Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 1: Riot not Diet

Il existe des tendances dans les façons dont témoignent, militent ou s’organisent les personnes grosses et dans les moyens qu’yels utilisent pour le faire. Peut-être inconciliables. Certainement pas irréconciliables. D’une oppression commune découlent une multitudes de vécus et une grande variété de mécanismes de gestion des discours dominants.

En ce qui me concerne, je me revendique du militantisme gros (fat activism) depuis près de cinq ans et la hargne avec laquelle je hurle Riots not Diets (la rébellion, pas les régimes) demeure inchangée. Il s’agit d’un rejet de l’industrie des régimes et de la chirurgie de perte de poids (inefficaces sur le long terme de toute façon (0)), un cri féministe s’élevant contre le contrôle du corps des femmes et un appel à s’engager dans le changement social, la rébellion, voire les émeutes. Pour paraphraser librement Naomi Wolf : une société qui fait une fixette sur la minceur des femmes est une société où celles-ci n’ont pas l’espace de cerveau disponible pour se rebeller (1). Cette affirmation laisse pourtant peu de place à la capacité de négocier avec les injonctions, d’user de stratégies ou de survivre en mode guerrière même en intériorisant et en incorporant les normes sociales de minceur (2). Par ailleurs, Wolf appartient à une lignée de féministes minces qui parlent volontiers de l’idéal de minceur et de ses conséquences sur les femmes, mais jamais des femmes grosses. Aussi, je reprends volontiers le constat de Kathleen LeBesco : si nos corps sont considérés comme abjects, révulsants, écœurants (revolting), nous pouvons toujours nous les réapproprier en corps en révolte (revolting) (3).

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Riots not Diets. Ce slogan anti-régime coupe l’herbe sous le pied aux personnes qui commentent nos corps, le contenu de notre caddy ou notre état de santé supposé. Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 1: Riot not Diet »

Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 2: Vocabulaire

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 18/06/2017

Je me revendique du fat activism. Eh bien, figurez-vous que depuis quelques années de nombreux-ses chercheur-e-s académiques travaillent aussi dans le champ des fat studies. Ces études sur la grosseur se distinguent des recherches sur la dite « obésité » (qui sont généralement anti-obésité et sponsorisées par des parties prenantes dans l’industrie de perte de poids (0)). Le point de départ des fat studies n’est pas la pathologisation d’une certaine corpulence mais plutôt les aspects sociaux, économiques, éducatifs, psychologiques, les biais médicaux, les représentations relatifs à la grosseur. (1). Dans la lignée du fat activism tel qu’il s’est développé au départ des Etats-Unis dans les années 70 et du développement des fat studies, voici quelques grands principes sur le choix des mots :

Surpoids 

Il est conditionné à l’existence un poids normal. Vous allez me dire : oui, c’est l’IMC qui le détermine. En fait, ce qui est devenu l’indice de masse corporelle a été développé au 19e siècle par Quetelet, statisticien belge, afin de pouvoir observer les variations dans la population et de faire des typologies (établir des « types » c’était super à la mode à l’époque, on en connaît les dérives racistes et eugénistes). Son but n’était pas du tout d’évaluer la santé d’individu-e-s. tumblr_mlm9unuoyz1qkve9lo1_500Son usage s’est répandu au cours du 20e siècle notamment à cause des compagnies d’assurance américaines à la recherche d’outils qui leur permettaient de classer leurs clients en fonction de leurs risques supposés de contracter des maladies. Quelques décennies plus tard, l’organisme national de la santé aux Etats-Unis a décidé, sous l’influence de l’OMS, de changer quels indices correspondraient à quel type de corpulence. Et hop, du jour au lendemain, des millions d’Américain-e-s sont devenus « en surpoids ». Indice fluctuant et utile pour catégoriser? Peut-être pas pour diagnostiquer! Et puis, il ne prend aucunement en compte les différences, pas même celles de genre. En outre, même si on s’entête à utiliser des outils problématiques, la répartition de la morbidité selon l’indice de masse corporelle n’est pas celle d’une augmentation constante mais plutôt une courbe : élevée pour les personnes très minces comme très grosses, plus élevée chez les personnes considérées comme « normales » que chez celles « en surpoids » (ces dernières seraient donc plus « saines »). (2)

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Obésité

Ce terme a gagné en popularité dans le monde occidental à la fin du 19e siècle et au cours du 20e siècle. On assiste alors à une pathologisation de la grosseur (3). Le monde médical, largement relayé dans les productions culturelles, y a vu un état dont résulterait toute une série de conditions problématiques comme des maladies cardiovasculaires. Or, aucune relation de causalité n’a à ce jour été démontrée (4).  Il y a bien une corrélation. Un lien. Pas nécessairement de cause à effet. Le lien pourrait être : Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 2: Vocabulaire »

Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 3: Positivité ou justice

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 18/06/2017

Des luttes contre l’oppression de la grosseur est née la body positivity, un mouvement qui a, sous certaines de ses manifestations, dépouillé le fat activism et la disability justice (1) de leur radicalité. J’aimais bien l’expression « fat positivity ». Quand le collectif Fat Positivity Belgium dont je faisais partie il y a quelques années l’a adoptée, nous pensions qu’il y avait une portée radicale dans l’association de la grosseur à quelque chose de positif alors que notre environnement nous rappelait sans cesse que ça n’était pas le cas. Nous rejetions aussi l’idée de « fat acceptance » : pas d’acceptation dans les normes pour nous, pas d’assimilation, mais plutôt un appel à bousculer les normes corporelles (grossophobes, hétérocissexistes, racistes, handiphobes), le capitalisme, les politiques de santé publiques culpabilisantes, l’institution médicale.

Et puis, dans les médias mainstream, avec la visibilité d’une partie du mouvement body-positive, la « positivity » une injonction. Elle est aussi devenue un argument pour générer des profits pour les grandes entreprises. Quand je me penche sur les compte-rendu des groupes de parole que FatPo organisait, il est évident que la « positivity » était un appel à changer les représentations, à gagner en puissance par rapport à nos propres corps. Et ce, sans pourtant chercher à éclipser nos expériences difficiles, nos traumatismes, notre tristesse, nos solitudes. La positivité présentée aujourd’hui invisibilise en revanche la réelle souffrance de nombreuses personnes grosses. Cette souffrance est compréhensible dans le contexte d’une haine des gros-ses et d’une pathologisation constante. Elle ne peut être évacuée à coups de slogans body-positive. L’injonction au bien-être nous aura ainsi rattrapé-e-s tandis que nos discours ont été co-optés et dilués par les marques. La résistance au capitalisme requiert une capacité de mutation rapide pour tous les collectifs engagés dans une transformation sociétale. Se réinventer pour se faufiler dans de nouvelles failles. Modifier les modes d’action et de manifestation de notre contestation. Lire la suite « Les combats contre l’oppression des personnes grosses / 3: Positivité ou justice »

La grossophobie, c’est quoi? Quelques exemples

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 30/05/2017

Toutes les illus Rachel Cateyes

On en est donc là. Encore. Toujours. Inlassablement. Depuis des années. Expliquer la grossophobie. Expliquer ce qu’est l’humour oppressif.

Redire encore que les mots ne sont pas que des mots, qu’ils forment le réel, qu’ils n’ont d’existence qu’avec le réel. La réalité de nos existences. La réalité des systèmes de domination qui s’imbriquent pour faire des vies de certain-e-s un enfer. Patriarcat, hétéronorme et cisnorme, suprématie blanche, capitalisme et le reste : l’islamophobie, l’oppression de la grosseur, l’handiphobie et l’âgisme,…

La grossophobie, elle est partout. Elle n’est pas anecdotique, non non. D’abord, elle est là pour tout le monde à peu près. En particulier les meufs, qui ont une peur panique de grossir, qui parlent de leurs régimes tout le temps, qui s’affament, qui détestent leurs corps. Elle impacte, indirectement, même les minces, qui craignent de grossir et de rejoindre la catégorie sociale tant méprisée des gros-ses.

Pourtant, yels n’en sont pas les victimes directes et nous, les gros-ses, on subit aussi leur grossophobie. Pour ces gens, on est tout ce qu’yels ne veulent pas devenir, on est leur motivation à ne pas se transformer en nous. Et on les entend, tout le temps, parler de leur régime, de ce qu’il y a dans leur assiette. Et on se voit transformé-e-s en large coquille vide symbolisant tout ce qui les rebute.

Dans un monde grossophobe, en tant que gros-se, t’existes pas en fait. La grosseur n’existe que comme condition à fuir.

Il faudrait la quitter à tout prix, retrouver la personne mince qui sommeille en nous. D’ailleurs, tou-te-s les psys (officiel-le-s ou auto-proclamé-e-s dans la rue, à une soirée ou dans leur cabinet de charlatans) ont des explications à ce gras. Pour eulles, il est une barrière de protection entre nous et le monde, la survivance de nos traumatismes passés. Expliqué, jamais légitime, cible à atteindre, à disparaître. En dessous, il y aurait ton toi véritable, sans gras.

Ton existence ne vaut pas la peine d’être menée si t’es grosse. Nos vies sont invivables, elles n’ont de sens que dans l’exil. Elles ne valent que si elles ne sont temporaires. Que dans la souffrance des régimes et des chirurgies, qui finissent généralement par échouer mais non sans laisser nos organismes dévastés par le yo-yo, en carence à cause des opérations. Il y a déjà quelques années, une étude auprès des Etats-Unien-ne-s avait démontré qu’une écrasante majorité de la population préférait perdre plusieurs années d’existence que d’être gros-ses.

Pourtant, ces gens nous rappellent sans cesse que si yels nous oppriment, si yels nous méprisent, c’est « pour notre santé ».

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Resisting and revolting bodies

publication initiale sur mon blog Grosse Fem: 12/2017

Des corps qu’on ne lissera pas. Qu’on n’épilera. Des corps indisciplinés. Des corps qui souffrent. Des corps qui dansent. Des corps qui dégoûtent. Des corps qui exultent. Des corps à bout de souffle. Des corps engagés. Des corps démolis. Des corps qui reviennent. Des corps fiers. Des corps vulnérables. Des corps transis de peur. D’amour. De résistance. Des corps qui rampent. Des corps qui baisent. Des corps que personne ne touche. Des corps qu’on apprend à regarder. Des corps défaits. Des corps qui se font. Des corps gros. Des gens gros. Des vies. Des visages. Des bourrelets. Des gros.ses exténué.e.s. Mais qui vivent. Qui se répandent. Qui font trembler. L’épidémie s’étend, s’étire, prend de la place, occupe l’espace. Des corps qui sont plus que la somme des diagnostics, de la pathologisation, des amputations, des condamnations, des brimades, des obstacles. Plus, plus et plus encore. Des gros.ses.

Grossir le tarot sur Little Red Tarot

Je suis super trop absolument contente d’avoir rejoint l’équipe de Little Red Tarot. Si vous me suivez un peu sur les réseaux sociaux, vous saviez depuis longtemps que c’est mon site préféré.

Le premier article de la série est en ligne: http://littleredtarot.com/fat-tarot-queering-tarot-fat-liberation-perspective/

Et puis, j’ai aussi répondu aux questions de Beth: http://littleredtarot.com/introducing-cathou-tarot/

Et, enfin, c’est promis: dès que la série sera publiée, je ferai quelques vidéos en français.

Bisous les grobidoux ❤