Minerve et les coupes

Je me sens attirée par des explorations aquatiques. Déesses, créatures mythiques, expériences en immersion. Le courant, la pression, le flottement. Purification. Des récipients se déversent, l’eau dévale vers la mer. Des puits sont découverts. L’énergie des sources jaillit. Fontaines, cascades, explorations. Archétypes: Minerve et les déesses celtiques et germaniques auxquelles elle est venue se mêler à l’époque gallo-romaine. Lire la suite « Minerve et les coupes »

Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 3: Positivité ou justice

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 18/06/2017

Des luttes contre l’oppression de la grosseur est née la body positivity, un mouvement qui a, sous certaines de ses manifestations, dépouillé le fat activism et la disability justice (1) de leur radicalité. J’aimais bien l’expression « fat positivity ». Quand le collectif Fat Positivity Belgium dont je faisais partie il y a quelques années l’a adoptée, nous pensions qu’il y avait une portée radicale dans l’association de la grosseur à quelque chose de positif alors que notre environnement nous rappelait sans cesse que ça n’était pas le cas. Nous rejetions aussi l’idée de « fat acceptance » : pas d’acceptation dans les normes pour nous, pas d’assimilation, mais plutôt un appel à bousculer les normes corporelles (grossophobes, hétérocissexistes, racistes, handiphobes), le capitalisme, les politiques de santé publiques culpabilisantes, l’institution médicale.

Et puis, dans les médias mainstream, avec la visibilité d’une partie du mouvement body-positive, la « positivity » une injonction. Elle est aussi devenue un argument pour générer des profits pour les grandes entreprises. Quand je me penche sur les compte-rendu des groupes de parole que FatPo organisait, il est évident que la « positivity » était un appel à changer les représentations, à gagner en puissance par rapport à nos propres corps. Et ce, sans pourtant chercher à éclipser nos expériences difficiles, nos traumatismes, notre tristesse, nos solitudes. La positivité présentée aujourd’hui invisibilise en revanche la réelle souffrance de nombreuses personnes grosses. Cette souffrance est compréhensible dans le contexte d’une haine des gros-ses et d’une pathologisation constante. Elle ne peut être évacuée à coups de slogans body-positive. L’injonction au bien-être nous aura ainsi rattrapé-e-s tandis que nos discours ont été co-optés et dilués par les marques. La résistance au capitalisme requiert une capacité de mutation rapide pour tous les collectifs engagés dans une transformation sociétale. Se réinventer pour se faufiler dans de nouvelles failles. Modifier les modes d’action et de manifestation de notre contestation. Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 3: Positivité ou justice »

La grossophobie, c’est quoi? Quelques exemples

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 30/05/2017

Toutes les illus Rachel Cateyes

On en est donc là. Encore. Toujours. Inlassablement. Depuis des années. Expliquer la grossophobie. Expliquer ce qu’est l’humour oppressif.

Redire encore que les mots ne sont pas que des mots, qu’ils forment le réel, qu’ils n’ont d’existence qu’avec le réel. La réalité de nos existences. La réalité des systèmes de domination qui s’imbriquent pour faire des vies de certain-e-s un enfer. Patriarcat, hétéronorme et cisnorme, suprématie blanche, capitalisme et le reste : l’islamophobie, l’oppression de la grosseur, l’handiphobie et l’âgisme,…

La grossophobie, elle est partout. Elle n’est pas anecdotique, non non. D’abord, elle est là pour tout le monde à peu près. En particulier les meufs, qui ont une peur panique de grossir, qui parlent de leurs régimes tout le temps, qui s’affament, qui détestent leurs corps. Elle impacte, indirectement, même les minces, qui craignent de grossir et de rejoindre la catégorie sociale tant méprisée des gros-ses.

Pourtant, yels n’en sont pas les victimes directes et nous, les gros-ses, on subit aussi leur grossophobie. Pour ces gens, on est tout ce qu’yels ne veulent pas devenir, on est leur motivation à ne pas se transformer en nous. Et on les entend, tout le temps, parler de leur régime, de ce qu’il y a dans leur assiette. Et on se voit transformé-e-s en large coquille vide symbolisant tout ce qui les rebute.

Dans un monde grossophobe, en tant que gros-se, t’existes pas en fait. La grosseur n’existe que comme condition à fuir.

Il faudrait la quitter à tout prix, retrouver la personne mince qui sommeille en nous. D’ailleurs, tou-te-s les psys (officiel-le-s ou auto-proclamé-e-s dans la rue, à une soirée ou dans leur cabinet de charlatans) ont des explications à ce gras. Pour eulles, il est une barrière de protection entre nous et le monde, la survivance de nos traumatismes passés. Expliqué, jamais légitime, cible à atteindre, à disparaître. En dessous, il y aurait ton toi véritable, sans gras.

Ton existence ne vaut pas la peine d’être menée si t’es grosse. Nos vies sont invivables, elles n’ont de sens que dans l’exil. Elles ne valent que si elles ne sont temporaires. Que dans la souffrance des régimes et des chirurgies, qui finissent généralement par échouer mais non sans laisser nos organismes dévastés par le yo-yo, en carence à cause des opérations. Il y a déjà quelques années, une étude auprès des Etats-Unien-ne-s avait démontré qu’une écrasante majorité de la population préférait perdre plusieurs années d’existence que d’être gros-ses.

Pourtant, ces gens nous rappellent sans cesse que si yels nous oppriment, si yels nous méprisent, c’est « pour notre santé ».

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Colère de grosse

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 06/03/2018

TW/contenu déclencheur: Témoignages de grossophobie avec des partenaires sexuels (potentiel-le-s)

Why can’t be recognize fat anger?

Cet article de Your Fat Friend.

Elle est terriblement reconnaissable, cette réaction des personnes minces. « Oh oui, c’est dommage que les grosses soient traitées comme ça, mais… » … et la personne passe à des problèmes plus importants à ses yeux ou t’invite à relativiser ton expérience (nos expériences généralisées pourtant) considérant que ton témoignage relèverait de faits isolés.

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Sur les représentations des gros-ses (encore!)

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 11/03/2018

Envie de partager les photos du shooting avec Dyod photographers pour le magazine 24h01 avec un peu de contexte. L’article consacré aux féministes grosses était intégré dans un dossier plus large sur la grosseur. Au final, la « l’obésité d’ici/d’ailleurs » était le thème du numéro, très inégal. Tu l’as peut-être lu sur mon profil fb, ça a provoqué rage et déception pour moi.

Olivia Droeshaut & Yves Dethier © DYOD
Olivia Droeshaut & Yves Dethier © DYOD

Après l’interview, Elisabeth, la super journaliste du fabuleux l’article « Celles qui prennent de la place » (!) 😊, m’a proposé de faire des photos pour illustrer le reportage. Les deux autres féministes interrogées, une artiste de burlesque et une afroféministe, avaient déjà accepté. J’aime bien les séances photos (souviens-toi du travail de Cristel Grimonpont). J’avais envie de tenter le truc. Mais aussitôt les démarches lancées, j’ai été assaillie par mes appréhensions et beaucoup d’angoisse.

Ici, l’enjeu principal était ma méfiance à l’égard de la mise en scène de la féminité.

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Les corps sont fabriqués

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 17/07/2018

Tous. Tous les corps.
Je ne peux plus supporter les féministes cisgenres qui estiment que leur corps est plus “naturel” que celui des femmes trans. Elles battent en brèche l’idée que les hommes (sous-entendu cis) sont l’universel, l’évident, l’humain par défaut, mais jamais elles ne s’interrogent sur leur propre construction. Lire la suite « Les corps sont fabriqués »

Hécate

La transmission nécessite de la patience. Le temps forge la personnalité et la capacité d’écoute et de transformation. Les mentors d’un jour cèdent place à d’autres, avant qu’enfin tu refuses tout.e maître.sse à penser. Ta confiance en toi grandit en même temps que ta capacité à douter et à rejeter les poncifs. Tes « dons » se révèlent à mesure que tu avances, à force de glissade sur des feuilles mortes. Tu les suis dans des aventures improbables mais bien réelles. Tu découvres tes propres passions, tes folles convictions. Ton chemin de guérison croise ton parcours de guérisseur.se.

A la croisée des chemins, Hécate ne forclos pas. Elle éclaire. Elle conseille. Elle fournit des recettes, des plans, des outils. Tu écoutes. Tu observes. La déesse n’est pas une mentor comme les autres. Elle te fait confiance. Sœurcières. Le chariot. Tu traînes sur les chemins. Tu t’attardes aux carrefours. Tu sens les courants d’air dans les interstices. Tu dialogues avec les charges énergétiques. Tu avances. Tu parcours. Tu devances. Tu relances. Tu creuses. Tu diriges. Tu libères. Tu accompagnes. Tu laisses pourrir. Hécate. Lire la suite « Hécate »