associe à une rupture (sentimentale) ou à la douleur vive d’un abandon, on peut passer à côté de la source de cette situation de détresse, qu’il traduit pourtant: une déconnexion et des difficultés à communiquer. Mais oui! L’air de la série des épées, c’est le mental, bien sûr. Dans le système du Rider-Waite-Smith, c’est aussi le chagrin. Mais, l’air, c’est avant tout la communication.

On va rester dans le schématique pour le prochain paragraphe. Je compte sur vous pour ne pas oublier que quand je parle d’un signe astrologique, c’est bien du signe dont je parle (qui est à tout instant quelque part dans le ciel et donc assurément quelque part dans chacun de nos chartes astro), il n’est pas question de généralités au sujet des personnes qui auraient leur soleil natal dans ce signe.

En astrologie, l’air de la balance (le signe parfois associé au 2, au 3 et au 4 d’épées) se concentre sur la justice, l’équilibre et la communication dans les relations interpersonnelles. L’air du verseau va au-delà, au point qu’on le qualifie en astrologie moderne de signe transpersonnel. C’est l’air de l’intelligence, de la logique, du raisonnement. Gouverné par Saturne en astrologie traditionnelle, il appréhende les limites pour les dépasser, pour réfléchir au-delà des cases, des murs et des frontières. De là, sans doute, son association à Uranus en astrologie moderne: il serait alors novateur, idéaliste, toujours au taquet pour remettre en question l’ordre établi. Enfin, l’air du signe mutable des gémeaux est le plus communicateur. Sous l’égide de Mercure, il devient messager. Il rassemble et disperse les informations. Avec lui, les connaissances circulent, de préférence enrobées dans de belles histoires. Moulins à paroles, les gémeaux mettent en lien, iels réseautent, iels connectent voire iels négocient, iels trompent, iels jouent. Dans le tarot, associés aux 8, 9 et 10 d’épées, iels tournement aussi en véhiculant leur version, parfois biaisée, toujours dramatique, de la réalité.

Le 3 d’épées, trêve de communication

Quelle clé l’approche communicationnelle nous livre-t-elle pour le 3 d’épées? Comment ces 3 épées s’allient-elles à mes mots choisis pour les 3, coopération, co-création et collaboration?

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6 de coupes. Compassion

La douceur inspire nos gestes
Le respect enveloppe sans conteste
Nos contributions

Dans le mouvement en frictions
De l’échange
Et dans les frissons, lentement
L’on chante, l’on change

Lentement, lentement, lentement

Le soin anime nos membres
Révèle l’ensemble
Les interactions, tendres,
Réveillent le mycélium

Doucement, doucement

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10 de bâtons. Saturation et étincelles

Sentiment de saturation. Rien de bien dramatique, pas de quoi contaminer tout le reste. Et en même temps, suffisamment pour déstabiliser.
C’est ça, au fond. Une forme de désorientation. Genre, ça va, j’avance, mais je sais plus tellement où j’en suis ni ce qui compte vraiment.

Comme c’est la saison des éclipses, je sais bien qu’il est inutile de forcer. Je sais qu’il faut faire avec. Comme c’est la saison des éclipses, il y a ces pépites de vérité qui m’apparaissent. Certaines choses restées confuses pendant des mois commencent à scintiller derrière le foutoir de bâtons. C’est la lumière qu’on distingue nettement derrière leur enchevêtrement sur la carte du Wild Unknown Tarot.

Tous les 10 du tarot représentent la fin d’un cycle et le début d’autre chose. Pour l’heure, ce sont plutôt des pistes. On jouit d’une meilleure visibilité puisque les feuilles sont presque toutes au sol. Même si ce paysage de fin d’automne représente avant tout une vision de désolation… Voilà ce qui me frappe au bout de 8 kilomètres dans la forêt. Tout se ressemble désormais. Tout est gris.

La pluie se met à tomber, comme les lignes verticales sur la carte. Mon dos commence à se contracter, les genoux à se défiler. L’écart de hauteur entre mes jambes se fait plus marqué, je peine à marcher droit. L’humidité me glace toute entière.
Consolation: c’est pas avec cette humidité qu’on foutrait le feu à tous ces bâtons. Parfois, on a l’impression que tout crame avec le 10 de bâtons. Ça n’arrivera pas cette fois.

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8 de coupes. Vider jusqu’à la dernière goutte d’une relation

S’il n’y avait que l’insatisfaction
Mais il y a aussi l’épuisement

S’il n’y avait que le dépit
Mais il y a aussi le néant

S’il n’y avait que la trahison
Mais il y a les visages qu’on ne reconnaît plus

S’il n’y avait que le changement
Mais il y a aussi le dégoût

S’il n’y avait que la lassitude
Mais il y a aussi l’absence de perspectives

S’il n’y avait que la tristesse
Mais il y a aussi le départ de l’amour

Alors, je vide, je vide, je vide ce qu’il me reste d’espoir, ce qui me retient encore dans cette relation qui m’a vidé.e. Je rends au lac l’eau de la dernière coupe.

Ainsi libéré.e, je m’en irai gravir les montages. Je m’en irai dans le répit de la lune sombre épouser le vide. Je m’en reviendrai, à jamais dépouillé.e de quelque chose, déterminé.e à remplir mes coupes.

7 de coupes. Le doute, le trouble, les routes

7 de coupes. Dissiper les doutes  S’emparer des rênes du récit  Telle Skylla régner sur les eaux troubles  Echouer les épaves sur les récifs  Les fantasmes sur les rivages  Enfouir les mirages dans la vase

S’initier au doute  Définir une route

Mouvement. Pause. Firmament. Trouble.

Rêver l’indicible  Surfer sur le dos des peurs  Insuffler de la défiance  S’épargner la candeur de ceulles qui se défilent  L’arrogance des puissants  Invoquer la tendresse révolutionnaire 

Abolir l’indicible  S’insurger, fébriles

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9 de bâtons. Prendre ce mal en patience et pester en silence

Je prends mon mal en patience.

J’envisage de démolir tout ce que j’ai construit jusqu’ici. Je me sens tout.e mini devant mon oeuvre. Je sais comment la saboter, mais pas la moindre idée de comment la détruire. Si j’essaie de la saborder, elle m’envoie chier. Je me retrouve blessé.e et encore plus désemparé.e.

Bref, je prends mon mal en patience.

Je me ronge les sangs. J’vous jure: je suis à la fois speedé.e comme jamais, déter comme l’outsider dans une compétition de télé-réalité et pas inspiré.e, épuisé.e, lessivé.e comme un pull de fast-fashion que je veux revendre sur un app alors qu’il a plus de forme (en a-t-il jamais eu?). A la fois sur- et dé- motivé.e. J’ai zéro sérénité.

Je marque un temps d’arrêt, je prends mon mal en patience.

Y a toujours les adeptes de la pensée positive pour me balancer que la ligne d’arrivée est proche. Puis, y a les réalistes/défaitistes/pragamatistes qui me disent que c’est ok d’admettre qu’on a fait fausse route.

J’ai bousillé le GPS. J’écoute ma voix intérieure qui répète en boucle qu’elle recalcule ce fichu itinéraire. Je suis à bout. A court de patience. Mais la réalité, c’est que j’ai pas de plan B. Alors je défends tout ce que j’ai. Non, j’essaie de le détruire. Je…

Je suis à bout.

Ma motivation rame comme la musique d’attente d’un service après-vente.

5 de coupes. Les chagrins du passé

Le chagrin me retient dans un monde qui n’est pourtant plus le mien. Les déchets du passé entravent la logique de mes pensées. Dans mes poignets, dans mon cœur, dans mes poignets, ça se serre, ça se serre. Je coule dans la mélancolie. Je sombre dans le désespoir: ça a toujours été comme ça, je ne vois pas pourquoi ça changerait.

J’envoie des mots d’espoir à celle que j’ai été. J’ai du mal à y croire. Je me sens coincé.e dans mes schémas. Je me sens engoncé.e dans la mémoire de mes déchirures d’autrefois, mes échecs d’avant. Ils me hantent. Maison à la dérive. Je coule dans un demi-sommeil. Je sombre dans des flashs. Je ne distingue plus les événements du passé des rêves du passé. 

Avec mes récipients en piètre état, j’écume dépité.e la surface de ma tristesse. Je fais le deuil d’un changement total. Je rends à la rivière le mythe d’une vie nouvelle, déconnectée des traumas passés.

En clairaudience, une chanson de l’adolescence, le retour des chagrins du passé: « I’m forever black-eyed, a product of a broken home » (placebo). Le 5 de coupes s’enfonce dans un sang d’encre.

2 de disques. Visions d’orage. Célébrations des Moissons

Août 2021


Sur la pointe des pieds entre les mondes
Les chevilles embourbées dans des perspectives eschatologiques
Sur le fil des contradictions, pas d’évasion
Pas de récits, pas d’écrins pour les utopies
Décharnées
Ce corps ce monde ce corps ce monde
Réintégrer, ré-encorporer, réclaimer, réapproprier
Ces ruines
Les sucs gastriques se chargent des fruits précocement tombés L’acidité engouffre la disette la déconfiture la féconditure les offrandes écarlates Gaz succulents s’échappant d’usines désaffectées Alertes par SMS Disette Notifications rassasiées L’écorce saigne Les cosses sont vides Les coquilles les îles les îles S’étiolent S’étiolent Croupissent

Quelles déesses de la fertilité appeler? T’as raté un chapitre. Hier encore…
Un désastre. Quelles déesses de la fertilité appeler ?
Les épis pourrissent Hekate ratisse Les carnassières rappliquent
Utopies décharnées Les espoirs rapetissent
Comme neige carbonique au pistolet

Y a pas de morale à la valse du 2 de disques, c’est rien d’autre qu’une histoire d’équilibre
Pas de morale
Des coquilles en guise d’épaves, de navires, d’épaves
Ainsi va la valse du deux de disques
Récit d’équilibre La pratique pour mission
La matière la terre le corps

Une bien belle (dé)composition
L’art de flétrir Le défi de périr
Sans la dignité que le capitalisme a annihilé
L’art de flétrir Le défi
Être où ça s’écroule dans le ciment dans la cime des cèdres centenaires incendiés dans les civières
Ontologie de l’indicible Fanfares des entre-mondes dont les grondements fragmentent le ciel

On dit que la Grande Peste se caractérise par la disparition des traces écrites

Que crient les corps ? Qu’écrit l’Agonie ?

Il n’y a pas de morale, pas de positivité dégoulinante ni de défaitisme dépolitisé, juste la pratique de l’équilibre avec le 2 de disques (et peut-être des hernies discales, des lignes de faille, des fractures d’où hurlent l’Autre Monde)

voir aussi. Hymne homérique à Déméter

8 de pièces. Encore et encore

Dans l’atelier, dans le silence, on peaufine, on dessine, on se plante, on invente, on déchire, on se débine, on reprend, on se méprend, on insiste, on s’applique, on apprend, on comprend, on rigole, on fignole, on remonte, on démonte, encore et encore et encore. On prend le temps de l’apprentissage. 


L’Empereur. (Dé)construire

Transformer l’inspiration en sanctuaire.
Bâtir un corpus. Créer des lieux d’échange.
Travailler les étincelles mystiques et les impulsions divines. Les faire advenir dans la matière. Se saisir de la matière. La pétrir. (Dé)construire. Faire œuvre.

Source de l’Empereur, forêt de Soignes, à proximité du Rouge-cloître, juillet 2021.