Spiritualité et privilège blanc. Début de réflexion

J’ai commencé ma série de vidéos sur Hekate. J’en profite pour parler de privilège blanc par rapport à la visibilité de la spiritualité.
J’ai encore beaucoup d’appréhension car j’ai été active dans les milieux féministes, d’un point de vue professionnel ou militant, pendant plus de 10 ans. Je suis consciente que sortir du placard à balai me vaudra, de la part de certaines, de la condescendance ou de l’incompréhension. La spiritualité féministe est souvent considérée comme une lubie ou le signe d’une instabilité sous-jacente (oui….et?).

Le côté laïcard étroit d’esprit n’est pas l’apanage du féminisme, loin s’en faut. Seulement, c’est mon milieu, ma communauté, mes ami.e.s, ma vie. Lire la suite « Spiritualité et privilège blanc. Début de réflexion »

Décoloniser et queeriser la « spiritualité »!

A l’attention des tireur-ses de cartes, sorcières, néopaïennes et les autres,

Je suis une lesbienne cisgenre et blanche. Je vois passer beaucoup de choses qui me choquent sur les réseaux sociaux. Je réagis ici en vrac, depuis ma position. Parce que les blanc-he-s qui se taisent au sujet du racisme le perpétuent, j’écris à l’attention des personnes blanches en priorité. Mise à jour 2019: voir aussi ce petit complément sur le privilège blanc.

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Slow Holler

On n’est pas femme parce qu’on a un vagin. On n’est pas femme parce qu’on a ses règles. Quand on a ses règles, on ne les a pas forcément sur un cycle de 28 ou 29 jours (sauf quand on prend la pilule, mais alors, épargnez-nous l’argument de la natuuure), on n’est pas intrinsèquement « lunaire » quand on a ses règles (et ça ne détermine toujours pas si on est une femme, une homme ou d’un autre genre).

Il y a des femmes qui ont des pénis et des hommes qui ont des vagins. Il y a plein de gens qui se retrouvent dans un genre qui ne correspond pas à ces deux-là (et pas nécessaire parce qu’yels ont intégré leur « part féminine » ou leur « part masculine »). Il y a des personnes qui sont non-binaires, agenres, genderqueer, fem, butch, two-spirits (pour les personnes autochtones d’Amérique du Nord), hijras (en Inde), etc. Pour certain-e-s, certains de ces termes se recouvrent. Pour d’autres pas.

Les ateliers (chers!) qui bourgeonnent çà et là sur la fâââme, son cycle et son rapport à la nature participent à une essentialisation (femme(s)=sexe=nature, une adéquation historique battue en brèche par certaines écoféministes et épousée par d’autres). Ils sont binaires et cissexistes: il y aurait d’une part les hommes et de l’autre les femmes et tout le monde serait cisgenre (c’est-à-dire vivant son genre comme en adéquation avec le sexe assigné à sa naissance, en d’autre termes les personnes trans n’existent pas dans ce schéma). Par ailleurs, on y fait souvent référence au vagin ou à l’utérus, comme si le sexe était une réalité biologique irréductible et simple. Mais le sexe n’est pas moins construit et complexe que le genre: organes génitaux primaires et secondaires, hormones, chromosomes,… Diverses dimensions peuvent être prises en compte. En réalité, elles ne s’alignent pas chez tout le monde. Les personnes intersexes subissent souvent des réassignations chirurgicales et hormonales dans l’enfance afin de « corriger » la diversité réelle des corps, du sexe et des genres. Les ateliers sur la « fâââme » participent aussi d’un ordre genré et hétéronormé qui relègue les personnes transgenres et intersexes au rang d’anomalies indignes d’être écoutées et qui enferme les femmes cisgenres dans des rôles dictés par l’hétéropatriarcat.

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Oracle of Oddities et les zines Mutante.s (https://sorryiamnotsorryblog.wordpress.com/)

L’hétéropatriarcat et le racisme se côtoient très bien – hélas. Dans beaucoup de pays qui ont été colonisés par les blanc-he-s d’origine européenne, les facettes non-binaires du genre et des sexualités ont été réprimées, niées ou redirigées. Les blanc-he-s ont instauré un rapport de pouvoir par leur colonisation. Vous n’êtes pas two-spirits (ou encore moins « berdache », un terme empreint de colonialisme) ou autre quand vous êtes blanc-he-s. Si vous n’êtes pas conscient-e-s de vos privilèges dans les rapports de pouvoir, vous pourriez tomber dans le piège de l’appropriation culturelle. ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas vous intéresser à d’autres pratiques culturelles et spirituelles, mais plutôt qu’il vous faut comprendre les limites de votre participation.

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