Où sommes-nous?

Préambule : Les personnes considérées comme « « obèses » » constituent un cinquième de la population par ici.

Où sommes-nous ?
Je tente de me frotter les yeux
Émergeant d’un cauchemar
Je n’y parviens pas
Dos courbaturé
Je tends la main dans le vide
Où sommes-nous ?
Le vide ne répond pas

Je t’ai cherchée partout
Dans les livres d’abord
Scolaire et isolée
Je t’ai cherchée sur les scènes
Je t’ai cherchée dans les réunions
J’ai zappé à en dézinguer la zappette
Tu n’es pas venue

Où es-tu ?
Tu es le spectre qui me taraude
Ton existence conditionne la mienne
Je t’ai aperçue
Imprimée sur les pages
Par les fantasmes d’une autre
Déformée sur l’écran
Pantin à la merci des campagnes de haine
Ce n’était pas toi
J’aurais dû m’en douter
Mais je me suis retrouvée piégée
Je te l’avoue
Je me suis laissée piégée à force de silence

Tu es devenue ce qu’il fallait que tu sois
La grosse marrante
La grosse avec de l’auto-dérision
La grosse au beau visage
La grosse qui s’excuse perpétuellement

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Resisting and revolting bodies

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 12/2017

Des corps qu’on ne lissera pas. Qu’on n’épilera. Des corps indisciplinés. Des corps qui souffrent. Des corps qui dansent. Des corps qui dégoûtent. Des corps qui exultent. Des corps à bout de souffle. Des corps engagés. Des corps démolis. Des corps qui reviennent. Des corps fiers. Des corps vulnérables. Des corps transis de peur. D’amour. De résistance. Des corps qui rampent. Des corps qui baisent. Des corps que personne ne touche. Des corps qu’on apprend à regarder. Des corps défaits. Des corps qui se font. Des corps gros. Des gens gros. Des vies. Des visages. Des bourrelets. Des gros.ses exténué.e.s. Mais qui vivent. Qui se répandent. Qui font trembler. L’épidémie s’étend, s’étire, prend de la place, occupe l’espace. Des corps qui sont plus que la somme des diagnostics, de la pathologisation, des amputations, des condamnations, des brimades, des obstacles. Plus, plus et plus encore. Des gros.ses.

Inhabitable

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 03/09/2017

Ce que ça fait d’habiter l’inhabitable. Ce corps, lieu de toutes les abjections, souverain dans sa monstruosité, exemplaire. Cet inhabitable bien habité, de la tête aux pieds. Flambeau qui fait feu de tout mépris. Qui attise en étincelle toute violence. L’inéteignable inhabitable. Inébranlable dans sa fierté. Cracheur d’indicible qui crépite.

Il n’est pas censé être

Il est censé être au régime, sur le billard, amputé

Estomaqué, j’en suis estomaquée

Dans l’ombre et dans la honte

Sous les injures

Il est censé être éphémère Lire la suite « Inhabitable »

Une lettre aux meufs minces

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 02/09/2017

Mon corps se passe très bien de ton approbation
Mon look se passe de l’approbation des mecs
Répète avec moi :

La grosse qui te fait horreur,
Elle en a rien à foutre de ton avis
Elle se moque éperdument de vos standards hétéros sur sa baisabilité

Quand ta gamine regarde mes bijoux bling-bling
Quand ses yeux s’écarquillent devant ma robe multicolore
Toi, ne fais pas ce que tu fais toujours
Ne me regarde pas de haut en bas
Décolleté, bourrelets, jambes poilues
Ne détaille pas ce que tu penses qu’une meuf ne doit pas être
Ne passe pas en revue ce qui fait de moi l’incarnation de tes pires complexes
La monstre que tu pries que l’enfant ne devienne pas
Et surtout, ne lui transmets pas ce dégoût
Abstiens-toi de ton commentaire
Ne me fusille pas du regard parce que je lui souris
Ne lui passe pas la main dans le dos pour qu’elle se détourne
Cette vision d’horreur pour toi est ce qui la rassure sur ce qu’elle pourrait devenir
Ne transmets pas à cette enfant qu’une femme bonne
Est une femme mince, discrète, imberbe Lire la suite « Une lettre aux meufs minces »

Votre avis NOUS intéresse

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 25/03/2018
Votre avis NOUS intéresse

Je voulais écrire un texte court et précis pour un open mic il y a quelques mois. C’est devenu super long en quelques heures (et impliquant beaucoup de travail en aval pour réorganiser, vérifier ce que j’avançais, ne pas partir d’une position de jugement, affiner la narration, etc). Je l’ai abandonné.

Je vous le livre quand même en état, sans structure mais avec un fil rouge. Il est destiné à être lu. Il y a plein d’intonations et de changements de voix qui sont perdus sous cette forme. Mais c’est pas inintéressant. Ça ressemble à une conversation ordinaire entre ma butch et moi, la télé en fond sonore, les trucs qu’on lit sur les réseaux sociaux, nos réactions et les mails des services clientèle. Cacophonie ordinaire. Les voix qui se diluent. Le rouleau-compresseur qui continue.

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Mes cuisses

publication initiale sur mon blog Grosse Fem et également disponible dans mon zine « Grosse et fière »

J’aime mes cuisses
Fermes et tendres
Rebondies et musclées

J’aime mes cuisses
Dans leur transparence
Avec leurs creux et fissures
Avec, entre les traits laissés par les lames,
Comme autant de fossés et marécages
Entre les cicatrices,
Les collines de cellulite

J’aime mes cuisses
Quand elles retiennent
La main de mon amante
Tandis que ses doigts
S’agitent s’agitent
Dans mon vagin

J’aime mes cuisses
Quand en quelques minutes
J’ai gravi les marches
Jusqu’à la citadelle
Conquérante et rebelle

J’aime mes cuisses
Même si les accoudoirs des fauteuils
Appuient, s’enfoncent
Tandis qu’elles sont
Contre les standards
Contre l’uniformité
Mes remparts à ces contreforts
Qui oppriment leur gracieux gras

J’aime mes cuisses
Pour leur souplesse
La partie de mon corps
Qui peut s’étendre Lire la suite « Mes cuisses »

Grossir le tarot / le corps gros de la sorcière: Pierres, étincelles, feu

Traduction d’un poème paru sur Little Red Tarot il y a quelques mois pour ma chronique Fat Tarot. En compagnie du Wooden Tarot dans lequel les Pierres sont les bâtons dans des tarots plus classiques. Et, surtout, avec les photos de mon amie Alice Impellizzeri!

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Posées sur mes cuisses
Pierres, étincelles, feu
Mouvement

Crépitant dans mes cuisses
La Page de Pierres
A l’affût d’aventures
Sur le qui-vive
Au taquet
Mon monde intérieur à explorer
Je peux marcher des kilomètres sans me lasser
Mes passions s’activent au rythme de mes pas
Chacun d’entre eux me porte vers
Ma vérité

Mes cuisses sont fermes
Elles forment des courbes inattendues
Quand elles s’étendent
Se plient
Flexibles
Mes genoux, eux, ne se courbent pas,
Ils s’enfoncent
La paume de mes mains
Touche le sol
Avec aisance
J’oublie que je suis maladroite
J’ignore que mes chevilles flanchent
Je me penche à l’intérieur
Et je suis une danseuse qui virevolte
Qui rêve
Avec aisance
Ma volonté s’étire aussi
Je pourrais tout atteindre
Ces pierres sous mes pieds
Me soutiennent
M’étendent Lire la suite « Grossir le tarot / le corps gros de la sorcière: Pierres, étincelles, feu »

Par la fenêtre

1. Dans ma chambre d’enfant, je trouve

▫️Une vue à se damner.
▫️ Un paysage à crever d’envie de partir.
▫️ Une campagne dont connaître, reconnaître, découvrir chaque recoin, chaque plante, chaque oiseau.
▫️ Des champs d’où exhumer les histoires, les hameaux aujourd’hui disparus, où rêver les légendes et les contes.
▫️ L’âme d’une enfant mystique, une enfant en colère, une enfant féministe, une enfant idéaliste, une enfant rêvant de justice sociale.
▫️ Le souvenir des livres, des livres et des livres.

2. Dans cette chambre, je me souviens aussi
▫️ Des rideaux qui voulaient m’attaquer la nuit, envoûtants, effrayants, frénétiques.
▫️ Les grognements jaillis de ma poitrine, bruit d’outre-tombe comme unique berceuse tandis que je triturais mes cheveux pour m’endormir. Lire la suite « Par la fenêtre »

Reine de coupes – le trône des émotions

La reine de coupes est sortie pour le blog aujourd’hui. J’ai écrit mes pensées à la main et puis je n’ai pas eu le courage de les taper, alors je les ai enregistrées. 😉

En français:

Ou bien sur le soundcloud.

And in English:

Or directly on soundcloud.   Lire la suite « Reine de coupes – le trône des émotions »

Solstice d’été – interprétation d’un tirage

Songe d’un solstice d’été
Révolté

La Lune
Les convictions qui se délitent
Les incertitudes qui crépitent
La Lune

Dans un état de chaos
Ne pas ordonner, ne pas prédéterminer, ne pas arrêter
Être à l’écoute, ouvert-e
Pas sur mes gardes
Parce qu’aucune barrière ne tiendrait bon
Face aux cris des entrailles
Aux hurlements des louves
A l’appel de l’obscur

Salvateur appel
Lorsque aucun rempart ne peut contenir
La survie qui jaillit du fond des entrailles
Des traumas
Des violences
Les barrières doivent céder
La Lune
Le cri déchirant la nuit
Pourtant gonflé de confiance
La Louve. La voix. La Lune.

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Le Monde
Ce qui m’appelle, ce qui t’appelle
Cela n’appelle pas que nous
Aucun accomplissement ne vaut
S’il te porte seul-e
Le Monde
Intégrer ta voix aux autres
Démanteler ta voix si elle couvre les autres
Celles des océans étouffés par le plastique
Celles des baleines chassées par des eaux trop chaudes

La voix des migrant-e-s
La voix des pauvres
La voix des personnes écrasées par le racisme d’Etat
La voix des personnes assommées dans les usines
Et qui fuient, qui fuient
L’autoritaire pour le totalitaire
L’arbitraire pour le sectaire
Sécuritaire partout
Le Monde

cof

Démanteler ta voix si elle couvre les autres
Si elle impose
Si elle domine
Comment survivre ?
Collectivement
Comment continuer de tourner ?
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