As de cailloux. La peau fine

img_20190927_154616_0597084096669633368790.jpgJe n’ai pas la peau dure pour encaisser les coups.
No thick skin.
J’ai la peau fine qui laisse passer le vent. Elle s’arrache. Elle se fend. Elle brûle. Elle cède.
Paper-thin skin that tears open or bruises.
On dit qu’elle est la défense, l’interface entre le soi et le monde.
Elle est mon moi, mon monde, le monde.
Par endroits, elle est si sensible qu’une caresse l’agresse. Elle aime les caresses, ma peau. Elle ne les filtre pas. Elle amplifie.
Elle ne se fie pas aux on-dit. Elle expérimente. Elle invente langages, sensations, saturations, ruptures, textures, volumes, volutes, utopies, ses pires et ses brumes, et ses brûlures.
On dit qu’elle abrite. On dit qu’elle est cabane. On la voit en écailles.
Elle clame qu’elle est vulnérable et qu’il n’est nul besoin de carapaces pour se défendre. Elle fend. Elle fond. Elle laisse s’échapper. Elle offre. Diaphane, elle est carte au trésors.
Elle bleuit de plaisir.
Cette peau, c’est mon corps, c’est moi, c’est l’as de cailloux.

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Tirage de l’endurance de l’if

Pour préparer Samhain, je vous propose le tirage de l’endurance avec l’if, un arbre impressionnant, toxique, souvent associé à la mort, à l’immortalité et au passage entre les monde. C’est ainsi qu’il garde encore des cimetières. Puissant, il peut vivre de nombreux siècles. Créatif, il subsiste en se renouvelant.
Il protège certes, mais sans passivité. Il assure la défense.
Dans les niches qui s’y creusent et leurs troncs qui se vident, on est invité.e à répondre à l’esprit de l’arbre ainsi qu’aux les divinités (comme Hécate!) et créatures qui s’y rassemble. Ils deviennent sanctuaires ou autels votifs. Pas besoin d’installer des statues pour ça. On peut y déposer des feuilles mortes, des fleurs et autres présents et visualiser les présences dans les cavités.
Qu’est-ce que cet arbre ancestral peut t’apprendre en amorce de Samhain ? Comment appréhender le nouvel an des sorcières avec de la continuité dans le changement ? Quels sont les messages qui ont trait aux grandes tendances ? Que te confient les guides pour que tu vois au-delà de tes préoccupations immédiates ? Un tirage à réaliser de préférence sous un if ou à l’entrée d’un cimetière en prenant conscience de l’énergie du portail. Lire la suite « Tirage de l’endurance de l’if »

M’effondrer comme un château de cartes

C’est pas de l’art, c’est du désespoir / regarder l’écran, l’objectif, ce que je construis ?
🔀
Au fond de mon lit
Il fait trop froid ailleurs
J’ai explosé mon stock de cuillères
En me pimpant ce matin
Pour aller essayer, encore,
De comprendre pourquoi
La mutuelle me paie pas ce qu’elle me doit
J’ai pas capté
▶️
Déprimée au fond du lit
Je me sens vidée
Je me sens pitoyable d’essayer
De concilier mon anticapitalisme
Et mon besoin de reconnaissance
⏺️
Je me compare
Aux gens qui m’ont plagiée
Aux gens qui font la même chose que moi
Mais qu’on appelle des artistes, elles,
Je me demande si c’est parce que je suis grosse
Et grande gueule
Mais je veux pas tomber dans le gouffre
Qui consiste à blâmer mes positions minoritaires
Pour tout ce qui ne fonctionne pas
Alors sans doute que je ne suis
Ni artiste ni autrice
Je me compare
Je veux continuer à écrire des zines
A donner du tarot
A partager du savoir
Je veux que ce pouvoir soit accessible
Mais je regarde les éditées, les invitées
Je pense que je suis nulle
⏮️ Lire la suite « M’effondrer comme un château de cartes »

Incarner L’Oracle

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Mouvante, léchée par les flammes
Je suis la lune en exaltation
La lune en Bélier rencontre la mienne en Taureau
Je projette son feu
Je suis le dragon de la transformation
Dans l’attente du Scorpion
Qui m’immergera dans ses eaux sombres
Je flotte
Je me baigne aux côtés des savoirs occultes que je chéris
Je suis L’Oracle
Je l’incarne Lire la suite « Incarner L’Oracle »

Le voyage de Perséphone 4

Tu es derrière moi. You have my back. Si tu n’étais pas derrière moi pour m’aider à accomplir l’ordre des choses, le rythme des saisons, je prendrais mes jambes à mon cou. Je compte sur toi tout comme j’ai besoin que tu m’extirpes à cette terre que je chéris le printemps venu pour me ramener à ma mère, à tout ce qui bourgeonne en surface.

Hekate, toi qui es derrière moi, tu m’entends clairement. Tu entends tout, du faible frémissement des premières feuilles qui tombent sur le sol au craquement du crocus qui brise son bulbe. Tu as distinctement entendu mon orgasme quand j’ai jeté mon dévolu sur le ténébreux Hades.

Hekate, je déteste quitter Déméter. Ses hurlements hantent notre trajet. Mon déchirement moins dramatiquement extériorisé n’est pas moins grand. Je crains de ne pas la retrouver. Sans toi, j’ignore tout de la route. Sans toi, je ne peux pas revenir. Je rêve souvent que je me perds dans les méandres de l’Enfer, incapable de remonter, errant dans les souterrains, comme l’a fait ma mère là-haut quand j’ai disparu. Nous sommes au croisement du jour et de la nuit. Ma respiration siffle. Lire la suite « Le voyage de Perséphone 4 »

Le voyage de Perséphone 3

Il était derrière moi. Un an, une seconde ? Il est si calme, comment pourrais-je le savoir ? Mon cœur bat la chamade. Est-ce d’avoir sursauté ? Mes joues sont chaudes. Mon ventre vibre, habité par un essaim d’abeilles. Il est beau. Ou peut-être affreusement charismatique. Les battements d’ailes des abeilles s’agitent. L’essaim trépide de ma gorge à ma vulve à ma gorge à ma vulve. Toujours plus vite.

Je veux parler. Ma bouche est sèche. Il s’approche de moi. Je frémis. Il approche sa bouche de mon oreille : Lire la suite « Le voyage de Perséphone 3 »

Le voyage de Perséphone 2

– Hécate s’approche, venue de nulle part. Elle semble toujours venue de nulle part. Elle ressemble toujours davantage à une apparition qu’à une déesse matérialisée. Mais elle tend la main et je sais qu’elle est comme un roc. Un éclat lumineux fend la brume du matin entre elle et moi. L’incandescente Hécate pose ses mains sur mon bras. Je me sens enfin comprise. Mon errance n’est plus isolée. Hécate me regarde. Hécate me touche. Je respire enfin. Je respire, puis j’éclate. Je me fends en sanglot. Je me déverse en torrent de larmes. Hécate, Hécate, qu’est-il advenu de mon enfant ? Hécate, elle ne serait pas partie. Pourquoi Hécate ?

– A l’intérieur de moi, ça résonne. A l’intérieur de moi, ça s’agite. J’étais là où il me plaît de siéger, là où l’inconfort me réconforte. J’étais adossée à la pierre. J’étais posée dans la mousse. J’étais caressée par les vers. J’étais entre les mondes. J’étais la boue et la pierre humide. A l’intérieur de moi, ça a résonné, Déméter. Son cri, sur mes parois, a résonné. Il est venu se loger dans les fougères. Il est venu pétrifier les insectes. Il s’est réverbéré dans la pierre qui suinte. Son cri a pris possession de là où il me plaît de siéger à l’entrée des souterrains.
Je vois ton désespoir Déméter. Je vois qu’elle te manque. Je vois comme tu l’aimes. Je vois que tu as besoin des réponses. Je veux t’aider, Déméter, mais ne te leurre pas, les réponses ne seront peut-être pas celles que tu attends. J’ai reçu son cri, Déméter. Mais, ce cri, ma sœur, n’a pas sonné comme une sentence. Il n’était pas déchirant. Il était envoûtant. Je veux t’aider, Déméter. Nous irons chercher les réponses. Lire la suite « Le voyage de Perséphone 2 »

Où sommes-nous?

Préambule : Les personnes considérées comme « « obèses » » constituent un cinquième de la population par ici.

Où sommes-nous ?
Je tente de me frotter les yeux
Émergeant d’un cauchemar
Je n’y parviens pas
Dos courbaturé
Je tends la main dans le vide
Où sommes-nous ?
Le vide ne répond pas

Je t’ai cherchée partout
Dans les livres d’abord
Scolaire et isolée
Je t’ai cherchée sur les scènes
Je t’ai cherchée dans les réunions
J’ai zappé à en dézinguer la zappette
Tu n’es pas venue

Où es-tu ?
Tu es le spectre qui me taraude
Ton existence conditionne la mienne
Je t’ai aperçue
Imprimée sur les pages
Par les fantasmes d’une autre
Déformée sur l’écran
Pantin à la merci des campagnes de haine
Ce n’était pas toi
J’aurais dû m’en douter
Mais je me suis retrouvée piégée
Je te l’avoue
Je me suis laissée piégée à force de silence

Tu es devenue ce qu’il fallait que tu sois
La grosse marrante
La grosse avec de l’auto-dérision
La grosse au beau visage
La grosse qui s’excuse perpétuellement

Lire la suite « Où sommes-nous? »

Resisting and revolting bodies

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 12/2017

Des corps qu’on ne lissera pas. Qu’on n’épilera. Des corps indisciplinés. Des corps qui souffrent. Des corps qui dansent. Des corps qui dégoûtent. Des corps qui exultent. Des corps à bout de souffle. Des corps engagés. Des corps démolis. Des corps qui reviennent. Des corps fiers. Des corps vulnérables. Des corps transis de peur. D’amour. De résistance. Des corps qui rampent. Des corps qui baisent. Des corps que personne ne touche. Des corps qu’on apprend à regarder. Des corps défaits. Des corps qui se font. Des corps gros. Des gens gros. Des vies. Des visages. Des bourrelets. Des gros.ses exténué.e.s. Mais qui vivent. Qui se répandent. Qui font trembler. L’épidémie s’étend, s’étire, prend de la place, occupe l’espace. Des corps qui sont plus que la somme des diagnostics, de la pathologisation, des amputations, des condamnations, des brimades, des obstacles. Plus, plus et plus encore. Des gros.ses.

Inhabitable

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 03/09/2017

Ce que ça fait d’habiter l’inhabitable. Ce corps, lieu de toutes les abjections, souverain dans sa monstruosité, exemplaire. Cet inhabitable bien habité, de la tête aux pieds. Flambeau qui fait feu de tout mépris. Qui attise en étincelle toute violence. L’inéteignable inhabitable. Inébranlable dans sa fierté. Cracheur d’indicible qui crépite.

Il n’est pas censé être

Il est censé être au régime, sur le billard, amputé

Estomaqué, j’en suis estomaquée

Dans l’ombre et dans la honte

Sous les injures

Il est censé être éphémère Lire la suite « Inhabitable »