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En chariot dans l'univers du tarot

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5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif

Figures monstrueuses qui peuplent les imaginaires des victimes du patriarcat. Les langages tortueux quand les traumatismes affleurent à la surface. Les visions insupportables. Néanmoins, édulcorées par rapport ce qu’elles masquent encore. Laideur, corps en décomposition, démantelés, éparpillés, lacérés. Lisses comme des bosses à la place des yeux, des crânes échevelés. Ou des cratères comme des plaies béantes, des pustules suintantes. Et puis des os. Des os partout. Sur le sol. Autour du cou comme des bijoux. Six pieds sous terre, dans les rêves ou dans les dessins. Des os dans l’écriture automatique. Cet irréductible qu’il n’aura pas encore eu de nous. Même pour ceulles que leurs coups ont cassé-e-s, scindé-e-s, abîmé-e-s.

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the wild unknown tarot

Le 5 d’épées, dans certains jeux en tout cas, m’évoque tout ça. Notre capacité à nous régénérer, non pas pour mieux nous assimiler, mais pour mieux résister. Couper. Triturer. Éplucher. Trancher. Scier. Dépecer. Décortiquer. Parce que nous sommes en morceaux de toute façon. Autant aller jusqu’au bout. Plus loin que l’hétéropatriarcat. Dans une meilleure connaissance. Jusqu’à la moëlle. Épinière. Se reconstituer de l’intérieur une structure qui nous tiendra. Dans notre monstruosité. Fièr-e.

Ma compagne, l’artiste Rose Butch, est en train de travailler sur un portrait de moi qui devient monstrueux à mesure qu’elle le revisite. Il ne s’attache pas au réalisme. Il ne s’accroche pas à une apparence. Il me dévore. D’ailleurs, je me retrouve dévoreuse dans cette peinture. Comme une invitation à se laisser engloutir dans mes profondeurs. Sans garantie quand à la bienveillance qu’on y trouvera. Potentiellement, la bile vous engluera. Ou vous fonderez pris-e au piège de l’acidité de mon estomac ulcéreux. Les figures maternelles tragiquement désespérées ou cruellement en quête d’identité peuplent ses toiles. Et les représentations que je me fais de moi-même. Et puis, qui est-on pour l’autre? Qu’est-on au sein du couple? Qu’est-on dans nos amitiés? Ambiguës. La Méduse! Médée? Déjà les teintes de la toile sonnent le glas de la somptuosité. Elle sera tragique.

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Tarot of the Crone (en fond une carte postale du Slutist Tarot et un portrait de Méduse par Pierre et Gilles)

Les critiques patriarcales de certaines artistes ont balayé l’expression de leurs névroses ou psychoses. Sylvia Plath est emblématique. La fascination des adolescentes, qui trouvent dans ses œuvres les thèmes qui les taraudent, est moquée. On rit de leur gribouillages: des yeux qui pleurent, des mains qui pendent, des plaies. Mis bout à bout pourtant, ils relatent les traumatismes laissés par les violences patriarcales et leurs imbrications avec les violences racistes et coloniales, capitalistes, handiphobes, grossophobes,… Ces récits donnent vie. Individuellement, ils nous conduisent au traumatisme, souvent oublié ou déformé, qui nous revient avec d’autres visages. Collectivement, nos imaginaires se rencontrent pour dessiner puis dénoncer les violences que nous subissons. Et puis, par ces échos, par la fin de nos solitudes, nous pourrons résister, démanteler le système et pas nous, et inventer. Et construire. Solidairement, dans le respect de nos multiplicités et, surtout le travail sur chacun de nos privilèges. Complices.

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Gorgon’s Tarot

Le 5 de couteaux du Slow Holler, c’est la personne qui accède à ce qui a été planté en elle pour mieux se saisir des instruments de son autonomie. Sa vengeance sera peut-être artistique, peut-être légale, peut-être… Le 5 d’épées du Wild Unknown, c’est la coupure fatale. L’autodestruction ou la destruction la plus aboutie. Mais le ver se dédouble et repart creuser des galeries, aérer le sol, prendre soin de nos fondations. Le 5 d’épées du Gorgon’s tarot, c’est la souffrance de l’épée qui nous traverse le cœur et notre robe pourtant immaculée. C’est nos compagnes/ons de route qui sont témoins, qui acceptent

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Slow Holler Tarot

notre récit et nous aideront à le porter. A le défaire. A lutter. Ce sont ces 4 autres épées qui nous aident à tenir, pour le moment, et dont nous nous emparerons à l’heure de reprendre le combat.

Incarner la figure monstrueuse. Point.

Points de suspension

Respirer

 


Lectures du jour:

  • Parce que la monstruosité est étudiée et réappropriée différemment par les personnes non-blanches, en fonction de l’imbrication de l’hétérocispatriarcat et de la suprématie blanche, le colonialisme, l’universalisme et l’impérialisme.

Le blog d’un.e mutant.e décoloniale, commencez ici: Sortir du rêve et trahir sa race. Et continuez.

Je suis un.e animal.e par Po B. K. Lomami

Shrine of the Black Medusa Tarot, A collaged celebration of Blackness, par Casey Rocheteau

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Le 8 d’épées – coincé-e-s

Traduction d’un article posté sur Instagram il y a quelques semaines.

Bruxelles est ensoleillée ces jours-ci. Il est agréable de s’y balader. Je respire la pollution. Je protège ma peau des allergies au soleil (joliment nommées lucite estivale bénigne), mes poumons du pollen, mes cuisses du frottement entre elles. La ville est charmante et chaude malgré tout. Unique en son genre : île cosmopolite au cœur de la Belgique et capitale d’une Europe forteresse moribonde, l’UE ultra-libérale en décomposition. Je ne sais pas par quel miracle je m’y sens toujours autant chez mois.

Comme souvent, on ressent les tensions partout dans la ville. Je suis mon instinct : marche sur une partie de mon trajet pour le boulot plutôt que le métro. Je n’aime pas la foule. J’aime marcher. J’ai peur de la prochaine attaque terroriste qui frappera ici.

En longeant l’ambassade américaine, de l’autre côté du boulevard, puis en traversant le carrefour Arts-Loi, la carte tirée avant de quitter la maison me revient. Le 8 d’épées. C’est tout à fait l’impression que me laisse Bruxelles aujourd’hui. Coincée. Emprisonnée. Les journalistes commencent à réserver leur place le long des barrières barbelées. Les flics sont partout. 6 rien que pour décider comment enlever une moto. Le parking n’est pas autorisé dans cette zone pour l’occasion, même pas pour les vélos. Des militaires lourdement armés. Mais on arpente les rues normalement alors que tout sera réorganisé pendant deux jours à cause de la présence du plus puissant des fachos à l’heure actuelle. Coincé-e-s. Bloqué-e-s à cause de Trump. Et Erdogan par dessus le marché. Persona non grata dans notre propre ville tandis qu’on sort tout le tralala bien coûteux pour des déchets anti-démocratiques.

Sur le même chemin, hier, des ouvriers communaux enlevaient les autocollants des feux de signalisation pour piéton-ne-s. Les politiques de la région bruxelloises les avaient fait prendre la forme de couples de même genre pour la Pride le week-end passé. Puisque ici on « célèbre la diversité » (pendant qu’on ferme les yeux sur les injustices). De même, le drapeau arc-en-ciel en vitrine de l’ambassade canadienne hier matin avait disparu en fin de journée. Les politicien-ne-s savent exploiter le filon de l’homonationalisme. Et agir avec lâcheté. C’est tristement commun de nos jours. Les personnes LGBT+ et les queers sont coincé-e-s aussi. Céder aux sirènes des dangereuses politiques assimilationnistes. Miroir aux alouettes. Leur visibilité se jette à la poubelle quand les leaders LGBTphobes sont de passage à Bruxelles.

Coincé-e-s alors que l’extrême-droite gagne en ampleur à l’Ouest. Associée à un ultra-libéralisme dévastateur. Il y aura des manifs contre Trump et contre l’OTAN, c’est vrai. On n’est pourtant pas bloqué-e-s avec notre gouvernement raciste et sexiste ? Coincé-e-s car sans réaction, convaincu-e-s d’être dans une impasse. Genre, si le système doit se casser la gueule de toute façon, pourquoi ne pas accepter docilement ses derniers sursauts de violence ?

En vrai, le message du 8 d’épées est plus subtil : c’est pas parce que tu te sens coincé-e que tu l’es forcément. Il n’est pas trop tard.

 

Violences policières et patriarcales vs solidarité féministe (hiérophante et as de bâtons)

Vous savez comme je dis toujours que, dans ma pratique, le tarot ne sert pas à prédire l’avenir ? Ouais bon, j’avoue, parfois quand même, il est assez explicite.

Si vous suivez un peu ce blog, vous aurez compris que je ne suis pas au top de ma forme ces jours-ci. Du coup, la semaine passée, une angoisse de la foule me travaillait un peu à l’idée de participer à une marche de nuit féministe qui avait pour objectif de revendiquer notre place dans l’espace public et de dénoncer les violences sexistes et transphobes, le tout en non-mixité sans hommes cis. J’ai donc tiré quelques cartes pendant que je préparais ma tenue histoire de sentir un peu mieux la soirée.

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Le hiérophante et l’as de bâton, croisés par le fils d’épées. D’abord, j’ai voulu voir le hiérophante (ou pape) sous son jour le plus sympathique : de la transmission d’expériences, des personnes qui partagent leurs savoirs. Ça n’a pas duré, mon intuition m’a vite orientée vers une conception plus traditionnelle de la carte : ordre établi, ordre moral, ensemble de règles et de lois qui paraissent figées, maîtres à penser. Shift dans mon esprit : la police sera sur place pour nous empêcher de marcher et ça ne sera pas franchement pacifiste de leur côté. Les gardiens de l’ordre établi et des institutions ne s’embarrassent généralement pas de non-violence. L’as de bâtons, incandescent, était un rappel de l’importance de cette marche aux flambeaux, de nos convictions, de nos contestations, de notre capacité d’agir pour donner forme à un monde meilleur. J’étais directement bien résolue à me déplacer, tout en prenant au sérieux le message du fils d’épées : ne pas m’emballer trop vite verbalement quand il s’agirait de se défendre. Lire la suite

IX d’épées + VI de pentacles

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The Wild Unknown Tarot + Oracle of Oddities

Cette angoisse s’est emparée de moi assez brusquement. Incapacitante. Elle a quelque chose qui relève du syndrome de l’imposteuse. Comme si toute ma vie – toute ma renaissance de ces cinq dernières années – était construite sur un miroir aux alouettes. Et si les gens se trompaient sur mon compte ? Et si je jouissais d’une réputation qui ne serait que le reflet de ma capacité à bien parler et non à construire ou à vraiment aider ? Et si cet ego démesuré et cette confiance en moi sans faille faisaient de moi une personne imbue d’elle-même mais incapable d’interagir et de donner sur une base sincère ? Et puis, si je me dispute avec les gens ou si j’ai autant de facilité à les rayer de ma vie, c’est sans doute que je ne m’attache pas réellement ? Angoisses… bruits et tensions du corps qui se crispe au milieu de la nuit… panique à l’idée que celle qui dort à mes côtés se détourne, pas dupe.

Le 6 de pentacles, c’est aussi la terreur face à la dépression d’une autre. Terreur de penser trop bien savoir et de s’y arrêter. La tentation de se reposer sur la certitude de comprendre les rouages au lieu de faire de l’espace et de laisser s’exprimer la déprime de l’autre. Ou trop inciter, trop stimuler. Ou pas assez et s’engluer, se laisser contaminer, alimenter la spirale infernale de l’apathie. Plus encore, et c’est toute l’essence du 6 de pentacles, la crainte de se sacrifier à la dépression et à ses exigences. Jusqu’à ce qu’elle devienne un monstre. Jusqu’à ce que j’implose. Jusqu’à ce que la relation se termine ou en pâtisse pour de bon. Schéma maintes fois rejoué dans de multiples amitiés, ne pas réussir à exister face à la dépression d’un-e autre. Peur de m’imposer, de ne pas respecter, de ne pas m’adapter au tempo de la maladie, peur de faire culpabiliser, de brusquer le rythme aléatoire du aller-mieux.

J’angoisse et je suis terrorisée parce que j’ai le sentiment que les gens pensent que je dis des choses intelligentes et que je comprends vraiment bien les autres alors qu’en fait je suis paumée, toujours paumée. J’essaie d’être intuitive. Je puise dans mes expériences. Je parcours encore les traces que les psychoses ont laissées sur moi. Mais je suis paumée. Tiraillée entre l’envie de me dévouer et celle de cultiver mon propre espace et mes ressources bien méritées.

La carte d’oracle qui m’invite à observer se trace un chemin dans le tournoiement de l’angoisse du 9 d’épées et les dynamiques d’échange et de don du 6 de pentacles. Elle me dit : Lève les yeux, regarde ce qui se passe et agit en conséquence au fur et à mesure au lieu d’anticiper et de chercher à bien faire. A trop bien faire. Au risque de t’enfermer dans des réponses toutes faites. Ecoute plutôt. Sois attentive. La magie opère. Pas besoin de se mettre la pression. Parfois on foire et parfois on gère comme une pro. Mais n’essaie pas d’être superwoman. Sois juste présente et ouverte aux signes, aux appels, à la temporalité. Tout doux, petit poney.

Les Amoureuses + 3 d’épées

wp-1482073658163.jpgDe la difficulté de la communication dans le couple dans certaines phases. Tenter de s’accommoder de la peine de ce qui ne se dit pas. Ce que l’on garde pour soi. Même quand l’histoire est idyllique.
Les moments où l’on saigne même dans la plus parfaite des histoires. Quand on apprend plus qu’on ne ressent.

Revenir à soi. A ses traumatismes. A sa dépression. Avoir mal.

L’énergie de l’amour pour porter la dépression. Ou pour la laisser éteindre son chant du cygne dans un coin.

Quand l’union majestueuse embrasse la souffrance de celle qui est à terre. Quelle place lui faire, comment soutenir, comment écouter la tristesse et le déchirement qui la tourmentent?wp-1482095201414.jpg

Le 10 de pentacles. Être chez soi. Chez nous. Ensemble. En meute. Remparts à tous les malheurs. Notre dragon veille sur notre feu sacré. Lire la suite

Fils d’épées

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Wild Unknown Tarot

Plonger au cœur d’un conflit. Sortir ce qui doit être formuler dans une relation. Être responsable. Ne pas fuir une conversation. Oser dire ce qui te trotte dans la tête. Dévoiler le fond de ta pensée. Trouver les mots. Crever l’abcès. Prendre parti. Se positionner. Ne pas rester neutre. Dire les choses telles qu’elles sont. Parler honnêtement au risque d’être hâtif-ve. Brut-e. Mais franc-he.

Dis ce que tu penses. Ce que tu portes sur le cœur. Opte pour la sincérité, sans craindre les conséquences.

Fils d’épées. Les adolescent-e-s de l’élément d’air. Excessif-ve-s mais dont la démarche se veut sincère. Suivre son franc-parler sans n’être qu’une belle parleuse/un beau parleur.

V d’épées et IV d’épées

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The Wild Unknown Tarot

En cas de conflit ou de confrontation, savoir s’isoler ou résister. Se retirer, se préserver. Apprendre à ne pas s’engager dans tous les conflits. Les mots qui font mal: les recevoir, accuser le coup, puis se construire un mur derrière lequel se cacher avec sa confiance en soi.
Prendre du recul par rapport à sa propre auto-destruction.

16. La Tour et le 2 d’épées

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Thea’s Tarot

Quand ton monde s’écroule, quand tu n’as plus de repères. Quand tu flottes entre deux mondes. Tu fais quoi? Tu ne vois pas encore de quelle épée te saisir ni pour quel combat. En choisir une et advienne que pourra? Tu es décidé-e. Mais tu ne regardes pas les épées, les échappatoires, les perspectives. Tu as le nez dans un présent sombre et même pas une vision à court terme. Qui sont tes allié-e-s? Combien de temps peux-tu flotter dans le néant? Ce n’est pas encore le moment de la reconstruction. Alors, ne mets pas la charrue avant les bœufs, ok?

4 d’épées et as de coupes

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Thea’s Tarot & The Wild Unknown Tarot

Me protéger. Protéger mon énergie. Me concentrer sur ce que je sais au fond de moi. Maintenir le monde à distance pour pouvoir récupérer. Comprendre. Analyser. Digérer. Lâcher.
Ma couverture, ma galaxie. Tricotée par les générations passées. Dans ma tête, j’ai les connaissances et la protection qui se sont glissées à travers les mailles des filets de ceux qui voulaient nous détruire. Si je ferme les yeux, je peux les retrouver.
Les potions de l’as de coupes. Les secrets pour se soigner. Faire boire à ma coupe tout en en gardant pour moi. La fontaine qui irradie. La fraîcheur des mondes qui m’attendent.
Ce qui m’a été transmis que je le veuille ou non.

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