La Tempérance et la révolte: La Grâce

Vous êtes des danseuses. Vous êtes les révoltées qui relient. Vous faites jaillir, vous entourez, vous brandissez. Vous êtes la conscience. Vous êtes La Tempérance dans sa version la plus dépouillée: La Grâce. Vulnérabilité revendiquée mobilise rage éhontée en guirlandes. Vous créez. Vous reliez.

Les Furies, les érinyes, tempêtent encore leurs cris de revanche dans vos têtes. Vous êtes les héritières des divinités qui ne sont plus en grâce. Vous êtes les saisons. Vous êtes les cyborgs. Vous êtes les danseuses de la destruction.

Vous êtes les lanceuses de la nouvelle donne. Les futures anéantisseuses sont d’ores et déjà des tisseuses. Vous êtes le lien et la rage et la chanson à l’unisson quand elle ne couvre pas les murmures ni celles qui chantent faux. Vous êtes la grâce quand elle n’est pas assignée, la grâce selon votre révolte. Vous êtes des danseuses.

La Magicienne dans les starting-blocks

Elle est gonflée à bloc. Elle se positionne dans les starting-blocks. C’est une coureuse de fond, elle a confiance en son endurance. Elle est décidée et rien ne pourrait l’arrêter.

A part peut-être son propre enthousiasme, débordant au point qu’elle se dissipe. C’est qu’entre ses bouquins sur les théories féministes, l’herboristerie, l’organisation de collectifs d’un côté et une parfaite maîtrise des mécanismes d’exclusion et du racisme systémique dont elle entend venir à bout, il y a beaucoup de café.

Peu importe. C’est son énergie qui compte. Elle est traversée par l’inspiration, comme si un rayon de soleil lui avait ouvert toutes les voies- des voies qui sont en elle, à elle. Elle a compris le sens de son existence. Elle a la magie. Franchir des fleuves ne lui fait pas peur. Pas plus que les grondements de la ville derrière elle. Lire la suite « La Magicienne dans les starting-blocks »

Hiérophante. Tu vas peut-être pas changer le monde, mais t’as changé ma vie

J’avais une vingtaine d’années. J’étais mal dans ma peau, mal dans la transition vers l’âge adulte, mal dans mon genre, mal dans ma graisse, mal avec ma santé mentale et les figures tyranniques qui hantaient mon imaginaire, mal avec les effets secondaires des anti-dépresseurs et neuroleptiques (le cercle vicieux des adolescentes qui ont une estime d’elles-mêmes ravagée et se voient prescrire des médocs, peut-être nécessaire, mais qui ne manqueront pas de bousculer encore l’image de soi par ajout de quinze kilos à chaque changement de traitement), mal avec ma trichotillomanie et mal avec le crâne imberbe qu’elle dessinait. J’ai eu une révélation un jour. Elle continue d’affecter ma vie. Elle agit comme Lae Hiérophant-e. Je vous raconte… Lire la suite « Hiérophante. Tu vas peut-être pas changer le monde, mais t’as changé ma vie »

Grossir le tarot / Hein? « Queeriser » le tarot? C’est quoi ça?

Voici enfin les traductions de mes chroniques Fat Tarot ! On commence par Queeriser le tarot dans une perspective de libération de la grosseur. Derrière ce titre cryptique, la première partie traitera de ce qu’est le queer, en particulier au regard de l’activisme gros et queer, puis des enjeux qu’il représente pour le tarot. Il faudra attendre les traductions suivantes pour plonger dans le vif du sujet. La minceur du tarot, ce qu’est la grossophobie, sa présence dans les tarots seront les thèmes des articles suivants.

Ce premier article en particulier diffère de l’article original qui fait ici l’objet d’une traduction revue et complétée (pom pom pom). Au lieu de se pencher sur les différentes acceptions de queer selon que l’on soit anglophone ou francophone, cette version sensibilisera lae lectrice aux usages du terme en français. Dès demain, tu pourras lire la deuxième partie qui pensera le tarot queer.

Qui est queer ? Et qui est votre cartomancienne ?

Nous devons reconnaître et prendre en compte nos propres positions sociales afin de rendre queer notre pratique du tarot. Comprendre les rapports de pouvoir revient aussi à se situer par rapport à eux. Pas de compétition, laissons ça aux personnes de pouvoir, mais plutôt une compréhension, une exposition, une utilisation et, finalement, la perte de nos privilèges. Comme nous le développerons, ce qui apparaît comme naturel, comme un fait qui se passe d’explication, masque souvent une position de pouvoir. Par exemple, quand blanc est considéré comme la couleur de peau standard (comme la soi-disant couleur « chair » ou « nude » en maquillage ou habillement), quand tous les personnages d’un tarot sont minces, quand toute personne est supposée cis ou hétéro par défaut jusqu’à son coming-out. Il n’y a rien de « naturel » dans nos positions sociales. Rien de tout cela n’est anodin. Tout cela relève d’un racisme, d’une grossophobie et de LGBTphobies systémiques. Nos positions sociales demandent à être explicitées. En tant que cartomancien-ne-s, nos blogs et chartes éthiques sont un bon point de départ.

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En un sens, il est bien plus facile pour moi de me présenter en tant que tireuse de tarot queer gouine grosse fem en insistant sur ces positions de domination que de livrer mes positions dominantes. Et ce, alors qu’elles en disent long sur ce qui m’a amenée au tarot, ma façon de lire les cartes et l’éventuelle visibilité/crédibilité/rémunération qui peut en découler. Lire la suite « Grossir le tarot / Hein? « Queeriser » le tarot? C’est quoi ça? »

Minerve et les coupes

Je me sens attirée par des explorations aquatiques. Déesses, créatures mythiques, expériences en immersion. Le courant, la pression, le flottement. Purification. Des récipients se déversent, l’eau dévale vers la mer. Des puits sont découverts. L’énergie des sources jaillit. Fontaines, cascades, explorations. Archétypes: Minerve et les déesses celtiques et germaniques auxquelles elle est venue se mêler à l’époque gallo-romaine. Lire la suite « Minerve et les coupes »

Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 3: Positivité ou justice

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 18/06/2017

Des luttes contre l’oppression de la grosseur est née la body positivity, un mouvement qui a, sous certaines de ses manifestations, dépouillé le fat activism et la disability justice (1) de leur radicalité. J’aimais bien l’expression « fat positivity ». Quand le collectif Fat Positivity Belgium dont je faisais partie il y a quelques années l’a adoptée, nous pensions qu’il y avait une portée radicale dans l’association de la grosseur à quelque chose de positif alors que notre environnement nous rappelait sans cesse que ça n’était pas le cas. Nous rejetions aussi l’idée de « fat acceptance » : pas d’acceptation dans les normes pour nous, pas d’assimilation, mais plutôt un appel à bousculer les normes corporelles (grossophobes, hétérocissexistes, racistes, handiphobes), le capitalisme, les politiques de santé publiques culpabilisantes, l’institution médicale.

Et puis, dans les médias mainstream, avec la visibilité d’une partie du mouvement body-positive, la « positivity » une injonction. Elle est aussi devenue un argument pour générer des profits pour les grandes entreprises. Quand je me penche sur les compte-rendu des groupes de parole que FatPo organisait, il est évident que la « positivity » était un appel à changer les représentations, à gagner en puissance par rapport à nos propres corps. Et ce, sans pourtant chercher à éclipser nos expériences difficiles, nos traumatismes, notre tristesse, nos solitudes. La positivité présentée aujourd’hui invisibilise en revanche la réelle souffrance de nombreuses personnes grosses. Cette souffrance est compréhensible dans le contexte d’une haine des gros-ses et d’une pathologisation constante. Elle ne peut être évacuée à coups de slogans body-positive. L’injonction au bien-être nous aura ainsi rattrapé-e-s tandis que nos discours ont été co-optés et dilués par les marques. La résistance au capitalisme requiert une capacité de mutation rapide pour tous les collectifs engagés dans une transformation sociétale. Se réinventer pour se faufiler dans de nouvelles failles. Modifier les modes d’action et de manifestation de notre contestation. Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 3: Positivité ou justice »

La grossophobie, c’est quoi? Quelques exemples

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 30/05/2017

Toutes les illus Rachel Cateyes

On en est donc là. Encore. Toujours. Inlassablement. Depuis des années. Expliquer la grossophobie. Expliquer ce qu’est l’humour oppressif.

Redire encore que les mots ne sont pas que des mots, qu’ils forment le réel, qu’ils n’ont d’existence qu’avec le réel. La réalité de nos existences. La réalité des systèmes de domination qui s’imbriquent pour faire des vies de certain-e-s un enfer. Patriarcat, hétéronorme et cisnorme, suprématie blanche, capitalisme et le reste : l’islamophobie, l’oppression de la grosseur, l’handiphobie et l’âgisme,…

La grossophobie, elle est partout. Elle n’est pas anecdotique, non non. D’abord, elle est là pour tout le monde à peu près. En particulier les meufs, qui ont une peur panique de grossir, qui parlent de leurs régimes tout le temps, qui s’affament, qui détestent leurs corps. Elle impacte, indirectement, même les minces, qui craignent de grossir et de rejoindre la catégorie sociale tant méprisée des gros-ses.

Pourtant, yels n’en sont pas les victimes directes et nous, les gros-ses, on subit aussi leur grossophobie. Pour ces gens, on est tout ce qu’yels ne veulent pas devenir, on est leur motivation à ne pas se transformer en nous. Et on les entend, tout le temps, parler de leur régime, de ce qu’il y a dans leur assiette. Et on se voit transformé-e-s en large coquille vide symbolisant tout ce qui les rebute.

Dans un monde grossophobe, en tant que gros-se, t’existes pas en fait. La grosseur n’existe que comme condition à fuir.

Il faudrait la quitter à tout prix, retrouver la personne mince qui sommeille en nous. D’ailleurs, tou-te-s les psys (officiel-le-s ou auto-proclamé-e-s dans la rue, à une soirée ou dans leur cabinet de charlatans) ont des explications à ce gras. Pour eulles, il est une barrière de protection entre nous et le monde, la survivance de nos traumatismes passés. Expliqué, jamais légitime, cible à atteindre, à disparaître. En dessous, il y aurait ton toi véritable, sans gras.

Ton existence ne vaut pas la peine d’être menée si t’es grosse. Nos vies sont invivables, elles n’ont de sens que dans l’exil. Elles ne valent que si elles ne sont temporaires. Que dans la souffrance des régimes et des chirurgies, qui finissent généralement par échouer mais non sans laisser nos organismes dévastés par le yo-yo, en carence à cause des opérations. Il y a déjà quelques années, une étude auprès des Etats-Unien-ne-s avait démontré qu’une écrasante majorité de la population préférait perdre plusieurs années d’existence que d’être gros-ses.

Pourtant, ces gens nous rappellent sans cesse que si yels nous oppriment, si yels nous méprisent, c’est « pour notre santé ».

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Colère de grosse

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 06/03/2018

TW/contenu déclencheur: Témoignages de grossophobie avec des partenaires sexuels (potentiel-le-s)

Why can’t be recognize fat anger?

Cet article de Your Fat Friend.

Elle est terriblement reconnaissable, cette réaction des personnes minces. « Oh oui, c’est dommage que les grosses soient traitées comme ça, mais… » … et la personne passe à des problèmes plus importants à ses yeux ou t’invite à relativiser ton expérience (nos expériences généralisées pourtant) considérant que ton témoignage relèverait de faits isolés.

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Sur les représentations des gros-ses (encore!)

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 11/03/2018

Envie de partager les photos du shooting avec Dyod photographers pour le magazine 24h01 avec un peu de contexte. L’article consacré aux féministes grosses était intégré dans un dossier plus large sur la grosseur. Au final, la « l’obésité d’ici/d’ailleurs » était le thème du numéro, très inégal. Tu l’as peut-être lu sur mon profil fb, ça a provoqué rage et déception pour moi.

Olivia Droeshaut & Yves Dethier © DYOD
Olivia Droeshaut & Yves Dethier © DYOD

Après l’interview, Elisabeth, la super journaliste du fabuleux l’article « Celles qui prennent de la place » (!) 😊, m’a proposé de faire des photos pour illustrer le reportage. Les deux autres féministes interrogées, une artiste de burlesque et une afroféministe, avaient déjà accepté. J’aime bien les séances photos (souviens-toi du travail de Cristel Grimonpont). J’avais envie de tenter le truc. Mais aussitôt les démarches lancées, j’ai été assaillie par mes appréhensions et beaucoup d’angoisse.

Ici, l’enjeu principal était ma méfiance à l’égard de la mise en scène de la féminité.

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