L’animisme: réenchanter le rapport au monde

Manifeste pour un animisme féministe

Nos sens savent. Nos sens comprennent. Nos communautés (se) soutiennent. Autour de nous, les vies fourmillent sous diverses formes. Plus encore : les plantes, les pierres, les ancêtres, les déités, tout cela s’exprime, accueille, rage, attire, rejette. On va à la rencontre de ce fourmillement. De la beauté comme de la monstruosité. On suit nos sens, en ce compris ceux qu’on n’a pas appris à utiliser. On croit nos frissonnements.

L’Invisible a été mis au ban de nos sociétés rationnalisées, capitalistes, vidées. On renoue. On le valorise. On (re)trace des cosmologies dont l’humain-e n’est pas au centre. On observe les schémas et on les respecte. Tout comme là-haut, aussi ici-bas. Tout comme en nous, aussi au dehors. Nos pratiques oraculaires consistent à mettre en lien. Les résonnances emplissent notre vision du monde.

Parce que l’humain-e n’est plus le pilier de cette cosmologie, on fait preuve d’humilité. On revoie à la baisse notre sentiment de puissance. On apprend à craindre, à servir, à estimer les sagesses non-humaines. On réévalue constamment nos positions dans les microcosmes, les macrocosmes, le cosmos et les espaces liminaux. L’animisme féministe ne clame pas la puissance exclusive des humain-e-s, des femmes, des queers, des marginalisé-e-s. Il porte un regard enchanté sur les interconnectivités. Sur la puissance du-dedans de ces liens infinis.

Dans ce monde vibrant, les approches du vivant, du non-vivant, des corps célestes, des déités, des entités sont multiples. Elles sont variables. Tout comme en nous, aussi au dehors. Tout comme là-haut, aussi ici-bas. Autrement dit, on ne tranche pas les mouvements entre les mondes. On ne les engonce pas dans des dualismes. On ne fixe pas. On suspend.

La hiérarchie n’a pas sa place dans l’animisme féministe. Dans la multiplicité se développent des relations variées, mais jamais hiérarchiques. Si le Divin, en tant que principe ou en tant qu’entités (les Déités), existe dans cet univers enchanté, l’organisation en religions ferait courir le risque de structures hiérarchiques. L’animisme féministe s’en détourne. Tout comme il repousse la préséance des savoirs universitaires. Tout autant que les schémas et les résonnances, il célèbre l’anarchie, le compost et, occasionnellement, le chaos. Jamais nous ne figeons. Nous divinons pour moins régner.

Chantier : questionnement des savoirs organisés, prédilection pour l’expérience, la mémoire et la transmission non-hiérarchique. Construction : des connaissances articulées par une éthique forte, en évolution, en interconnexion. Et le doute bien sûr ! Le style du manifeste exige l’affirmation. Mais le doute bien sûr !

Nous n’inventons rien. Loin du leurre de notre toute-puissance, nous démultiplions les savoirs. Nous favorisons les relations. Nous provoquons les rencontres s’il le faut. La transmission, la canalisation, les traditions, les grimoires, la méditation : nous établissons des ponts. La médiation.

Dans le tourbillon capitaliste, nous posons nos actes, nos réflexions et nos vénérations en conscience et en lenteur. Chacun de nos gestes compte. Chacun de nos gestes peut participer d’une résistance. Comme nous écoutons les souffles qui parcourent l’univers, nous privilégions le souffle slow. Notre lenteur fait friction contre la course capitaliste. Car l’animisme féministe, évidemment, c’est un engagement contre les oppressions, contre l’exploitation. Moins régner.

Animisme féministe. Résistance. Au service des fourmillements, des souffles, d’un divin multiple. Créations, réappropriations ou préservations de liens.

Surtout, l’animisme féministe existe dans la liminalité.

Aux croisements, nous nous rassemblons. Nous nous dispersons. Au croisement des mondes, nous rencontrons.

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White Numen Tarot Review

Loving a tarot deck that I’m not supposed to love! What should I do?

This review is English. Pour des considérations similaires en français + une revue des aspects techniques, regarde ma vidéo de déballage du White Numen Tarot (qui existe en version française sous le nom Tarot des Divinités).

April 2021

Dear diary,
I am conflicted today. After watching an unboxing of The White Numen Tarot, I feel drawn towards its energy. Something primal, animist and Hekatean grabbed me. Should I accept my feelings or listen to my brain?


June 2021

Here I am, holding the deck in my hands, charmed, mesmerized and a bit overwhelmed by how good it is at delivering messages. The White Numen called. I answered. Something is happening between us.

Yet, I can’t leave aside my reservations. It’s not that I enjoy nit-picking on any specific deck! It’s a broader issue! No matter how actively the tarot community engages in diversity and representation, it keeps pushing some people towards the margins. 

The pathologisation of fat people is rampant. It is probably the main reason why most creators and publishers refuse to offer representation to us (and from us!). I can’t accept it though. Half of the population in my country isn’t thin! Why would they invisibilize us? 

In June, everybody (especially companies) seemed to « celebrate » (not fight for though) queerness, including in the tarot industry. This wouldn’t have been possible 50 years ago. Queerness was then considered an illness, something to cure, something illegal, something to erase from our society. All of which sadly still exists. But so much has changed with regards to mainstream representation! Why is it so difficult for a similar shift to occur in the way we depict, understand and celebrate fatness? 

The White Numen Tarot, like most tarot deck, is a thin deck. It’s a skinny deck. 

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Sorcières et féministes: irréconciliables?!?

Préambule

Quand j’ai commencé cet article il y a quelques mois, j’avais envie d’un texte trop parfaitement bien étayé : des tonnes de sources, des vérifications approfondies, etc. Comme toujours, les aléas de ma santé en décident autrement. L’article ci-dessous se révèle plus brut. Il est beaucoup plus court. Comme un chantier sur lequel je reviendrai, plutôt qu’un long essai super élaboré. Le temps de la réflexion permettant à l’agacement de décanter, le projet s’est redessiné. J’ai peu retravaillé mon argumentaire. Il est plus « rond » que l’idée que j’en avais à la base.

Le Daughters of the Moon Tarot, un tarot féministe rond pionnier publié en 1984, m’a inspirée des réflexions plus libres. Après avoir créé une vidéo de présentation dans laquelle j’articule certains arguments de ce texte, j’y suis revenue, j’en ai arrondi les angles, j’ai accepté qu’il ne serait pas ce que j’avais l’ambition de partager initialement. Il est cependant un complément à la vidéo.

Sorcières et féministes, le grand écart ?

J’ai constaté un usage généralement péjoratif de « la sorcière féministe ». On la considère comme un épouvantail. Dénigrée, elle ne serait

  • ni un-e sorcière aux yeux des un-e-s. En effet, sa posture serait exclusivement théorique/politique tandis que seules les pratiques feraient la sorcière.
  • ni un-e féministe aux yeux des autres. Soit parce qu’yel aurait succombé à un phénomène de mode soit parce que le féminisme se voudrait rationaliste, anti-religions, etc.

Cette incompréhension dérive des multiples significations tant de « sorcière » que de « féministe ». Des féministes ont beau clamer depuis des décennies qu’il n’y a pas un mais des féminismes, l’anti-féminisme est tel que des collisions cognitives semblent vouées à se produire dès que quelqu’un-e s’en réclame. L’histoire de chacun de ces termes est bien plus complexe que les émois qu’ils provoquent.

Comment en vient-on à prétendre que les féministes auraient volé ou souillé une sorcellerie prétendument intemporelle alors même qu’elles ont cherché à l’historiciser (d’un point de vue purement académique ou d’un point de vue pratique) ? Comment utilise-t-n des arguments anti-capitalistes pour nier toutes les pratiques de sorcellerie qui ont existé et qui existent encore ? Pourquoi certaines féministes sont-elles aussi réticentes à intégrer les liens, qu’elles ont passé des décennies à déconstruire, entre femmes et nature ? Une fois pelées les couches de construction sociale autour des « sorcières », des « femmes, du « genre », de la « féminité », faut-il tout jeter au compost ou peut-on goûter le zeste et reconstruire ou se réapproprier (reclaim) des éléments ?

Féminismes des années 70

Pour mieux comprendre pourquoi on agite à tort le spectre de « la sorcière féministe », il faut remonter aux années 60 et 70. Se déroulent alors parallèlement deux mouvements (dont je me garderai bien d’affirmer qu’ils n’étaient pas joints par de nombreux ponts).

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2443 mots, de l’insouciance, de l’insolence, de l’errance. Et pourtant!

Ça fait des mois que la question est sur tous les claviers : pourquoi ne revient-on pas aux blogs ? On a grand besoin d’un slow internet. La plupart des initiatives tiennent à des individu-e-s.

Je sais pourquoi instagram a profité à mon quotidien de malade chronique. J’aime l’immédiateté de l’écriture. J’aime l’énergie du premier jet. J’aime partager des instants de vie, pris sur le vif, car ce sont eux qui m’inspirent. La praticabilité a rencontré la nécessité avec le Syndrome d’Ehlers-Danlos. Le téléphone exige moins du corps que l’ordinateur. L’instantanéité rencontre un stock de cuillères chutant drastiquement et aléatoirement en cours de journée. D’un format qui me plaisait, le réseau social est devenu le seul qui me convenait.

Ça m’a pris des mois pour parvenir à me déconnecter définitivement de facebook en 2019. La réactivité érigée en maîtresse n’était plus compatible avec mon handicap. Le stress qu’elle génère accroit considérablement mes symptômes. Ça m’a pris du temps parce que c’est comme ça que j’ai pu désapprendre l’addiction. Avec le recul, j’ai mieux analysé l’effet de ce média, au-delà des considérations pratiques et politiques. J’ai compris que la réactivité me rongeait. J’ai compris pourquoi. J’ai compris qu’elle avait une utilité militante limitée dans mon cas. Le sevrage de facebook a fonctionné. Je n’envisage pas d’y retourner. Mais y penser ne me donne plus des sueurs froides.

Le sevrage n’a pas tout à fait fonctionné. Mon addiction à l’un glissant vers l’autre, instagram occupait le temps que je ne consacrais plus à facebook. Encore une fois, j’avais les grilles d’analyse pour appréhender les dangers des réseaux sociaux. Encore une fois, le relatif bien-être qu’il me procurait l’emportait cependant sur la réflexion. J’avais déjoué les pièges de twitter et de facebook, en particulier leurs logiques de polémique et de confrontation. Comme beaucoup, je me tournais illusoirement vers insta comme un havre de paix. On y mettait les différends de côté pour s’intéresser davantage à nos points communs. Pour moi, il ne s’agissait pas d’embrasser le règne de la positivité néolibérale, mais plutôt communiquer dans un relatif apaisement.

Est-ce que ça a changé quand l’usage des stories s’est généralisé ? A quel changement d’algorithme, la compétition nous a-t-elle fait suffoquer ? Quand la pression s’est-elle normalisée assez pour qu’on se sente isolé-e dans le mal-être dont insta se nourrit (publie pour aller mieux, achète pour compenser, scrolle hagard-e jusqu’à trouver un soupçon de sens), pour qu’on se blâme sans plus voir les ficelles ? Tout le monde ne fait pas un effort conscient pour l’engagement avec son audience, l’esthétique en vogue, la limitation du nombre de mots. Mais bon nombre d’usagèr-e-s ressent ce vide à cause du shadow-ban ou bien parce qu’on a osé publier un format qui nous plaît vraiment, ce qui ne génère ni vues ni likes.

Alors, comme avec facebook, j’ai fait des pauses. Souvent j’ai annoncé des pauses que je n’ai pas tenues. J’ai constaté que ne plus poster revenait à ne plus attendre les réactions. Ce qui, ensuite, permettait de revenir progressivement sur la plate-forme sans qu’elle soit oppressante. Mais j’ai toujours quelque chose à dire. Les jours passent, je m’affiche de plus en plus. La spirale de l’attention se remet en place.

Sur instagram, on rencontre des gens avec qui on n’aurait pas discuté autrement. Ça fait du bien quand un burn-out militant ou professionnel se referme sur nous. Facebook devient alors une nébuleuse faite de toutes les vies qu’on a muées, de toutes les personnes dont on s’est éloigné-e. Celles qui nous ont trahi-e et celles qu’on a trahies. Instagram, c’était une bulle d’air frais.

Pendant ce temps, je tâtonnais au niveau de la création de contenu ailleurs. Je m’attelais à des séries thématiques sur mon blog dès que ma santé m’accordait un répit. Toujours de courte durée, mes répits se soldent par des séries en suspens. Pourquoi pas, tant que tous ces fils tissent malgré tout une tapisserie? Les vidéos me redonnent occasionnellement mon éclat d’antan. Sinon, elles montrent comme il est difficile de créer avec constance quand on est malade. J’adore les vidéos. Dès que j’ai un peu d’énergie, je m’y mets. Il y a des gens qui croient que je suis une fausse malade parce que j’ai l’air en forme dans mes vidéos. Moi, j’aimerais que cette forme soit plus fiable que quelques trêves mensuelles. Mes vidéos sont peu vues. Je m’en fiche. J’ai l’impression d’être moins contrainte que sur instagram. Je suis heureuse de toute personne qui apprécie ces partages plus « authentiques ». Qu’est-ce que l’authenticité ? Pourquoi considère-t-on généralement l’authenticité en ligne au prisme du genre (de la misogynie et de la transphobie quoi…) et des autres rapports de pouvoir ?

Ça fait des mois que nos claviers s’activent : on a envie de formats longs, on a envie de rigueur, on a envie d’échanger sur base de critères plus profonds. Nos esprits saturent : on n’en peut plus de cette pression, comment a-t-on pu oublier à ce point les valeurs de l’échange ? Pour les gens de ma génération, nous qui étions des jeunes adultes écrivant sur des blogs dans les années 2000, la nostalgie guette. Faut dire qu’il y avait l’anonymat, l’absence de contraintes, moins de harcèlement parce qu’on formait des grappes de blogs aux préoccupations similaires et on ne perdait pas notre temps maudire les autres. Faut dire qu’il y a eu des cœurs brisés, mais aussi des amitiés qui durent depuis 15 ans. Il y a des connaissances avec qui ont échangé des colis à l’époque, puis dont on a suivi le parcours de loin pour finir par se retrouver dans les mêmes sphères « spirituelles » avec le temps (pour le coup, être voisine d’anniversaire et avoir le même ascendant, ça doit aider non ?).

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Représentations dans le tarot: ‘inclusivité’, capitalisme, images ou interprétation. Partie 2.

Faut-il se réjouir de la multiplication de tarots abordables qui se veulent plus « inclusifs »? Les choses sont-elles en train de changer? A qui profite ce juteux business? Qui sont les laissé-e-s-pour-compte? Peut-on se passer de tarots plus représentatifs? Pistes de réponses en 2 parties.

L’inclusivité TM

Les conclusions de mes essais sont catégoriques : la création, la production et l’utilisation de tarots hétéronormés, blanchisés, mincis, ciscentrés, validistes sont le reflet d’un système. Elles y participent. Elles alimentent nos imaginaires, nos visions de nous-mêmes et des groupes opprimés. Lutter contre les normes implicites dans des tarots constitue un réel enjeu de société. Tout comme dans l’art, sur les écrans, dans les romans, revendiquer des représentations plus justes est un enjeu de société.

Poussant ce raisonnement, parmi les multiples facteurs à prendre en compte : le soutien (financier !) aux créateurs-rices qui travaillent dans ce sens. J’écris pour Little Red Tarot, un site britannique qui vend des tarots alternatifs en Europe. Je suis attentive aux initiatives qui passent par des campagnes de récolte de fonds ou des petites boutiques d’artistes. J’ai décidé de mettre en avant et d’acheter en priorité des tarots indépendants. Mais il devient compliqué d’y voir clair… Le capitalisme s’est engouffré dans une niche (enfin, depuis  le new age, cette niche a peut-être vu le jour avec des motivations capitalistes).

Vivant tou-te-s dans un monde capitaliste, les artistes, en particulier les artistes minoritaires, doivent développer des stratégies ou faire des concessions pour vivre ou survivre. Je ne prétends pas ici que je suis une exception ou que je suis radicalement opposée aux stratégies dont dépendent notre survie et notre art. Par conséquent, la promotion prioritaire de tarots indépendants ne me mène pas à cesser de soutenir les artistes qui font le choix du mass market, qu’yels soient motivé-e-s par des raisons économiques, de visibilité, parce que ça leur permet de ne pas gérer la lourde production et la communication de leurs decks, ou toute autre motivation.wp-15897980334654983512674312382552.jpg

Tournons-nous vers le système, au lieu de juger les artistes. Le capitalisme a flairé la bonne affaire. L’uniformité apparente des tarots disponibles aurait pu lasser. L’industrie rebondit: la diversité, la positivité, voilà des arguments de vente ! Lire la suite « Représentations dans le tarot: ‘inclusivité’, capitalisme, images ou interprétation. Partie 2. »

Représentations dans le tarot: ‘inclusivité’, capitalisme, images ou interprétation. Partie 1.

Faut-il se réjouir de la multiplication de tarots abordables qui se veulent plus « inclusifs »? Les choses sont-elles en train de changer? A qui profite ce juteux business? Qui sont les laissé-e-s-pour-compte? Peut-on se passer de tarots plus représentatifs? Pistes de réponses en 2 parties. 

Représentativité dans les images ou dans les interprétations?

En ce qui concerne les représentations dans le tarot, plusieurs perspectives queers coexistent. Elles se complètent. La première accorde une importance fondamentale aux images. Les raisons invoquées varient : pour que lae consultant-e se sente représenté-e, pour retrouver quelque chose de familier qui pique notre intuition dans les images, parce que politiquement l’absence de visibilité des minorités va de pair avec leurs exclusions de multiples sphères de la société.

Une autre perspective insiste sur le rôle de la personne qui lit les cartes. En effet, rares sont les tarots dont les images génèrent une affinité totale et forment un miroir parfait des réalités de chacun-e. Il nous revient d’être responsable dans nos interprétations. Même avec un tarot qui cocherait toutes les cases du jeu inclusif de rêve qui casse grave la baraque, il arrivera de lire les cartes avec des filtres potentiellement limités du fait de notre conditionnement social et de nos impensés (privilège blanc, méconnaissance du polyamour, injonction à la sexualité et non prise en compte de l’asexualité, etc.).

D’ailleurs, comment retranscrire visuellement ou dans les corps bon nombre d’aspects de nous et de nos identités qui ne sont habituellement pas reconnues par le tarot? Elles seraient difficilement et dangereusement réductibles à des caractéristiques physiques. D’autant que le tarot peine déjà à représenter les corps « hors-normes » autrement que comme des métaphores! Tenter de les visibiliser sans recourir à des stéréotypes représente une gageure. Tout particulièrement quand les personnes non concernées s’y risquent. Handicaps, identité de genre, orientation sexuelle, classe sociale, santé mentale,… autant de facteurs qu’on ne peut pas forcément déduire d’une image.

On sait pourtant qu’ils ne sont habituellement pas reconnu dans les tarots classiques. Tout l’imaginaire du tarot est si restreint, si normé, si excluant dans sa prétendue universalité qu’on ne se leurre pas sur l’effacement de ces catégories dans la plupart des jeux. Ainsi, si les handicaps visibles sont absents ou servent exclusivement de métaphore visuelle, gageons que les handicaps invisibles ne se cachent pas implicitement derrière les images. Si tous les couples représentés sont hétéros, gageons qu’il n’y a pas de bi-e-s, lesbiennes ou gays à déceler derrière les personnages seuls.

Les modifications de l’univers visuel du tarot s’allient à celles notre langage à son sujet. On s’évertue à mettre au jour et à déjouer ses « impensés » (très réfléchis!) dès lors qu’on s’attache à le transformer et à le rendre plus représentatif, moins oppressif, moins excluant. 

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Portrait par Alice Améthyste

Krystal de Power Femme Tarot tient des propos éclairants à ce sujet :

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En chariot dans l’univers du tarot QUEER

Je suis pas là pour les gens qui comprennent pas pourquoi les positionnements en termes d’identité n’ont pas de sens, qui voient pas les couleurs, qui trouvent cool que je sois une grosse bien dans sa peau mais qui voient pas les enjeux politiques et sociétaux du corps et du corps gros. Si dans ta life, tu as les *privilèges* qui font que tu n’as pas besoin d’étiquettes, de communauté(s) d’opprimé-e-s, de cris de ralliement, tant mieux pour toi (mais viens pas faire la leçon aux gens qui n’ont pas tes privilèges). Si tu trouves quelque chose dans mes écrits et visuels qui te fait du bien ou qui t’inspire, tant mieux et bienvenue ! Mais je suis toujours pas là pour ça.

On me remercie régulièrement pour le travail de vulgarisation, de mettre en avant des thématiques auxquelles on n’aurait pas pensé avant et tout ça. Je suis ravie si ce que je partage a de tels effets. Ça me fait plaisir de participer à élargir des espaces mentaux.

Mais ça n’était pas mon objectif en créant mon blog, alors « en chariot dans l’univers du tarot », en 2016. Ça ne l’est pas plus maintenant. Mon objectif – si j’y arrive un tout petit peu c’est déjà ça – est d’apporter quelque chose aux gens qui voient déjà tout ça, les gens pour qui ça s’inscrit dans la chair, les gens qui vivent l’exclusion au quotidien et qui pensent pas que « l’éveil spirituel » seul va changer toutes les structures matérielles de leur oppression, les gens que les outils d’émancipation laissent sur le carreau. Apporter des mots, du réconfort, de la solidarité, la certitude de ne pas être seul-e.

Grâce à nos « cases » (en vrai, nos identités multiples, fluides, fuyantes, éhontées, affirmées, désavouées) nous nous retrouvons, même si elles sont temporaires. Les revendiquer, c’est pour mieux faire péter les cases qu’on nous impose. On ne fait pas semblant que les systèmes d’oppression ne sont pas en place. On se leurre pas en prétendant qu’il suffit de les ignorer à coups de « on est tou-te-s pareil-le-s » pour les faire disparaître. Se nommer, se trouver des mots alors que les groupes dominants avaient jusqu’ici le pouvoir de nous nommer à notre place et de nous maintenir dans la case choisie pour nous, c’est faire advenir une autre réalité, c’est donner vie à nos imaginaires, nos images, nos mondes, nos alternatives (Monique Wittig forever).

J’écris depuis les marges (et avec tous mes privilèges qui me rapprochent du centre, de la norme, à commencer par être blanche, cis et être issue de la classe moyenne). J’écris depuis l’hors-norme. J’écris en tant que freak. J’écris parce que je suis en colère. J’écris parce que les gros-ses crèvent de la grossophobie. J’écris parce que j’ai perdu blindé de choses dans ma vie parce que je suis gouine. J’écris parce qu’on a besoin de nos étiquettes. Parce que si je dis pas que je suis grosse, ça reste une insulte utilisée pour nous dénigrer et que toi aussi, tu continues à te dénigrer. J’écris parce que si j’avais pas rencontré des fems trans, bies, lesbiennes, gouines (si tu penses que fems, c’est le petit nom de féministes, tu as tort, ça c’est encore le prix de notre invisibilisation par les féministes cis et hétéros)… si j’avais pas rencontré des fems, je serais encore en train de me détester, de vivre avec des phobies sociales, de chercher à crever. J’écris parce que mes communautés sont les raisons pour lesquelles je suis en vie. Elles sont aussi les raisons pour lesquelles je me suis effondrée (nuances, toujours). J’écris pour qu’on ne puisse pas nous ignorer. Pour qu’on ne puisse pas ignorer soi-même ce qui fait notre magnificence (pour paraphraser Mia Mingus sur les magnificences fems et handies). J’écris parce qu’on résiste. J’écris parce qu’on est en vie. J’écris parce qu’on ne les laissera pas nous effacer. Lire la suite « En chariot dans l’univers du tarot QUEER »

4 ans de tarot

24 mars 2016. Mon Wild Unknown Tarot vient d’arriver de Little Red Tarot. Il m’attrape par le cœur, les tripes, la peau, l’âme. Je suis comblée. Je suis envoûtée. Il faut que j’achète immédiatement le Alternative Tarot Course de Beth et que je me mette à étudier. Je le sais.

Je suis une étudiante. Je suis une débutante. Mes yeux sont grand ouverts. Je vois dans l’obscurité. Je distingue avec acuité ce qui n’était alors que formes, traces, flashs, morceaux. Je verrai. Je serai une étudiante. Je ne cesserai jamais d’être une étudiante du tarot. Je ne cesserai pas d’ajuster ma vision de hibou. J’irai chasser avec les hiboux.

24 mars 2016. Ça vient à peine de commencer. La Fille d’épées sera une carte emblématique la première fois qu’on me lira les cartes. Mes souvenirs se déploieront. J’apprendrai à ne pas utiliser mes ailes pour (re)visiter le passé à volonté. J’apprendrai qu’il y a des choses qui souhaitent pas être dérangées. J’apprendrai à respecter les limites – les miennes comme les leurs. Lire la suite « 4 ans de tarot »

Ethique et tarot. 5. Accessibilité, ressources incontournables, sortir du cadre

Cet article s’inscrit dans une série sur l’éthique et le tarot.

Accessibilité

Pense à développer ton offre en termes d’accessibilité. L’audio (non sous-titré) ne convient pas à tout le monde. Si tu reçois sur place, pense à préciser s’il y a des marches, si tu utilises des encens ou des bougies qui peuvent incommoder, si tu partages l’espace avec des animaux, etc. Mieux encore, prévois des adaptations et des alternatives de ton environnement. Il y existe des listes de suggestions pour rendre un espace « fragrance-free », sans parfum. Quand tu choisis des sièges pensent au confort de tou-te-s. L’accessibilité est une question large et complexe qui devrait traverser tout ce que nous faisons. Elle concerne les handicaps mais aussi toute nos façons d’interagir avec notre environnement, d’apprendre, de communiquer. Parfois, ça crée des clashs, ce qui requiert principalement notre adaptabilité. Ainsi, un chien indispensable pour l’accessibilité d’une certaine personne (aveugle, anxieuse,…) peut laisser des poils qui empêcheront des personnes fortement allergiques d’accéder à un espace. Ou encore, dans les périodes où mes problèmes respiratoires sont prononcés, la fumée de tabac est un frein d’accès sérieux. Cependant, la cigarette est ce qui permet à beaucoup de personnes de gérer leur stress. L’accessibilité demande des aménagements qui prennent en compte la variété de nos situations. Elle répond à l’ensemble des obstacles qu’une société globalement validiste met en travers de nos routes. On se plante forcément quand on essaie de mettre en place des espaces et des formules qui se veulent accessibles. J’ai fait plus d’erreurs que je ne voudrais l’avouer dans ce domaine. Ce n’est pas parce que j’ai un syndrome d’Ehlers-Danlos et que ma santé mentale a longtemps compliqué mon accessibilité à des espaces conçus pour les corps valides que je n’ai pas foiré quand j’ai essayé de développer des alternatives. Encore une fois, le doute et la remise en question sont nos moteurs.

Ressources sur le sujet : Mia Mingus et Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha


S’adapter à des situations variées

wp-1579627814960354178276024765878.jpgSi tu tires les cartes à un événement, tout dépend de l’ambiance. A une soirée, une affiche avec quelques points d’attention suffisent. A un festival, quelques paragraphes relatifs à ton approche des cartes peuvent être à disposition près de la liste d’inscription. C’est franchement difficile d’anticiper ce qui va fonctionner quand on tire les cartes en extérieur. Ça fait plus de 3 ans que je le fais occasionnellement lors d’activité. Je commence seulement à y voir clair dans ma communication. Mais je tâtonne encore. Si tu lis l’anglais, je te recommande l’ouvrage Have Tarot Will Travel: A Comprehensive Guide to Reading at Festivals as a Tarot Professional de Jenna Matlin et les articles de Beth Maiden. Lire la suite « Ethique et tarot. 5. Accessibilité, ressources incontournables, sortir du cadre »

Ethique et tarot. 4. Dans la charte ?

Cet article s’inscrit dans une série sur l’éthique et le tarot.

D’après moi, les grands principes de nos chartes éthiques doivent être visibles et facilement accessibles publiquement et pas après que des consultant-e-s potentiel-le-s aient pris un premier contact. Il existe de nombreuses façons de tirer les cartes. En tant que consultant-e-s, on doit pouvoir s’orienter en connaissance d’éléments de base, même si une charte plus aboutie n’est dispo qu’à la demande ou commande. Est-ce important pour toi ? Pourquoi ?

La présentation

D’un point de vue pratique, les options ne manquent pas ! Tu peux créer un site avec une seule page, juste pour la charte si tu ne comptes pas alimenter un blog. Tu peux la rendre accessible en pdf sur un cloud dont le lien sera accessible dès que tu proposes tes services. Tu peux aussi la réduire à quelques points clés en story à la une sur insta. A toi de voir ce qui doit absolument être accessible et ce qui est secondaire. Garde bien en tête la confusion sur certains termes. Ils doivent être prioritaires soit à détailler, soit à élaguer. En effet, si des mots fourre-tout ne donnent qu’une vision floue de ton travail, ça signifie peut-être qu’ils sont superflus (en tout cas, dans ta charte).

Ne perds pas de vue qu’on n’aime pas trop devoir cliquer plein de fois pour trouver une information, que les vidéos et audios ne sont pas accessibles pour tout le monde, ni même les longs textes. Certain-e-s consultant-e-s vont en revanche avoir besoin de détails pour être rassuré-e-s. Tout ça doit te permettre de composer ta ou tes chartes en t’adaptant à ton public et à ses besoins.

Une fois que le processus de réflexion, entamé à la suite des premiers articles, a livré des premiers résultats, Lire la suite « Ethique et tarot. 4. Dans la charte ? »