Représentations des gros.ses

Tu es artiste ? Ou bien tu partages des visuels avec des gens (donc des corps) dessus ? Mais il n’y a pas de gros.ses sur tes images ? Alors, tu fais partie du problème. Bienvenue! Je t’explique…
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En Europe occidentale, entre 15 et 35% de la population est «  »obèse » ». C’est difficile de nous louper et pourtant… Nos représentations sont quasi inexistantes en dehors de clichés qui nous stigmatisent. Donc si tu ne parviens PAS à nous dessiner, nous photographier, partager notre contenu (euh, sans le voler pour le minciser hein, on vous voit), bein tu as un problème de grossophobie (ça arrive à tout le monde dans un monde résolument anti-gros.ses). Tu participes à l’effacement systématique de nos corps.
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J’ai l’impression de m’époumoner avec mon sifflet là: ouhouuuuh, par ici, on est làààà. Je me plie en 4 (littéralement, fais défiler les photos si tu doutes). Mais, honnêtement, regarde ce corps bien large, regarde ceux qui le sont davantage. Faut le vouloir pour ne pas nous voir. Faut bien avouer que les oppressions systémiques, un manque d’accessibilité généralisé, des médias sociaux qui nous visent directement (shadow banning, censure, algorithmes), tout ça contribue à nous invisibiliser. Lire la suite « Représentations des gros.ses »

Zine! Grossir le tarot #2

Si tu apprécies mes articles ici mais que le format blog entrave ta lecture, je te propose quelques compilations sous forme de fanzines

Les essais et poèmes de « Grossir le tarot #2 » viennent compléter la série « Grossir le tarot #1 »(clic clic pour consulter ou télécharger) Lire la suite « Zine! Grossir le tarot #2 »

Censure grossophobe sur Facebook pour changer

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Bien sûr, j’ai fait des captures d’écran juste avant de cliquer sur « publier » car, bien sûr, je m’y attendais! Je ne vais pas auto-censurer mon contenu qui respecte pourtant des règles sexistes en prévision des mesures anti-gros-ses de facebook!

Tu peux d’ailleurs lire mon interview d’il y a quelques mois à ce sujet: « Le hashtag #grosse censuré sur instragram: la grossophobie à l’heure des réseaux sociaux« .

Mise à jour: fb a décrété pour la deuxième photo: « nudité et activité sexuelle ». Sexisme et puritanisme dans toute leur bêtise! Moi, j’appelle ça: artivisme, poésie, humour absurde, radicalité corporelle et même – une expression que je déteste – body positivity. J’ai demandé un examen.

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Les 9 ans de ma robe moulante et de mon dernier régime

J’ai découvert les photos de ma fête d’anniversaire. J’ai détesté mon double menton. C’est comme ça que j’ai entamé mon dernier régime.

J’étais fière de cette robe. Mon corps moulé par son drapé me paraissait si sexy. C’était ma première fois en robe moulante. Depuis plus de 10 ans, je ne sortais pas sans masquer le haut de mes bras, dissimulant ainsi mes cicatrices d’automatisation et leur grosseur. Je maîtrisais donc la parade : un gilet complétait ma tenue.

Je me suis amusée. J’ai ri à gorge déployée. J’ai posé pour les photos. Je me sentais bien et épanouie. Ça ne m’arrivait pas tous les jours. Ce jour de mes 26 ans, j’étais euphorique et, surtout, certaine qu’aucune phase dépressive ne m’attendait pas au tournant. Je commençais à me sentir bien dans mon corps. Mes nouveaux neuroleptiques n’avaient – enfin ! – pas la prise de poids comme effets secondaires. Quel soulagement ! Ils me cassaient moins. J’avais envie de m’ouvrir au monde.

Les fameuses photos:

 

Cependant, quand j’ai découvert les photos, j’ai détesté mon double menton et j’ai voulu maigrir. J’étais dégoûtée de moi-même. J’ai d’abord affiné mes arguments: je ne pouvais pas être en paix avec mon corps si j’avais un double menton ; on m’avait toujours dit que mon joli visage sauvait mon immonde grosseur, qu’allais-je devenir si la graisse se mettait à le déformer ; il fallait que je fasse attention à ma santé, même si j’étais en parfaite santé, parce que l’obésité ne pouvait que me mener à l’infirmité que je redoutais tant (comme tou.te.s les valides).

J’avais souvent fait des régimes. J’étais confiante. On perd généralement 5 kg le premier mois, c’est tellement grisant qu’on en oublie les malaises, Lire la suite « Les 9 ans de ma robe moulante et de mon dernier régime »

Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (2e partie)

Avertissement: je partage cet article en l’état. Plutôt brouillon et pas assez étayé à mon goût. J’espère le reprendre plus tard. Et surtout le rédiger un peu mieux parce que là, l’écriture n’est pas très agréable à la lecture. Hihi, comment je le vends cet article hein?! 😀

Bien sûr, et fort heureusement, la critique des corps hors-normes comme métaphores se heurte à des limites. Les gros-ses ont aussi besoin de représentations symboliques pour donner sens à leurs vies. On peut diffuser nos propres mythologies. On n’a certainement pas intérêt à lâcher les symboles, même si on aspire à aller plus loin que ce qu’ils ont de réducteur, arrêté à la surface de nos silhouettes. Comment verser nos vécus dans des symboles dans une démarche plus entière ? Comment nos mythes peuvent-il déployer de la grandiosité ?

L’exploit du Next World Tarot

Je puise des pistes de réponse dans la joie que m’inspirent certaines représentations dans un tarot. Quand j’ai découvert la Reine de bâtons du Next World Tarot, grandiosement queer, affirmant son espace, occupant sa scène, j’ai bien failli pleurer. Elle illumine. Il y a de la célébration. Il y a du dynamisme. Il y a du charisme. La drag queen grosse qu’elle était déjà dans mon esprit prend vie. Dans le contexte de représentations diverses, comme avec le Next World Tarot, nous ne sommes plus assigné-e-s à des rôles limités. Voilà donc que la tristesse des personnes grosses devient légitime, sans caricature. Ainsi, il n’est ainsi pas question d’un-e nième gros-se mal dans sa peau sur le 5 de coupes. Le mal-être n’est pas une fatalité. Mais il existe. On a droit à un éventail de représentations. Les tropes habituels sont évités. Les gros-ses vivent sous les pinceaux de Cristy C. Road. Lire la suite « Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (2e partie) »

Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (1e partie)

Le vif du sujet de Grossir le tarot ! On va se plonger dans des exemples de l’utilisation des corps gros comme symboles pour des trucs à la rien à voir dans le tarot.

En préambule : quand je cite un jeu de tarot, même pour en analyser les représentations de façon critique, c’est que je l’aime. Si mes constats sont durs, il ne faut pas en déduire que tout est à jeter dans un tarot, mais plutôt que « grossir le tarot » n’est pas une mince affaire. Les tarots analysés dans cette série d’articles présentent forcément des personnages gros. Autrement dit, ils vont plus loin que la grande majorité des jeux, même s’ils n’échappent pas aux biais grossophobes involontaires. Je leur en suis reconnaissante et je les apprécie. Depuis la parution initiale de Fat Tarot, je possède davantage de jeux alternatifs en termes de normes corporelles. Tu les verras sur les illustrations, même s’ils ne sont pas analysés car je n’ai pas pu reprendre intégralement mon enquête. D’ici quelques articles, je te partagerai toutefois ma liste de coups de cœur 🙂

La quête du tarot parfait

Peu  après avoir commencé à tirer les cartes, je me suis mise en tête de chercher un tarot qui me plairait. Jusque-là, c’est assez logique… Mais c’était si compliqué que j’ai d’abord choisi de me tenir à distance des tarots à personnages. La quête d’un tarot représentatif et la frustration qui en découlait reposaient sur un simple constat : impossible d’entretenir une connexion avec un tarot dans lequel je ne pourrais pas à me voir, ni les gens que j’aime, ni ce que je considérais comme ma communauté, ni des personnes minorisées. Même quand les tarots se réclamaient de la fantasy, des contes et mythologies, et autres, leurs personnages, même irréels, étaient encore minces et blancs. C’est si dur d’imaginer des fées ou des elfes non-minces? J’éprouvais une lassitude similaire à celle provoquée par les romans ou les séries quand les personnages sont très uniformes et peu représentatifs de la diversité des corps. Dans la mesure où le tarot fonctionne sur base de connexions et d’associations, pouvoir s’identifier aux images est déjà une clé précieuse dans l’interprétation des lames. Lire la suite « Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (1e partie) »

Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses

Après avoir tenté de comprendre le queer puis ses enjeux pour le tarot, penchons-nous sur la grosseur et sur la grossophobie.

L’analyse de tarots et d’oracles pour les articles ultérieurs de Grossir le tarot me contraindra à définir la grosseur très largement car la plupart des jeux ne propose pas aucune représentation de personne grosse. Certains se contentent d’intégrer une poignée personnages vaguement moins élancés que les autres. S’il ne saurait s’agir de représentations diverses, l’observation des cartes assignées aux personnages plus larges que le personnage standard nous informera malgré tout sur l’utilisation symbolique des corpulences hors-normes. Comme on le verra, à défaut d’alternatives dans ces jeux, j’ai souvent dû me résoudre à étudier des exemples « non-maigres » dans mon analyse de la grosseur dans le tarot.

Préalablement à l’étude de ces exemples, il nous faut interroger l’invisibilisation généralisée des gros-ses. Je te propose donc d’enquêter sur l’éventail de représentations limité – quand ce n’est pas une absence totale – pour une partie pourtant non négligeable de la population.

Terminologie

Mais avant tout: qu’est-ce que j’entends par grosseur ? Je n’utilise pas de termes médicaux. Je ne veux pas de termes qui rendent une « norme » implicite, estimant que certaines corpulences sont pathologiques. Pas de surpoids, de surcharge pondérale ni d’obésité ici. Pas de ces termes qui relèvent de l’arsenal de l’oppression des gros-ses. Pas non plus de ronde, pulpeuse, bien en chair, fort-e. Outre leurs aspects fortement genrés, ces mots agissent comme des euphémismes, comme s’il y avait quelque chose à atténuer ou à embellir. Nos réalités peuvent se passer de ces détours, en particulier dans un essai politique.

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Peut-être que ça sonne bizarre : gros, grosse, grosseur. Mais, eh, gros, c’est pas une insulte ce truc ? Bein si, on l’utilise comme tel. Et ça en dit long sur la perception de la grosseur, qu’un mot descriptif soit perçu comme injurieux et honteux. Encore une fois, cela n’opère que pour ce qui est stigmatisé. Les mots mince, blanc-he ou hétéro ne sont jamais devenus des insultes largement adoptées à un niveau structurel. Ces catégories sociales ne sont pas discriminées de façon systémique. Dans la lignée de 50 années de militantisme gros, de fat activism, on peut renverser le rapport de pouvoir, au niveau du langage, en insufflant à « gros-se » de la puissance plutôt que de la honte.

Lire la suite « Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses »

Zines Grosse et Fière et Grossophobie

tumblr_inline_ovtk71agy31qj0h5y_500 (1)Mes copies couleurs sont épuisées pour l’instant. Des exemplaires circulent cependant grâce à des librairies de zines. N’hésitez pas à les copier et partager.

La plupart des textes ont été récupérés de feu mon tumblr (plate-forme qui a succombé à la censure des corps hors-normes, de la nudité et du féminisme: à boycotter). Ils sont désormais en consultation ici même.

Et le zine numérisé en version assez brouillon, c’est là:

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Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 2: Vocabulaire

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 18/06/2017

Je me revendique du fat activism. Eh bien, figurez-vous que depuis quelques années de nombreux-ses chercheur-e-s académiques travaillent aussi dans le champ des fat studies. Ces études sur la grosseur se distinguent des recherches sur la dite « obésité » (qui sont généralement anti-obésité et sponsorisées par des parties prenantes dans l’industrie de perte de poids (0)). Le point de départ des fat studies n’est pas la pathologisation d’une certaine corpulence mais plutôt les aspects sociaux, économiques, éducatifs, psychologiques, les biais médicaux, les représentations relatifs à la grosseur. (1). Dans la lignée du fat activism tel qu’il s’est développé au départ des Etats-Unis dans les années 70 et du développement des fat studies, voici quelques grands principes sur le choix des mots :

Surpoids 

Il est conditionné à l’existence un poids normal. Vous allez me dire : oui, c’est l’IMC qui le détermine. En fait, ce qui est devenu l’indice de masse corporelle a été développé au 19e siècle par Quetelet, statisticien belge, afin de pouvoir observer les variations dans la population et de faire des typologies (établir des « types » c’était super à la mode à l’époque, on en connaît les dérives racistes et eugénistes). Son but n’était pas du tout d’évaluer la santé d’individu-e-s. tumblr_mlm9unuoyz1qkve9lo1_500Son usage s’est répandu au cours du 20e siècle notamment à cause des compagnies d’assurance américaines à la recherche d’outils qui leur permettaient de classer leurs clients en fonction de leurs risques supposés de contracter des maladies. Quelques décennies plus tard, l’organisme national de la santé aux Etats-Unis a décidé, sous l’influence de l’OMS, de changer quels indices correspondraient à quel type de corpulence. Et hop, du jour au lendemain, des millions d’Américain-e-s sont devenus « en surpoids ». Indice fluctuant et utile pour catégoriser? Peut-être pas pour diagnostiquer! Et puis, il ne prend aucunement en compte les différences, pas même celles de genre. En outre, même si on s’entête à utiliser des outils problématiques, la répartition de la morbidité selon l’indice de masse corporelle n’est pas celle d’une augmentation constante mais plutôt une courbe : élevée pour les personnes très minces comme très grosses, plus élevée chez les personnes considérées comme « normales » que chez celles « en surpoids » (ces dernières seraient donc plus « saines »). (2)

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Obésité

Ce terme a gagné en popularité dans le monde occidental à la fin du 19e siècle et au cours du 20e siècle. On assiste alors à une pathologisation de la grosseur (3). Le monde médical, largement relayé dans les productions culturelles, y a vu un état dont résulterait toute une série de conditions problématiques comme des maladies cardiovasculaires. Or, aucune relation de causalité n’a à ce jour été démontrée (4).  Il y a bien une corrélation. Un lien. Pas nécessairement de cause à effet. Le lien pourrait être : Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 2: Vocabulaire »