3 de vases. Communautés, solitude, transition (La Mort)

Ça fait quelques mois que je ressens la pleine lune comme un appel à la communauté, criant puissamment depuis les tréfonds de ma psyché.
Je collecte des indications sur ce que la communauté n’est pas (et surtout n’est plus) à mes yeux, ce qu’elle pourrait d’être, ce dont je crève d’envie, là où je crève de trouille.
C’est bizarre de traverser ce processus en solitaire. J’appelle d’abord les parties de moi éparpillées, qui n’ont pas voulu faire communauté. Je réponds à l’appel d’Hékate. Je tends vers une sorte de communauté cosmique.
Hier, pendant qu’on marchait dans les bois, j’ai parlé et parlé de communauté, en particulier de communauté imposée: grandir dans une petite communauté rurale qui rend claustrophobe, ne pas avoir le choix de ses ami.e.s, devoir rester quand rien ne nous connecte. J’ai expliqué la solitude intense, plus tard, dans un monde plus élargi, quand il m’était impossible d’interagir avec quiconque à part les figures qui peuplaient mon esprit, mon monde, ce que j’appelais ma folie.
Et puis, avant d’aller dormir hier soir, j’ai parcouru des mails d’il y a 8 ans. Je me suis souvenue ce que ça m’avait fait de savoir que je perdais tout, inexorablement, en termes de communauté et de repères, tout en ayant cette sensation forte, baignée dans la lumière de l’automne, arpentant les rues et les parcs, livres et carnets sous le bras, que je me libérais pour retrouver enfin ma vraie communauté (queer !). La carte de la Mort dans toute sa splendeur en somme ! Lire la suite « 3 de vases. Communautés, solitude, transition (La Mort) »

M’effondrer comme un château de cartes

C’est pas de l’art, c’est du désespoir / regarder l’écran, l’objectif, ce que je construis ?
🔀
Au fond de mon lit
Il fait trop froid ailleurs
J’ai explosé mon stock de cuillères
En me pimpant ce matin
Pour aller essayer, encore,
De comprendre pourquoi
La mutuelle me paie pas ce qu’elle me doit
J’ai pas capté
▶️
Déprimée au fond du lit
Je me sens vidée
Je me sens pitoyable d’essayer
De concilier mon anticapitalisme
Et mon besoin de reconnaissance
⏺️
Je me compare
Aux gens qui m’ont plagiée
Aux gens qui font la même chose que moi
Mais qu’on appelle des artistes, elles,
Je me demande si c’est parce que je suis grosse
Et grande gueule
Mais je veux pas tomber dans le gouffre
Qui consiste à blâmer mes positions minoritaires
Pour tout ce qui ne fonctionne pas
Alors sans doute que je ne suis
Ni artiste ni autrice
Je me compare
Je veux continuer à écrire des zines
A donner du tarot
A partager du savoir
Je veux que ce pouvoir soit accessible
Mais je regarde les éditées, les invitées
Je pense que je suis nulle
⏮️ Lire la suite « M’effondrer comme un château de cartes »

Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement

Il y a des domaines où la badasserie corporelle ne percole pas. Elle reste cantonnée.
A part quand il fait si chaud que la perruque me donne des malaises, je ne sors pas sans elle. Ce n’est pas que je ne me montre pas sans elle. C’est que je ne sors pas sans elle.

J’anticipe les remarques. Pour ce pan de ma vie, j’opte pour le passing de la normalité. Si je n’étais pas trichotillomane et que je n’avais pas les cheveux irrémédiablement abîmés avec le crâne exposé par endroits, peut-être que j’aurais sciemment tondu mes cheveux pour jouer le décalage avec mes jambes velues. Sauf que c’est pas le cas. Je me rappelle les remarques. Les gens qui touchent ma perruque. Les profs qui me virent d’un auditoire bondé à l’unif parce que je porte un fichu ou une casquette gavroche. Tous les autres lieux auxquels je n’ai pas pu accéder sans justifications. Les mecs qui me demandent pourquoi je choisis de me couvrir et d’être soumise, qui me harcèlent si je ne réponds pas. Ces derniers exemples sont clairement des retombées du racisme/sexisme à l’égard des femmes voilées (vers 2004). En tant que femme blanche, ce que j’ai vécu est minime. Lire la suite « Normes corporelles: résistance et pierres d’achoppement »

7 de pentacles et 4 de bâtons. Cartomancienne

J’avais décidé de prendre du recul avec les lectures de cartes. J’avais choisi de privilégier l’écriture et la création de contenu autour du tarot. J’avais besoin de me connecter aux cartes. A mes guides et à mon intuition, sans pression. Mais aussi de passer le cap d’une profonde remise en question, d’une fatigue chronique exacerbée, d’un stress post-traumatique omniprésent. C’était il y a un an disons. Lire la suite « 7 de pentacles et 4 de bâtons. Cartomancienne »

Les 9 ans de ma robe moulante et de mon dernier régime

J’ai découvert les photos de ma fête d’anniversaire. J’ai détesté mon double menton. C’est comme ça que j’ai entamé mon dernier régime.

J’étais fière de cette robe. Mon corps moulé par son drapé me paraissait si sexy. C’était ma première fois en robe moulante. Depuis plus de 10 ans, je ne sortais pas sans masquer le haut de mes bras, dissimulant ainsi mes cicatrices d’automatisation et leur grosseur. Je maîtrisais donc la parade : un gilet complétait ma tenue.

Je me suis amusée. J’ai ri à gorge déployée. J’ai posé pour les photos. Je me sentais bien et épanouie. Ça ne m’arrivait pas tous les jours. Ce jour de mes 26 ans, j’étais euphorique et, surtout, certaine qu’aucune phase dépressive ne m’attendait pas au tournant. Je commençais à me sentir bien dans mon corps. Mes nouveaux neuroleptiques n’avaient – enfin ! – pas la prise de poids comme effets secondaires. Quel soulagement ! Ils me cassaient moins. J’avais envie de m’ouvrir au monde.

Les fameuses photos:

 

Cependant, quand j’ai découvert les photos, j’ai détesté mon double menton et j’ai voulu maigrir. J’étais dégoûtée de moi-même. J’ai d’abord affiné mes arguments: je ne pouvais pas être en paix avec mon corps si j’avais un double menton ; on m’avait toujours dit que mon joli visage sauvait mon immonde grosseur, qu’allais-je devenir si la graisse se mettait à le déformer ; il fallait que je fasse attention à ma santé, même si j’étais en parfaite santé, parce que l’obésité ne pouvait que me mener à l’infirmité que je redoutais tant (comme tou.te.s les valides).

J’avais souvent fait des régimes. J’étais confiante. On perd généralement 5 kg le premier mois, c’est tellement grisant qu’on en oublie les malaises, Lire la suite « Les 9 ans de ma robe moulante et de mon dernier régime »

La Force en forêt

img_20190624_231549_9036169396659155635483.jpgJ’ai peur de la forêt. Je suis une enfant des plaines. J’ai peur en forêt. Quand je rentre dans le bois, j’ai le cœur qui palpite. Et les poignets. J’ai le souffle court. Je marche vite. Je cherche la solitude. Je la redoute. Je hâte encore le pas. Je cherche une route qui aurait dû sens. Ce sont toutes les mêmes. (mes doigts ont tapé « toutes les mains », comme celles suspendues aux arbres des forêt dans mes crises d’angoisse avant…).

Seuls les sureaux semblent différents. Chaque arche. Chaque fleur. Comme un passage autant qu’un sanctuaire. Alors je me hâte, espérant trouver celui auprès duquel je pourrai me poser. J’ai peur. Je maudis les gens que je croise de ne pas me laisser profiter de la quiétude. Je panique dès que je me sens trop isolée. La forêt est menaçante. Je ne parle pas son langage. Je ne la laisse pas me l’apprendre. Les musaraignes me guettent. Je sursaute au moindre froissement de feuille. Je suis sur le qui-vive. Lire la suite « La Force en forêt »

3 d’épées. Il est temps de déballer

Il y a des blessures auxquelles tu ne prêtes plus attention. Des blessures qui sont là depuis si longtemps que tu ne t’en occupes plus. Elles ont malgré tout plus d’impact que cette évaluation sommaire de leur état. Elles requièrent ton attention et tes soins afin d’éviter les infections et leur propagation.
🗡️🗡️🗡️
Je trouve ça terrible. J’ai passé tellement d’années à aller VRAIMENT mal. J’ai peur de m’occuper des blessures que je connais désormais. J’ai peur de passer trop de temps avec elles. J’ai peur de les confier à des psys ou d’autres personnes extérieures. J’ai peur qu’on me confronte à mes limites, à mes excuses, au chemin à parcourir, aux schémas qui sont encore en place. Lire la suite « 3 d’épées. Il est temps de déballer »

Architecte de couteaux et Tempête. Quand le corps s’entête à résister

Mes espèces d’allergies toujours pas vraiment diagnostiquées depuis 4 ans sont de retour. Elles sonnent le glas de mon été. J’ai beau savoir ce qui m’attend tous les ans, je me le prends dans la tronche, de plein fouet. Mes quintes de toux me réveillent. Les expectorations m’épuisent. Mes envies s’amenuisent à vue d’œil. Le mois de juin se moque de moi. En général, cet état s’installe jusqu’en octobre.

Je dois prendre rendez-vous avec le médecin-conseil. A quelle sauce me mangera-t-on à l’approche de l’invalidité (la fin d’une année d’incapacité de travail)? J’ai l’impression de contribuer, à mon rythme et avec les limites de mes capacités, au monde. Mais certainement pas dans les mois à venir. Tornade. Ce qu’ils veulent entendre, c’est qu’on n’arrête pas de vivre à cause d’une maladie chronique. Dans mon cas, le syndrome d’Ehlers-Danlos m’a fait réévaluer et réorganiser avant tout. Mais ça veut dire que plus que jamais les rouages du capitalisme et de l’handiphobie apparaissent. Plus que jamais, alors que la maladie s’installe, mon corps résiste à la performance qu’on attend de lui. En fait, c’est dur de ne pas être rentable dans un monde où c’est un curseur si important de la valeur de quelqu’un.e. Dans un pays avec un système de santé plus ultralibéral et handiphobe que jamais. Lire la suite « Architecte de couteaux et Tempête. Quand le corps s’entête à résister »

Pour les valides, de la part d’une SEDiste (7 de couteaux et Le Précipice)

Aux valides (depuis le point de vue spécifique de mon syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile).

Qu’est-ce qui donne corps à ta définition de la réussite ? Comment fais-tu pour évaluer la faisabilité ? Sur quoi peux-tu te reposer ? Que deviendrait ta réussite si une journée de 2 heures de travail était une bonne moyenne pour toi ? Que deviendrait-elle si tes frais de santé engouffraient 5, 10, 50% de ton budget mensuel ? Comment organiserais-tu ton succès si un trajet en transports en commun te cassait pour une, deux, cinq heures par jour ?

Comment développerais-tu ton réseau et tes amitiés ? Comment bénéficierais-tu du soutien si précieux pour accomplir tes rêves ? Comment te rendrais-tu à un endroit où les chaises te déchires la peau, où la fumée t’agresse les poumons pour les 15 jours à venir, où la lumière te donne mal à la tête et le bruit t’empêche de te concentrer ? A quel point ta vision de la réussite dépend-elle de l’accessibilité que les autres (n’) assurent (pas) pour toi ? Quels points perds-tu par rapport à l’accessibilité ? Comment juges-tu les personnes qui ne travaillent pas comme toi ? Quelle valeur accordes-tu à la productivité? Lire la suite « Pour les valides, de la part d’une SEDiste (7 de couteaux et Le Précipice) »

Le Soleil et la lune sombre

Lune sombre
Obscure
Trop proche du soleil
Pour en refléter les rayons
Perspective
La lune a besoin d’interaction
Comme nous tou-te-s
Elle intervient
Elle reflète
Elle réfléchit
Elle intercepte
La lumière qui,
Sans ça, nous brûlerait les rétines
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Le croissant à peine distinguable
Tourne-toi vers le soleil
Faisan doré, phénix
Tu brilles, tu disparais
Tu brûles, tu reviens
Rayonnante
Je me suis posée au pied du tilleul
Un insecte m’a piquée
– ou l’ai-je nourri?
Le Soleil apparaît en son centre
Au bout du tronc de l’arbre
Entre les branches épaisses
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Avec chaque bourrasque
Le feuillage frissonne
Comme autant de voix
Autant de caresses
Les pollens et jeunes feuilles
Descendent en spirale
Pour finir leur tourbillon
Délicatement
Dans l’herbe

Autour de moi

Posée
A l’ombre du vieil arbre
Traversée par les rayons
En cet instant
Entre deux énormes branches
Imprégnée

Le Soleil
Dans trois jeux
Le Soleil à trois reprises
Triple forme
Je parcours la terre de mes doigts

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Des images qui me poursuivaient
Il y a quinze ans
Tandis que je déambulais
Seule
Dans les rues
J’étais aussi subtile qu’une ombre

Sous une cape bordeaux
Me couvrant le corps et le visage
M’abritant
Je m’effondrais sur le sol
Accroupie
A quatre pattes
Je creusais alors
Je creusais en hurlant
En étouffant de mes sanglots
Je cherchais les os
Je récoltais les traces
De ce que tout le monde pensait disparu
Et qui persistait
Quoique enfoui
Ce qui persistait dans ma réalité

Lire la suite « Le Soleil et la lune sombre »