C’était un vendredi de juillet. Derrière les nuages, la lune bleue prenait du temps pour montrer le bout de son nez. Son énergie était pourtant bien présente. La lune bleue, la deuxième pleine lune d’un même mois. Rare et précieuse. Energisante et stimulante. En anglais, l’expression « once every blue moon » fait référence à un événement qui se passe tellement rarement que lorsqu’il se produit, ça tient du miracle. Dans les mois qui ont précédé cette lune bleue, la chanson « Blue Moon » découverte au détour d’un chapitre de Stone Butch Blues me trottait souvent dans la tête.

Blue moon you saw me standing alone
Without a dream in my heart
Without a love of my own
Blue moon, you knew just what I was there for
You heard me saying a prayer for
Someone I really could care for
And then there suddenly appeared before me
The only one my arms will ever hold
I heard somebody whisper « Please adore me »
And when I looked, the moon had turned to gold!
Blue moon!
Now I’m no longer alone
Without a dream in my heart
Without a love of my own

Une semaine avant cette lune bleue, le plus délicieux des premiers rencards. Elle avait apporté un bouquet de roses artificielles (affreusement kitsch, comme nous seules pouvons les aimer). Et puis, des cookies (qu’elle avait dû aplatir au marteau) recouverts de paillettes et des boîtes remplies de bonbons. On avait pique-niqué dans un parc. Dans le genre je-te-sors-le-grand-jeu, ce qu’on fait de mieux !

Le jour suivant la lune bleue, je prenais le train pour Lille pour passer le week-end chez elle. Deuxième rencard. J’y pensais en attendant l’apparition nocturne. Sans me projeter dans l’avenir, sans attendre de grand changement. A la fois sereine et diablement excitée à l’idée de la rencontre sexuelle qui ne manquerait pas d’arriver. Jusque tard, les moissonneuses s’étaient activées dans les champs aux alentours. L’odeur de blé emplissait l’air. Puissante, porteuse de nostalgie. L’odeur de certains chiens qui m’avaient été chers. De retour d’une promenade, dans le salon de jardin de mes parents, Ella Filtzgerald retentissait tandis que j’étais à l’affût de la lumière à travers les nuages. Le nez à l’air. Soudain, une chouette passa près mon épaule. C’est là que j’ai SU quelque chose.

L’ère des sorcières était venue. Dans les mois qui ont suivi, l’idée a germé de me mettre au tarot. Plus j’y repense, moins je sais pourquoi. Je n’avais pas de notions ce qu’était le tarot. Je savais, c’est tout. Ça et beaucoup d’autres choses. Ça m’a encore pris du temps, d’y venir, d’avoir le déclic. J’attendais les signes et les signaux. Et puis. La passion m’a prise. C’est pour ça que je suis là aujourd’hui. C’est pour ça que ce site est là. La lune bleue, l’apparition d’une chouette, le grand amour, la moisson. La roue de la fortune et la mort. La lune et la papesse. La magie.