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En chariot dans l'univers du tarot

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féministe

Grosseur et tarot: enquête

Les grobidoux,
Pour l’écriture de mes articles sur la grosseur dans le tarot pour Little Red Tarot, j’ai besoin de vous! Est-ce que vous pourriez prendre un ou deux decks et répondre à quelques questions?
 
Est-ce qu’il y a beaucoup de personnages gros ou en tout cas moins minces que les autre (puisqu’il n’y a même pas de gros-ses dans la plupart des tarots)? Quelle proportion par rapport au total de personnages? Ce n’est pas un piège pour contrôler ce que vous considérez gros-se ou pas hein 🙂
 
Si vous trouvez des gros-ses, sont-yels sur le 6 de pentacles, le 9 de pentacles, le 9 de coupes, la reine de pentacles, la reine de coupes ou l’impératrice? Si oui, ça vous inspire quoi là tout de suite? Sinon, sur quelles autres cartes? Est-ce que la grosseur est un élément que vous allez prendre en compte pour interpréter l’être? Ou en tout cas est-ce que vous pensez que l’intention de la personne qui a créé ces cartes étaient que la grosseur « parle » de la carte et du personnage? Dans quelle mesure cela s’appuie-t-il alors sur des stéréotypes selon vous?
 
Pourriez-vous aussi regarder les personnages qui sont plus corpulents que les autres mais pas gros? Sont-yels musclé-e-s? Grand-e? Est-ce censé faire référence à leur force, à leur focalisation sur un objectif, à leur autorité ou à autre chose?
 
Comment la grosseur rencontre-t-elle l’origine ethnique, l’âge, la classe, le(s) genre(s), la sexualité, le handicap, etc.?
 
Vous n’êtes pas obligé-e-s de répondre à toutes les questions hein dites. Ce sont surtout des indications. Vous pouvez commenter ou m’écrire: cathoutarot@gmail.com
 
Sinon,
– mon autre blog, sur la libération des gros-ses notamment: http://grossefem.tumblr.com
– Crédit photo: www.cristelgrimonpont.be
– tarot de rêve: Next World Tarot
– en couverture: un morceau d’une toile de Rose Butch, avec le tarot de Niki de Saint Phalle.

Podcast – Le tarot est « tendance ». Oui mais…

Réflexions en vrac et en route (dans tous les sens du terme donc essoufflement et bruits de la ville inclus dans l’expérience :-)).

Tu fais le même constat? Oui? Non? Pourquoi? C’est vraiment un questionnement en cours alors j’ai hâte de vous lire pour peut-être revenir sur certains points ou pour compléter tout ça!

Tirage artiviste pour le Nouvel An

Quelques cartes (ok, une tartine, accrochez-vous!) pour dégager un message militant pour 2018.

Introduction : une carte d’oracle pour donner le ton

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Equality (jeu: Creatures of the Moon, a story-telling oracle). Oups, on commence par un mot que je n’aime pas beaucoup dans le contexte du militantisme. Les registres de l’ « égalité », des droits, de l’égalité des chances/des droits reflètent une approche réformiste ou assimilationniste. Ils demandent une place dans le système (judiciaire entre autres) ou une égalité avec les dominant-e-s. Ils ne remettent pas en cause la structure profondément injuste et inégalitaire de ce système. Des registres à manier avec précaution car, s’ils peuvent déboucher sur des acquis nécessaires pour améliorer la (sur)vie de certain-e-s, ils cautionnent aussi les pouvoirs en place. (il y a des choses intéressantes là-dessus dans le dernier livre de Sam Bourcier, Homo Inc.orporated)

La carte est tirée pourtant. L’égalité… Qu’est-ce qu’on met dans ce concept ? Est-ce un souhait ou un outil à mobiliser ? En version constat « Nous sommes tou-te-s égaux-ales » : n’est-ce pas là une phrase toute faite, un vœu (pieu) qu’on fait passer pour une réalité dans un tour de force qui sert à masquer l’ensemble des inégalités qui, quant à elles, sont bien présentes ? Dans l’idéal, l’égalité, c’est super. Dans les faits, « nous sommes tou-te-s égaux-ales » masque la réalité des systèmes d’oppression.
Et puis, cette phrase exprime le confort des privilèges. Qu’aurions-nous à perdre si nous réclamions une égalité effective au lieu de prôner une approche qui ne prend pas en compte les constructions sociales profondément inégalitaires et injustes de la race (colourblind), du genre, du sexe et des sexualités, de la classe. Qu’apporte cette approche qui nie l’existence d’une construction/fabrication/production/exploitation des corps sains, valides, malades, handicapés, gros, minces, racisés comme blancs ou comme non-blancs, migrants, traumatisés, exploités, jubilants, résistants et la stigmatisation/discrimination et des violences envers ceux qui sont trop éloignés de la norme ? Qu’aurions-nous à perdre si nous prenions réellement en compte les traitements différenciés et les structures qui les soutiennent ? Et par là, si on dévoilait ceulles qui en retirent quelque chose. N’est-ce pas en les désignant que la justice sociale à tout à gagner quitte à mettre à mal une égalité de façade ?

Masquer les différences sous couvert d’une égalité rêvée ou du « mythe d’une égalité déjà là », c’est refuser le réel changement social. C’est refuser de s’impliquer pour la justice sociale. Et, surtout, c’est refuser de se positionner. En route vers 2018, c’est le moment de se remettre en question. A nous d’évaluer ce que nous retirons de nos privilèges, ce que nous sommes prêt-e-s à perdre et à risquer. A nous de décrypter quand on éclipse les autres, quand on les silencie et de renoncer à ce fonctionnement. A nous de cerner comment on peut utiliser nos privilèges au lieu de se cacher derrière eux pour justifier notre inaction. Comme l’hippocampe sur cette carte, il est temps de plonger dans les eaux troubles de nos positions sociales.

Voici venu le moment de nommer les privilèges que l’on retire des inégalités. Où se trouve-t-on dans les rapports de pouvoir ? Et qu’aurait-on à perdre d’une égalité qui ne serait pas un miroir aux alouettes, mais effective – c’est-à-dire engageant une redistribution du pouvoir et/ou un anéantissement des pouvoirs en place ? Il y a beaucoup de questions à se poser en tant que groupes sociaux et en tant qu’individu-e-s appartenant à ces groupes.

Qu’avons-nous à perdre en tant que blanc-he-s ? En tant que valides ? Qu’est-ce qu’êtreDSC_7906 valide ? Qu’avez-vous à perdre en tant qu’hétéras et hétéros ? A quelle respectabilité s’accroche-t-on avec la minceur ? Au détriment de qui et pour le profit de qui ? Qu’avons-nous à perdre quand on est issu-e-s de la classe moyenne ? Comment peux-tu contribuer au mieux au changement social si tu as grandi dans la pauvreté avant d’accéder à une certaine aisance ? Comment cela informe-il ta position de classe ? Ou à l’inverse, si tu as le filet de sécurité d’une famille aisée mais la précarité d’une vie d’artiste sans revenus ? Comment utilises-tu ton capital social et culturel ? En tant que blanc-he-s peut-on soutenir les luttes anti-racistes sans jouer aux sauveur-ses bourré-e-s de supérorité ? Qui doit prendre le plus de risques pour demander la réécriture des manuels scolaires sur l’histoire coloniale ou pour vandaliser les statues de Léopold 2, le roi génocidaire ? Es-tu prêt-e à prendre le risque ? Es-tu prêt-e à refuser ta part du gâteau, à te taire ou à céder la place sur le devant de la scène et la reconnaissance financière et/ou artistique qui va avec pour laisser la parole aux personnes moins privilégié-e-s que toi et qui ont davantage besoin de cet espace pour yels et pour leur communauté ?

Les rapports de pouvoir dans la société se reflètent dans chacune de nos interactions. C’est peut-être bien la fête aujourd’hui… mais pour qui ? Qui peut se payer quoi ? Qui ne sera pas en sécurité dans les rues ce soir ? Qui dort à la rue ? Qui se trimbale des traumatismes qui déclenchent des phobies sociales ? Qui n’a pas d’ami-e-s et pourquoi ?

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Cette première carte m’inspire un exercice à faire, sous forme d’un tirage ou autre chose.

  • Quel est mon engagement pour la justice sociale en 2018 ?
  • Entre réflexion, apprentissage, auto-réflexivité et passage à l’action, que puis-je faire ?
  • Le burn-out militant, on n’a pas fini d’en parler, quelles sont mes limites ? Quand dois-je refuser de diluer mon intégrité dans une lutte qui me paraît foireuse ?

Je tire des cartes du grandiose Next World Tarot de Cristy C. Road pour tenter d’y répondre.

  1. Quel est mon engagement pour la justice sociale en 2018 ?

C’est la carte de La Justice qui sort. J’y pensais en rédigeant ce texte depuis que j’ai tiré la carte de l’égalité et j’avoue que je m’attendais à la tirer parmi les 78 . Je pensais aux paroles de Cristy C. Road, une artiste queer et racisée comme non-blanche vivant aux Etats-Unis. Au lieu de répéter ce que les personnes concernées disent mille fois mieux que moi (ça va de soi!), je traduis son interprétation de la carte. Le texte en anglais est sur sa page: https://www.facebook.com/CristyCRoad/photos/a.205458216161361.54830.166845026689347/1952723704768128/?type=3&theater

DSC_7890« Quand la justice règne, les communautés qui sont dans les marges sont sublimées. Ce à quoi l’oppresseur-e répond en se renforçant afin de maintenir son pouvoir. L’histoire des présidentielles états-uniennes en témoigne : les conservateurs les plus intolérants se sont élevés en des temps de résilience humaine. Pour en finir avec les systèmes ancrés dans le racisme, la misogynie, le validisme, l’homophobie et la haine, il faut reformuler la désobéissance et l’agitation civiles. La Justice, c’est te connecter aux racines d’un mouvement et pratiquer à fond ce en quoi tu crois. La Justice, c’est la responsabilité par rapport à tes actes et à ta position (accountability). La Justice, c’est une fête tapageuse de vérité et d’amour et de défis et d’humanité. C’est la leçon apprise à l’instant, qui affecte d’ores et déjà la vie dont tu fais l’expérience.

La Justice, c’est pas une histoire d’équilibre. C’est une attaque fougueuse faite à la haine et aux préjugés. C’est l’élévation des voix marginales au lieu de parler à leur place.

La Justice te demande de t’entraîner à parler avec les tripes parce que c’est ça ta réponse à l’injustice. Revendique le pouvoir derrière ton corps noir, brun, non-blanc, magique, hors-norme et parfois dénigré. La Justice, c’est l’amour de soi (self-love) envers et contre tout. La Justice, c’est cette marche où t’as enfin pu dire « Je suis là, je suis queer, et on me la fait pas, merde ! ». La Justice, c’est lâcher prise par rapport aux affiliations toxiques qui ont effacé ton pouvoir personnel, tout en acceptant ta responsabilité pour le rôle que tu as joué là-dedans. La Justice, c’est de partager ce pouvoir avec ceulles qui en ont besoin.

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La Justice, c’est te poser les questions qui vont purifier ta conscience ou bien te laisser respirer. Quelles sont les structures de pouvoir dans ta vie, à cause des traditions ou de l’histoire, qui remettent en cause La Justice ? Pourquoi pardonne-t-on à ceulles qui n’ont pas conscience de nos luttes ou qui les méprisent ? Pourquoi je suis là ; à ce rassemblement, à cette manifestation, dans ce mouvement, dans cet esprit ? Est-ce que je me réapproprie un mouvement qui n’est pas le mien ? Est-ce que j’en retire un quelconque profit ? Est-ce que mon cœur y est ? Est-ce qu’on m’utilise ? Est-ce que je sers de caution, de garantie ou de faire-valoir (token) ? Est-ce que je suis en sécurité ? Est-ce que c’est safe pour moi ?

La Justice, c’est la connaissance du sentiment d’être chez soi. C’est savoir que ta respiration a de la valeur, c’est être validé-e et avoir l’autorité totale sur ton corps.

La Justice est fabuleuse et elle veut que tu sois présent-e dans sa révolution. »

  1. Qu’est-ce que j’embarque avec moi ?

Le 8 de bâtons. Savoir t’envoler, savoir te laisser porter. Avec joie et légèreté malgré l’ampleur de la tâche qui t’attend. Arrêter de te poser dix milles questions et, si tu peux le faire, décolle avec la brillante idée qui germe en toi. Dis-oui sans hésiter à la proposition pertinente et ambitieuse. Fais usage de tes capacités. Ne renie pas tes compétences. Tu as souvent tendance à les diminuer mais elles sont là. Embrasse-les, revendique-les, tu as à apporter à cette lutte. DSC_7929Ta voie ne sera pas nécessairement être de toutes les manifs. Les manifestations sont souvent empreintes de masculinité toxique voire de violences sexistes. Elles consistent généralement à bouger à un rythme soutenu calqué sur un mode de déplacement valide qui ne convient pas à tout le monde. Peut-être que tu vas ouvrir ta porte à des migrant-e-s pour une nuit ou pour un an. Peut-être que tu vas ouvrir un blog où tu partageras des analyses ou des photos ou tout autre contenu libre d’accès pour toucher ta communauté. Peut-être que tu es un-e hactiviste qui s’ignore. Peut-être que tu peux faire un don d’argent pour un festival / un espace queer et.ou racisé (Queerasse / Le Space / La Mutinerie) ou pour soutenir une artiste trans (Otter Lieffe) ou bien pour soutenir la transition d’une personne trans ou pour acheter des sacs de couchage ou tout autre matériel pour les migrant-e-s que nos gouvernements refusent d’accueillir et traitent avec violence (deux euros cinquante). Ou bien créer de la mobilisation ou des choses concrètes autour de ça. Ou peut-être que tu as une idée ou une proposition complètement différente. Embarque cette énergie d’action pure, puissante et constructive dans ton parcours militant ou artiviste pour 2018.

  1. Entre réflexion, apprentissage, auto-réflexivité et passage à l’action, que puis-je faire ?

DSC_7874Le 9 de pentacles est la reine du do it yourself. Elle bricole des solutions pour les autres : remèdes de sorcières pour nettoyer un squat, système pour un podcast alternatif diffusé en ligne, gueulophone pour une manif ou une performance militante, retaper meubles de récup pour un espace safe, pour des personnes qui ont trouvé un logement ou qui vivent dans des conditions insalubres, préparer un bon repas pour les potes en galère ou pour des inconnu-e-s qui en ont besoin. Elle est consciente des privilèges qui lui permettent de développer et de partager ses compétences.

DSC_7910Des compétences qu’elle utilise pour elle-même! C’est vital pour contre-balancer l’énergie énorme que le 8 de bâtons met dans la lutte. Elle a besoin de créer son jardin secret, aussi safe et autonome que possible. Pour elle-même avant tout : pour se ressourcer, pour créer, pour réfléchir, pour prendre soin d’elle. Cet espace (physique ou non) est rempli d’amour. Peut-être sera-t-il un jour un havre de ressourcement pour d’autres aussi. A l’image du 9 de pentacles, ne sacrifie pas ton bien-être ou les instants de répit que connaît ta précarité ou à ta maladie dans le combat pour la justice sociale. Pour ne pas t’effondrer durablement, ne culpabilise pas de l’énergie que tu consacres à cet espace. Si elle est vitale pour toi, elle l’est aussi pour le monde. Les politiques queer radicales redéfinissent l’amour, l’intimité, le sexe, l’épanouissement et aussi les notions d’égoïsme ou de sacrifice de soi. N’aie pas peur d’envoyer valser les impératifs du/de la bon-ne artiviste. A travers ton engagement, au gré des chemins de traverse et des énormes détours, au fil de tes pauses, tu ouvres la voie à nos multitudes. Même quand tu ne te poses pas la question. Même si tout ce que tu as en tête est ta survie.

  1. Le burn-out militant, on n’a pas fini d’en parler… quelles sont mes limites ? Quand dois-je refuser de diluer mon intégrité dans une lutte qui me paraît foireuse ?

DSC_7912Le 6 de bâtons fait également écho au 9 de pentacles. Les éphémères moments de victoire ou de répit sont chers et bancals. Émerveille-toi de ce que tu as accompli. Quand personne ne reconnaît ton apport, prends quand même le temps de profiter. Immerge-toi dans ton succès. Regarde les blessures dont tu as pris soin, les cicatrices brillent. Leurs scintillement t’offre une beauté à mille lieux des standards. Le monde hétérociscapitaliste blanc est encore bien en place. Il te faudra retourner au combat, en baver, soigner tes proches et des inconnu-e-s, voir les tiens qui crèvent sous les coups de la police ou qui « perdent » leur job pour que les riches continuent de s’enrichir au détriment de vos vies et de la planète… et répliquer. Alors, juste pour quelques heures ou pour quelques semaines, profite de tes victoires, profite de la lumière. Brille ! Avec les luttes à venir restent dans un coin de ta tête, resplendis. Comme le disait le 9 de pentacles : le changement social va prendre du temps, ne t’épuise pas trop vite.

  1. Conseils/inspiration

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La confiance du Vessel Oracle. On a de la magie dans les mains. On peut compter les un-e-s sur les autres. Même si tu es seul-e à en crever pour le moment, aie confiance, ta communauté n’est pas loin. Et fais-toi confiance pour demander le soutien dont tu as besoin s’il ne vient pas à toi. On peut aussi placer notre confiance dans nos capacités à se battre pour la justice sociale pas uniquement dans la réaction aux oppressions et la réplique aux dominant-e-s, mais aussi dans l’invention et la création d’alternatives.

tirage artiviste

7 de coupes pour 2017

DSC_0009Retour sur la dernière année avec le Slow Holler.

Le 7 de vases/vaisseaux. Mais à l’envers. J’ai célébré mon côté touche-à-touche au lieu de me laisser submerger par des envies et des rêves dans tous les sens. Ces idées n’en sont pas restées au stade de fantasmes stériles ; elles ont pris corps. Le choix de ne pas faire de choix dans mes centres d’intérêt m’aura permis d’explorer plusieurs voies. Les projets qui maturaient depuis des années ont bourgeonné.

En général, le 7 de coupes parle de la difficulté à suivre une voie, en particulier à sortir des voies qui tournent en boucle dans nos têtes, quand les possibilités embrument notre esprit. Entre les mille choses envisageables, c’est la confusion qui règne. Du temps passé à rêvasser et à construire des châteaux en Espagne plutôt que des choses concrètes. Le côté épuisant de ces réflexions. Des possibilités qui paraissent toutes aussi tentantes mais incompatibles entre elles. Beaucoup de jeux dans la tradition du Rider-Waite-Smith montrent un personnage décontenancé-e devant les coupes face à yel, chacune étant remplie de choses très différentes. Souvent l’une d’elle cache un point d’interrogation ou est voilée ou retournée, comme une invitation à se saisir d’autres rêves au lieu de fantasmer des pistes dont on sait au fond qu’elles ne sont qu’un moyen de se détourner d’un vrai défi.

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Le 2 de cailloux me rappelle que vivre mes rêves m’a longtemps semblé inaccessible en raison de ma santé mentale instable. Depuis quelques années, c’est ma santé plus générale qui me pose problème : système immunitaire au ralenti, asthme et infections pulmonaires à répétition, allergies pendant une bonne moitié de l’année. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir jonglé, sans me faire violence. L’exercice est moins périlleux qu’il n’y paraît à première vue si je ne me mets pas la pression. Si j’accepte qu’il y a des semaines, voire des mois, où je ne suis pas bonne à grand-chose (et puis au final, je peux revenir sur ces périodes et voir de grandes choses). Si j’accepte que, quitte à décevoir des personnes qui comptait sur mon engagement, je dois annuler une participation à un projet. Avec une bonne écoute à mon rythme et beaucoup d’indulgence, je parviens à goûter à chacune de mes coupes, ce qui est à la fois épanouissant et porteur. Parfois, j’ai peur de flirter avec la complaisance vis-à-vis de ma fainéantise ou de mes limites. Mais je les respecte quand même. Je me rends bien compte que c’est en les abordant avec douceur que je parviens finalement à accomplir le plus et à me sentir le mieux.

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Slow Holler Tarot

En harmonie : le 10 de cailloux. Mon chez-moi. Ma communauté. Une certaine stabilité. Le privilège de vivre dans un logement temporaire avec un loyer peu élevé plus un background familial qui fait que je ne vis pas dans la précarité y contribuent bien sûr. Inutile de se voiler la face sur les conditions matérielles qui assurent une certaine créativité.

Du coup, quelques-unes des choses que je savoure autour du solstice d’hiver :

  • L’alimentation de http://grossefem.tumblr.com, mon blog sur le militantisme gros, (ce qui n’était pas possible plus tôt quand le community organising prenait plus d’espace) ET la publication de mes deux zines (republication prochaine, contacte-moi pour réserver). En partie avec l’aide du 24 hours zine workshop et en partie grâce à Sem dont je vous conseille vivement les zines et le projet Queerasse.
  • J’ai pas trop nourri ce blog-ci, mais j’ai fait des vidéos. Grâce à elles, j’espère diffuser un contenu plus accessible sur la queerisation du tarot.
  • J’ai eu l’occasion de monter sur scène – une des choses qui m’éclate le plus !
  • J’ai commencé à m’intéresser davantage à la sorcellerie : j’ai fait plein de rituels, d’encens et de tisanes. J’ai appris à écouter mieux mon intuition et j’ai reçu plein de messages de mes guides et ancêtres. C’était absolument magique. Intense. Enrichissant.
  • J’ai suivi des cours de tarot, j’ai approfondi ma pratique, j’ai donné des sessions de consultation (à des événements ou chez moi). Malgré les séances sur lesquelles je cale et surtout la difficulté de passer des messages à des consultant-e-s réticent-e-s (encore beaucoup à apprendre), j’ai l’impression de grandir en tant que tireuse de cartes, d’avoir de plus en plus de séances magiques, où il se passe quelque chose de fort.
  • J’ai décidé de poursuivre mon break par rapport à des projets collectifs (une grande décision pas facile à prendre). Je l’ai en partie rompu pour rassembler des guérisseur-ses, artistes, sorcières ou fems dans l’organisation d’un atelier sur la réappropriation de nos corps « hors-normes » (queer, trans, gros, handis, racisés). C’est un bonheur d’être entourée de personnes aussi fabuleuses avec qui tout ce qu’on organise se déroule de façon spontanée, organique, douce ou quoi… enfin, sans qu’on ait l’impression de travailler.
  • J’avais juré de ne plus répondre aux médias non-communautaires, mais j’ai donné une interview et fait des photos pour 24h01. Leur numéro « obésité » est problématique sur de nombreux points, mais je suis super contente de l’article sur les féministes grosses et des photos. Regaaaaarde :

    Crédit : Dyod photography
  • Pour 2018, j’aimerais passer au statut d’indépendante complémentaire à côté de mon mi-temps pour pouvoir demander de l’argent pour mes tirages (pas toujours, mais de temps en temps), publier des textes, donner des formations.

 

Trucs et astuces pour apprendre le tarot

Bon visionnage 🙂

Le 10 de couteaux comme solution ou conseil ou…

Il n’y aura pas de dénouement facile. Une entreprise de démêlement laborieuse, par contre. Il y aura un retour aux sources. Là d’où s’écoule la  tristesse intarissable. Le flot de larmes. Il y aura des inondations.

La matrice démolie. Les repères lacérés. Il y aura – il y a déjà – le goût du sang dans la bouche. Se mordre la langue pour ne pas hurler. Ronronner pour ne pas se démanteler. Toutes les nuits.
J’ai la mâchoire serrée. Démontée. La douleur s’étend à l’ensemble du corps.
Comment font les gens qui ne ronronnent pas. Ce bruit de moteur assourdissant, cette vibration qui vient d’aussi loin que mon corps peut puiser. Comment font les gens ? Quand j’avais 3 ans, j’ai commencé à humer cette musique pour m’endormir. En tournant mes cheveux dans la main.
Comment vous débrouillez-vous pour survivre sans ces rengaines. Sans ces manies qui triturent les cheveux, les perruques ? Comment fait-on ? Je n’ai qu’une vague idée de la normalité.

Ma vie est un stress post-traumatique constant. Ce n’est pas parce que je suis stabilisée depuis presque 5 ans que ce stress a disparu. Il ne pourrait être sous contrôle en permanence. Pour que la rivière ne déborde pas trop de son lit, il faut parfois laisser se déverser les torrents. Déesse, comme je crains les torrents !

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slow holler

S’emparer des couteaux. Être celle qui s’empare des couteaux. Celle qui ne craint pas le processus. Quand j’y repense. J’ai commencé à m’auto-mutiler il y a 20 ans. Je ne peux pas faire taire cette vie. Cette personne est toujours là. Il faut apprendre à vivre avec mes mille vies. Celles qui ont lieu maintenant. Celles qui ont eu lieu il y a des millénaires.

Comment font les gens qui n’ont pas mille vies ? Comment font les gens qui peuvent se contenter d’être uniquement ici ? Je ne sais pas comment je pourrais être aussi ancrée dans le présent si je n’avais pas ces portes ouvertes à tout le reste.

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Slutist tarot

Le 10 de couteaux, c’est ce qui nous unit. La tragédie. Ce qu’on fait des tragédies. Comment on les traverse.

J’ai peur des portes ouvertes parfois. J’ai peur de connaître déjà l’inévitable. D’entendre ce qui est en marche, même en grande partie inaudible. Le bourdonnement me stresse. Quand est-ce que le bourdonnement fait sens ? Quand est-ce que le brouhaha fait place à la clarté cristalline.

Mes mille vies. Patterns. Ce qui était là. Ce qui revient. La vie cyclique. La vie qui s’embrase.

Je disais souvent : je fais de l’écriture automatique mais ce n’est pas une conversation avec les esprits. En fait, j’ai toujours communiqué avec les esprits. C’est pour ça que certains films même pas tristes me font chialer. C’est pour ça que je jalouse parfois celles.ceux qui ont une connexion directe et limpide avec leurs ancêtres. J’ai le brouhaha. Les messages cryptés. Mes virevoltantes ancêtres. Que je les accepte ou non. J’ai la méchante sorcière. J’ai beau la renier, elle se plaît encore à rôder.

J’ai juste des connexions parfois – souvent dans la folie. Rien ne nous distingue des folles. Nous sommes ces sorcières-là. Allô ? J’ai dit allô ? Et tu parles. Enfin, tu ne parles pas, tu déverses des torrents. Et je pleure des malheurs qui ne sont pas les miens. Nos malheurs sont de toute façon interconnectés. Je ne serai une bonne mutante qu’à ce prix. En extrapolant. En décentrant. Je suis là pour porter le flambeau. Le témoignage.

Du flambeau au bûcher. On dit qu’il faut briller pour ne pas brûler (une citation de Lisette Lombé). Mais je crains pouvoir autant brûler que briller. Je ne peux cesser de brûler. La carte du diable. Il y a les petites filles des sorcières qu’on n’a pas brûlées. Et nous, les descendantes de celles qu’on a brûlées. Les torturées. Les illuminées. 

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Décoloniser et queeriser la « spiritualité »!

A l’attention des tireur-ses de cartes, sorcières, néopaïennes et les autres,

Je suis une lesbienne cisgenre et blanche. Je vois passer beaucoup de choses qui me choquent sur les réseaux sociaux. Je réagis ici en vrac, depuis ma position. Parce que les blanc-he-s qui se taisent au sujet du racisme le perpétuent, j’écris à l’attention des personnes blanches en priorité.

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Slow Holler

On n’est pas femme parce qu’on a un vagin. On n’est pas femme parce qu’on a ses règles. Quand on a ses règles, on ne les a pas forcément sur un cycle de 28 ou 29 jours (sauf quand on prend la pilule, mais alors, épargnez-nous l’argument de la natuuure), on n’est pas intrinsèquement « lunaire » quand on a ses règles (et ça ne détermine toujours pas si on est une femme, une homme ou d’un autre genre).

Il y a des femmes qui ont des pénis et des hommes qui ont des vagins. Il y a plein de gens qui se retrouvent dans un genre qui ne correspond pas à ces deux-là (et pas nécessaire parce qu’yels ont intégré leur « part féminine » ou leur « part masculine »). Il y a des personnes qui sont non-binaires, agenres, genderqueer, fem, butch, two-spirits (pour les personnes autochtones d’Amérique du Nord), hijras (en Inde), etc. Pour certain-e-s, certains de ces termes se recouvrent. Pour d’autres pas.

Les ateliers (chers!) qui bourgeonnent çà et là sur la fâââme, son cycle et son rapport à la nature participent à une essentialisation (femme(s)=sexe=nature, une adéquation historique battue en brèche par certaines écoféministes et épousée par d’autres). Ils sont binaires et cissexistes: il y aurait d’une part les hommes et de l’autre les femmes et tout le monde serait cisgenre (c’est-à-dire vivant son genre comme en adéquation avec le sexe assigné à sa naissance, en d’autre termes les personnes trans n’existent pas dans ce schéma). Par ailleurs, on y fait souvent référence au vagin ou à l’utérus, comme si le sexe était une réalité biologique irréductible et simple. Mais le sexe n’est pas moins construit et complexe que le genre: organes génitaux primaires et secondaires, hormones, chromosomes,… Diverses dimensions peuvent être prises en compte. En réalité, elles ne s’alignent pas chez tout le monde. Les personnes intersexes subissent souvent des réassignations chirurgicales et hormonales dans l’enfance afin de « corriger » la diversité réelle des corps, du sexe et des genres. Les ateliers sur la « fâââme » participent aussi d’un ordre genré et hétéronormé qui relègue les personnes transgenres et intersexes au rang d’anomalies indignes d’être écoutées et qui enferme les femmes cisgenres dans des rôles dictés par l’hétéropatriarcat.

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Oracle of Oddities et les zines Mutante.s (https://sorryimnotsorry.wordpress.com/)

L’hétéropatriarcat et le racisme se côtoient très bien – hélas. Dans beaucoup de pays qui ont été colonisés par les blanc-he-s d’origine européenne, les facettes non-binaires du genre et des sexualités ont été réprimées, niées ou redirigées. Les blanc-he-s ont instauré un rapport de pouvoir par leur colonisation. Vous n’êtes pas two-spirits (ou encore moins « berdache », un terme empreint de colonialisme) ou autre quand vous êtes blanc-he-s. Si vous n’êtes pas conscient-e-s de vos privilèges dans les rapports de pouvoir, vous pourriez tomber dans le piège de l’appropriation culturelle. ça ne veut pas dire que vous ne pouvez pas vous intéresser à d’autres pratiques culturelles et spirituelles, mais plutôt qu’il vous faut comprendre les limites de votre participation.

Po B. K. Lomami développe tout ça dans un excellent texte sur l’appropriation culturelle dont voici un extrait:

L’appropriation culturelle est violente et douloureuse parce qu’elle est une extension de siècles de racisme, génocide et/ou oppression (matérielle, discursive, idéologique). L’appropriation culturelle considère les cultures marginales comme simplement à sa disposition. C’est une colonisation de plus qui s’ajoute à toutes les autres formes de colonisation qui ont eu lieu ou qui ont encore lieu. La défense de l’appropriation est basée sur l’idée fausse qu’il y une relation raciale/ethnique qui existe sur un pied d’égalité, comme si le racisme n’existait plus. Le racisme systémique existe toujours, il y a des privilèges et discriminations. Il ne peut avoir d’échange libre et égal d’idées, pratiques et de marqueurs culturels tant qu’un groupe est privilégié et a plus de pouvoir qu’un autre. Partir du principe qu’il s’agit d’échange bon enfant sans tenir compte de cela ne peut déboucher sur un échange libre et égalitaire. Et l’argument « on pourrait inverser hein » c’est délibérément ignorer le contexte et l’historique dans lesquels l’appropriation culturelle a lieu ainsi que ce que celle-ci reproduit au vu du contexte. Ça ne tombe pas du ciel.

Exemple simple: Les pratiques de purification, de consécration ou autres qui impliquent de faire brûler des plantes sont répandues depuis longtemps. Chez certains peuples amérindiens, cette fumigation se faisait, dans le cadre de cérémonies, avec des bâtons de sauge blanche séchée. Un commerce est né ces dernières années autour de la sauge blanche, très rarement aux mains des personnes autochtones. Dans des pays où elles ont été massacrées pendant des années, où elles subissent encore des violences institutionnelles et physiques, où leurs pratiques spirituelles et leurs savoirs médicinaux ont été et sont toujours écrasés, l’appropriation de ces pratiques est une violence supplémentaire. Elles sont ainsi utilisés pour générer du profit sans réflexion sur les rapports coloniaux. Finalement, dans certaines régions, la sauge blanche est surexploitée. Réappropriation culturelle et capitalisme. S’interroger, comprendre, utiliser de la sauge blanche traçable et pas en parodie de rites des populations autochtones d’Amérique du Nord et résister activement (faire sécher de la sauge commune ou du romarin bio, pas bien compliqué). J’utilise moi-même des bâtons de fumigation à la sauge blanche hein, je ne pousse pas des hauts cris à l’idée de le faire. Faites le tour des boutiques et sites qui permettent la traçabilité des plantes.

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Oracle of Oddities et les zines Mutante.s

Les blanc-he-s européen-ne-s se plaisent encore à parler d' »art africain » en référence à des pratiques artistiques supposément traditionnelles, rituelles et magiques. Parallèlement, yels occultent les multiples facettes de l’art traditionnel et contemporain dans les différentes régions du continent et par des artistes de la diaspora. Un continent bien plus grand que l’Europe devient uniforme: l’Afrique. De l’Afrique du Sud au Maghreb: l’Afrique? Par « art africain », dans les sphères néopaïennes ou spirituelles blanches, on entend souvent en fait le produit d’un processus d’homogénéisation et d’exotisation mis en place dans le cadre de la colonisation: dépeindre l' »Afrique » noire comme « primitive », « sauvage » et invisibiliser les expressions artistiques multiples. Là encore, il ne s’agit pas nécessairement de bannir ce terme, mais de comprendre ce qu’il recouvre et de veiller au contexte dans lequel on l’utilise et pourquoi. Les blanc-he-s des milieux spirituels parlent encore de « musique africaine » sans réfléchir à ce que cela signifie, aux contextes historiques et à la portée raciste de leur généralisation.

Le philosophe Edward Saïd a travaillé sur « l’orientalisme« , un processus de binarisation et d’altérisation qui s’applique à l’Afrique du Nord et à une partie de l’Asie (que l’Occident a uniformisé en « Orient »). Ce processus va de pair avec un impérialisme économique. Il se répercute aussi dans les pratiques spirituelles commercialisables des blanc-he-s.

Prenons pour exemple les centres de soins/médicaux « holistiques » où exercent des praticien-ne-s blanc-he-s qui facturent des sommes impressionnantes pour des pratiques de guérison originaires « d’ailleurs » (exemple trouvé récemment sur un site de ce style: « Aux côtés de la médecine classique occidentale,… », s’en suit une liste du « reste », « l’autre »). Est-ce que je suis favorable à une approche holistique? Oui! Est-ce que je pense que les blanc-he-s ne peuvent pas apprendre et enseigner le reiki ou le yoga? Pas du tout! Mais nous avons une responsabilité après des siècles de colonialisme, d’impérialisme, d’exploitation, d’anéantissement dans la violence. Vu l’état de la suprématie blanche à l’heure actuelle, nous ne pouvons le faire qu’en réfléchissant aux rapports de pouvoir à l’échelle globale, à notre implication dans ces rapports et aux moyens que nous pouvons mettre en oeuvre pour les combattre activement. J’espère pouvoir développer ces aspects dans des articles à venir.

Je parle grossièrement à travers ce texte de « les blanc-he-s » car c’est un groupe qui se réserve historiquement le droit de nommer « l’Autre » tout en se voulant évident, normal, exempt des étiquettes qu’il applique autour de lui pour assurer son pouvoir. Les blanc-he-s qui me lisent ne s’y retrouvent pas? Non, mais vraiment: cherchez, admettez vos privilèges (pour commencer lisez par exemple l’article de Rokhaya Diallo ici), acceptez de les mettre en jeu, il est de notre responsabilité de blanc-he-s de lutter contre la suprématie blanche que nous avons construite et dont nous bénéficions.

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Oracle of Oddities et les zines Mutante.s

!!!! Les zines sur une partie des illustrations seront bientôt disponibles via le blog de l’auteure: https://sorryimnotsorry.wordpress.com/ !!!

5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif

Figures monstrueuses qui peuplent les imaginaires des victimes du patriarcat. Les langages tortueux quand les traumatismes affleurent à la surface. Les visions insupportables. Néanmoins, édulcorées par rapport ce qu’elles masquent encore. Laideur, corps en décomposition, démantelés, éparpillés, lacérés. Lisses comme des bosses à la place des yeux, des crânes échevelés. Ou des cratères comme des plaies béantes, des pustules suintantes. Et puis des os. Des os partout. Sur le sol. Autour du cou comme des bijoux. Six pieds sous terre, dans les rêves ou dans les dessins. Des os dans l’écriture automatique. Cet irréductible qu’il n’aura pas encore eu de nous. Même pour ceulles que leurs coups ont cassé-e-s, scindé-e-s, abîmé-e-s.

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the wild unknown tarot

Le 5 d’épées, dans certains jeux en tout cas, m’évoque tout ça. Notre capacité à nous régénérer, non pas pour mieux nous assimiler, mais pour mieux résister. Couper. Triturer. Éplucher. Trancher. Scier. Dépecer. Décortiquer. Parce que nous sommes en morceaux de toute façon. Autant aller jusqu’au bout. Plus loin que l’hétéropatriarcat. Dans une meilleure connaissance. Jusqu’à la moëlle. Épinière. Se reconstituer de l’intérieur une structure qui nous tiendra. Dans notre monstruosité. Fièr-e.

Ma compagne, l’artiste Rose Butch, est en train de travailler sur un portrait de moi qui devient monstrueux à mesure qu’elle le revisite. Il ne s’attache pas au réalisme. Il ne s’accroche pas à une apparence. Il me dévore. D’ailleurs, je me retrouve dévoreuse dans cette peinture. Comme une invitation à se laisser engloutir dans mes profondeurs. Sans garantie quand à la bienveillance qu’on y trouvera. Potentiellement, la bile vous engluera. Ou vous fonderez pris-e au piège de l’acidité de mon estomac ulcéreux. Les figures maternelles tragiquement désespérées ou cruellement en quête d’identité peuplent ses toiles. Et les représentations que je me fais de moi-même. Et puis, qui est-on pour l’autre? Qu’est-on au sein du couple? Qu’est-on dans nos amitiés? Ambiguës. La Méduse! Médée? Déjà les teintes de la toile sonnent le glas de la somptuosité. Elle sera tragique.

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Tarot of the Crone (en fond une carte postale du Slutist Tarot et un portrait de Méduse par Pierre et Gilles)

Les critiques patriarcales de certaines artistes ont balayé l’expression de leurs névroses ou psychoses. Sylvia Plath est emblématique. La fascination des adolescentes, qui trouvent dans ses œuvres les thèmes qui les taraudent, est moquée. On rit de leur gribouillages: des yeux qui pleurent, des mains qui pendent, des plaies. Mis bout à bout pourtant, ils relatent les traumatismes laissés par les violences patriarcales et leurs imbrications avec les violences racistes et coloniales, capitalistes, handiphobes, grossophobes,… Ces récits donnent vie. Individuellement, ils nous conduisent au traumatisme, souvent oublié ou déformé, qui nous revient avec d’autres visages. Collectivement, nos imaginaires se rencontrent pour dessiner puis dénoncer les violences que nous subissons. Et puis, par ces échos, par la fin de nos solitudes, nous pourrons résister, démanteler le système et pas nous, et inventer. Et construire. Solidairement, dans le respect de nos multiplicités et, surtout le travail sur chacun de nos privilèges. Complices.

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Gorgon’s Tarot

Le 5 de couteaux du Slow Holler, c’est la personne qui accède à ce qui a été planté en elle pour mieux se saisir des instruments de son autonomie. Sa vengeance sera peut-être artistique, peut-être légale, peut-être… Le 5 d’épées du Wild Unknown, c’est la coupure fatale. L’autodestruction ou la destruction la plus aboutie. Mais le ver se dédouble et repart creuser des galeries, aérer le sol, prendre soin de nos fondations. Le 5 d’épées du Gorgon’s tarot, c’est la souffrance de l’épée qui nous traverse le cœur et notre robe pourtant immaculée. C’est nos compagnes/ons de route qui sont témoins, qui acceptent

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Slow Holler Tarot

notre récit et nous aideront à le porter. A le défaire. A lutter. Ce sont ces 4 autres épées qui nous aident à tenir, pour le moment, et dont nous nous emparerons à l’heure de reprendre le combat.

Incarner la figure monstrueuse. Point.

Points de suspension

Respirer

 


Lectures du jour:

  • Parce que la monstruosité est étudiée et réappropriée différemment par les personnes non-blanches, en fonction de l’imbrication de l’hétérocispatriarcat et de la suprématie blanche, le colonialisme, l’universalisme et l’impérialisme.

Le blog d’un.e mutant.e décoloniale, commencez ici: Sortir du rêve et trahir sa race. Et continuez.

Je suis un.e animal.e par Po B. K. Lomami

Shrine of the Black Medusa Tarot, A collaged celebration of Blackness, par Casey Rocheteau

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Le-la reine de coupes – Intuition?

Cultiver une approche féministe ET queer du tarot implique de se confronter à des nœuds et à nos propres préjugés. La réceptivité supposée des reines m’a posé problème. Je l’ai même rejetée en bloc.

C’est qu’il existe une vision binaire qui se manifeste dans le tarot et dans de nombreuses pratiques spirituelles par un amalgame entre le féminin (et dans le pire des cas les femmes) et la passivité, la réceptivité, le soin, la douceur et puis le masculin (et dans le pire des cas les hommes) et l’action, le leadership, la prise de décision, etc. Cette distinction prend sa source dans (et continue d’alimenter) le patriarcat et l’hétéronormativité.

D’ailleurs, dans de nombreux discours, cette prétendue « complémentarité » (en réalité, un rapport de pouvoir qui cantonne à certains rôles de genre, entérine les violences de tout type perpétrées et perpétuées contre les femmes) serait « naturelle ». La réceptivité des femmes serait inscrite dans leur vagin et dans leur utérus tandis que les hommes seraient « actifs » en raison de leur pénis et de l’éjaculation. Haha, comme si les personnes doté-e-s d’un vagin n’éjaculaient pas (je ne vous invite pas dans mon lit pour découvrir l’inverse mais vous savez de quoi je veux parler). A l’hétéronormativité et au sexisme, s’ajoute dans ces interprétations une vision extrêmement cissexiste, c’est-à-dire qui sous-entend que tous les hommes et toutes les femmes en question sont cisgenres (non-transgenres quoi).

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Joie de Vivre Tarot

Partant de ce constat, comment queeriser le tarot ? Ce système de 78 cartes s’appuie sur les significations qui ont circulé et évolué au fil des siècle. Il fonctionne même grâce à ça. C’est pour ça qu’on y trouve des archétypes. Alors, jusqu’à quel point peut-on éplucher une carte, lui enlever des couches révélatrices de son existence au sein d’un hétéro-cis-patriarcat capitaliste et suprématiste blanc et lui ajouter des voiles, du fard ou des huiles pour qu’elle continue à voyager enrichie, renouvelée et renouvelable et vectrice de changement ? Les lames du tarot possèdent-elles une essence ? Comme on essentialise/naturalise le genre et le sexe, court-on le risque d’essentialiser le tarot ? Ou est-ce là que réside sa pertinence, comme une plongée dans l’inconscient collectif ?

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Capture d’écran d’Ostara Tarot, disponible en application via Fool’s dog

Vaste question ! Et comme je n’ai pas toutes les réponses, je vous embarque ici dans le récit de ma relation à la reine de coupes au cours de ces derniers mois. Je crois que je l’adore depuis que j’ai commencé à apprendre le tarot. Je savais aussi qu’elle avait beaucoup à m’apprendre, mais je n’étais pas « réceptive » à ces messages. Alors qu’en consultation je peux être détachée de l’ego et laisser passer les messages à travers moi, dans l’étude du tarot, j’agis inversement. J’agis justement. Je tire les rênes. Ou les reines. Et puis d’ailleurs, en parlant de rênes, c’est souvent ce qu’un personnage tire sur la carte du chariot que j’avais choisie pour nommer ce blog. Je pose les questions. J’analyse. Je décrypte. Mais j’attends rarement les réponses. Je les formules. Je suis comme ça en général : assertive (et grande gueule), meneuse, sûre de moi. Comme pour pas mal de choses dans la vie, ces traits de caractère ont de multiples facettes, de la plus lumineuse à la plus sombre (ou dans l’ombre).

Les paroles de la reine de coupes ont commencé à se faire plus limpides à travers la bouche d’autres tireuses de cartes. Ça ne veut pas dire que je les ai écoutées véritablement. Mais je les ai entendues, peu à peu.

Tout a commencé il y a un an. J’avais des problèmes aux poumons handicapants : toux, expectorations, … Mon herboriste, tireuse de cartes, sorcière et amie adorée, Anja de Pin Primrose, m’a gentiment offert l’avis des cartes sur la question. Des coupes, des coupes, énormément de coupes. Dont la reine de coupes, of course. Poumons, coupes, élément eau. Logique somme toute. J’ai travaillé là-dessus. Un peu disons… Puis, quand la maladie est passée, non élucidée et mal diagnostiquée, j’ai continué à tracer ma route. Les poumons, l’eau, les coupes. Oui, oui, je voyais bien le message. Sauf que non.

mother of cups
Wild Unknown Tarot

Et donc mes poumons me foutent la paix quelques mois. Pour mon anniversaire en mai, je m’offre une consultation chez Power Femme Tarot. Le message de « self-love », c’est la reine de coupes. Krystal développe autour de mon intuition. Je me dis : oui, oui, elle doit être là. Mais je ne me trouve quand même pas terriblement intuitive. Je n’écoute toujours pas vraiment. Cependant, quelque chose s’ouvre en moi. Ma réceptivité aux signes, aux symboles, aux synchronicités grandit. La gémeaux que je suis met de plus en plus l’élément air de côté. Je passe moins de temps à analyser et à chercher à cerner.

Il me vient beaucoup l’image d’Harry Potter. Dans les romans, il Lire la suite

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