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En chariot dans l'univers du tarot

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5 d’épées – revisiter la souffrance et épouser la monstruosité en contexte oppressif

Figures monstrueuses qui peuplent les imaginaires des victimes du patriarcat. Les langages tortueux quand les traumatismes affleurent à la surface. Les visions insupportables. Néanmoins, édulcorées par rapport ce qu’elles masquent encore. Laideur, corps en décomposition, démantelés, éparpillés, lacérés. Lisses comme des bosses à la place des yeux, des crânes échevelés. Ou des cratères comme des plaies béantes, des pustules suintantes. Et puis des os. Des os partout. Sur le sol. Autour du cou comme des bijoux. Six pieds sous terre, dans les rêves ou dans les dessins. Des os dans l’écriture automatique. Cet irréductible qu’il n’aura pas encore eu de nous. Même pour ceulles que leurs coups ont cassé-e-s, scindé-e-s, abîmé-e-s.

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the wild unknown tarot

Le 5 d’épées, dans certains jeux en tout cas, m’évoque tout ça. Notre capacité à nous régénérer, non pas pour mieux nous assimiler, mais pour mieux résister. Couper. Triturer. Éplucher. Trancher. Scier. Dépecer. Décortiquer. Parce que nous sommes en morceaux de toute façon. Autant aller jusqu’au bout. Plus loin que l’hétéropatriarcat. Dans une meilleure connaissance. Jusqu’à la moëlle. Épinière. Se reconstituer de l’intérieur une structure qui nous tiendra. Dans notre monstruosité. Fièr-e.

Ma compagne, l’artiste Rose Butch, est en train de travailler sur un portrait de moi qui devient monstrueux à mesure qu’elle le revisite. Il ne s’attache pas au réalisme. Il ne s’accroche pas à une apparence. Il me dévore. D’ailleurs, je me retrouve dévoreuse dans cette peinture. Comme une invitation à se laisser engloutir dans mes profondeurs. Sans garantie quand à la bienveillance qu’on y trouvera. Potentiellement, la bile vous engluera. Ou vous fonderez pris-e au piège de l’acidité de mon estomac ulcéreux. Les figures maternelles tragiquement désespérées ou cruellement en quête d’identité peuplent ses toiles. Et les représentations que je me fais de moi-même. Et puis, qui est-on pour l’autre? Qu’est-on au sein du couple? Qu’est-on dans nos amitiés? Ambiguës. La Méduse! Médée? Déjà les teintes de la toile sonnent le glas de la somptuosité. Elle sera tragique.

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Tarot of the Crone (en fond une carte postale du Slutist Tarot et un portrait de Méduse par Pierre et Gilles)

Les critiques patriarcales de certaines artistes ont balayé l’expression de leurs névroses ou psychoses. Sylvia Plath est emblématique. La fascination des adolescentes, qui trouvent dans ses œuvres les thèmes qui les taraudent, est moquée. On rit de leur gribouillages: des yeux qui pleurent, des mains qui pendent, des plaies. Mis bout à bout pourtant, ils relatent les traumatismes laissés par les violences patriarcales et leurs imbrications avec les violences racistes et coloniales, capitalistes, handiphobes, grossophobes,… Ces récits donnent vie. Individuellement, ils nous conduisent au traumatisme, souvent oublié ou déformé, qui nous revient avec d’autres visages. Collectivement, nos imaginaires se rencontrent pour dessiner puis dénoncer les violences que nous subissons. Et puis, par ces échos, par la fin de nos solitudes, nous pourrons résister, démanteler le système et pas nous, et inventer. Et construire. Solidairement, dans le respect de nos multiplicités et, surtout le travail sur chacun de nos privilèges. Complices.

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Gorgon’s Tarot

Le 5 de couteaux du Slow Holler, c’est la personne qui accède à ce qui a été planté en elle pour mieux se saisir des instruments de son autonomie. Sa vengeance sera peut-être artistique, peut-être légale, peut-être… Le 5 d’épées du Wild Unknown, c’est la coupure fatale. L’autodestruction ou la destruction la plus aboutie. Mais le ver se dédouble et repart creuser des galeries, aérer le sol, prendre soin de nos fondations. Le 5 d’épées du Gorgon’s tarot, c’est la souffrance de l’épée qui nous traverse le cœur et notre robe pourtant immaculée. C’est nos compagnes/ons de route qui sont témoins, qui acceptent

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Slow Holler Tarot

notre récit et nous aideront à le porter. A le défaire. A lutter. Ce sont ces 4 autres épées qui nous aident à tenir, pour le moment, et dont nous nous emparerons à l’heure de reprendre le combat.

Incarner la figure monstrueuse. Point.

Points de suspension

Respirer

 


Lectures du jour:

  • Parce que la monstruosité est étudiée et réappropriée différemment par les personnes non-blanches, en fonction de l’imbrication de l’hétérocispatriarcat et de la suprématie blanche, le colonialisme, l’universalisme et l’impérialisme.

Le blog d’un.e mutant.e décoloniale, commencez ici: Sortir du rêve et trahir sa race. Et continuez.

Je suis un.e animal.e par Po B. K. Lomami

Shrine of the Black Medusa Tarot, A collaged celebration of Blackness, par Casey Rocheteau

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Le-la reine de coupes – Intuition?

Cultiver une approche féministe ET queer du tarot implique de se confronter à des nœuds et à nos propres préjugés. La réceptivité supposée des reines m’a posé problème. Je l’ai même rejetée en bloc.

C’est qu’il existe une vision binaire qui se manifeste dans le tarot et dans de nombreuses pratiques spirituelles par un amalgame entre le féminin (et dans le pire des cas les femmes) et la passivité, la réceptivité, le soin, la douceur et puis le masculin (et dans le pire des cas les hommes) et l’action, le leadership, la prise de décision, etc. Cette distinction prend sa source dans (et continue d’alimenter) le patriarcat et l’hétéronormativité.

D’ailleurs, dans de nombreux discours, cette prétendue « complémentarité » (en réalité, un rapport de pouvoir qui cantonne à certains rôles de genre, entérine les violences de tout type perpétrées et perpétuées contre les femmes) serait « naturelle ». La réceptivité des femmes serait inscrite dans leur vagin et dans leur utérus tandis que les hommes seraient « actifs » en raison de leur pénis et de l’éjaculation. Haha, comme si les personnes doté-e-s d’un vagin n’éjaculaient pas (je ne vous invite pas dans mon lit pour découvrir l’inverse mais vous savez de quoi je veux parler). A l’hétéronormativité et au sexisme, s’ajoute dans ces interprétations une vision extrêmement cissexiste, c’est-à-dire qui sous-entend que tous les hommes et toutes les femmes en question sont cisgenres (non-transgenres quoi).

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Joie de Vivre Tarot

Partant de ce constat, comment queeriser le tarot ? Ce système de 78 cartes s’appuie sur les significations qui ont circulé et évolué au fil des siècle. Il fonctionne même grâce à ça. C’est pour ça qu’on y trouve des archétypes. Alors, jusqu’à quel point peut-on éplucher une carte, lui enlever des couches révélatrices de son existence au sein d’un hétéro-cis-patriarcat capitaliste et suprématiste blanc et lui ajouter des voiles, du fard ou des huiles pour qu’elle continue à voyager enrichie, renouvelée et renouvelable et vectrice de changement ? Les lames du tarot possèdent-elles une essence ? Comme on essentialise/naturalise le genre et le sexe, court-on le risque d’essentialiser le tarot ? Ou est-ce là que réside sa pertinence, comme une plongée dans l’inconscient collectif ?

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Capture d’écran d’Ostara Tarot, disponible en application via Fool’s dog

Vaste question ! Et comme je n’ai pas toutes les réponses, je vous embarque ici dans le récit de ma relation à la reine de coupes au cours de ces derniers mois. Je crois que je l’adore depuis que j’ai commencé à apprendre le tarot. Je savais aussi qu’elle avait beaucoup à m’apprendre, mais je n’étais pas « réceptive » à ces messages. Alors qu’en consultation je peux être détachée de l’ego et laisser passer les messages à travers moi, dans l’étude du tarot, j’agis inversement. J’agis justement. Je tire les rênes. Ou les reines. Et puis d’ailleurs, en parlant de rênes, c’est souvent ce qu’un personnage tire sur la carte du chariot que j’avais choisie pour nommer ce blog. Je pose les questions. J’analyse. Je décrypte. Mais j’attends rarement les réponses. Je les formules. Je suis comme ça en général : assertive (et grande gueule), meneuse, sûre de moi. Comme pour pas mal de choses dans la vie, ces traits de caractère ont de multiples facettes, de la plus lumineuse à la plus sombre (ou dans l’ombre).

Les paroles de la reine de coupes ont commencé à se faire plus limpides à travers la bouche d’autres tireuses de cartes. Ça ne veut pas dire que je les ai écoutées véritablement. Mais je les ai entendues, peu à peu.

Tout a commencé il y a un an. J’avais des problèmes aux poumons handicapants : toux, expectorations, … Mon herboriste, tireuse de cartes, sorcière et amie adorée, Anja de Pin Primrose, m’a gentiment offert l’avis des cartes sur la question. Des coupes, des coupes, énormément de coupes. Dont la reine de coupes, of course. Poumons, coupes, élément eau. Logique somme toute. J’ai travaillé là-dessus. Un peu disons… Puis, quand la maladie est passée, non élucidée et mal diagnostiquée, j’ai continué à tracer ma route. Les poumons, l’eau, les coupes. Oui, oui, je voyais bien le message. Sauf que non.

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Wild Unknown Tarot

Et donc mes poumons me foutent la paix quelques mois. Pour mon anniversaire en mai, je m’offre une consultation chez Power Femme Tarot. Le message de « self-love », c’est la reine de coupes. Krystal développe autour de mon intuition. Je me dis : oui, oui, elle doit être là. Mais je ne me trouve quand même pas terriblement intuitive. Je n’écoute toujours pas vraiment. Cependant, quelque chose s’ouvre en moi. Ma réceptivité aux signes, aux symboles, aux synchronicités grandit. La gémeaux que je suis met de plus en plus l’élément air de côté. Je passe moins de temps à analyser et à chercher à cerner.

Il me vient beaucoup l’image d’Harry Potter. Dans les romans, il Lire la suite

Les Amoureuses + L’Etoile

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The Lovers + The Star (Thea’s Tarot) + Anger + Apathy (Oracle of Oddities)

Les amoureuses, les éternelles, les fabuleuses. Contre son corps, tout tout contre son corps. Dans la contrée des merveilles, tout tout contre son corps. Contre les dominants, contre ce qui oppriment. Notre refuge, tout tout contre nos corps. La dépression dessine des creux. Des sillons où se lovent les doutes, le temps d’un soupir, le temps d’un frisson, quand les dents claquent brièvement.

J’ai de l’espoir, j’ai des promesses. Tout contre toi, ma butch. Je ne m’étais pas figurée ce genre d’histoire. Je n’avais pas imaginé. Dans cette histoire, je suis sereine. Amoureusement sereine. Prête pour les épreuves. Armée pour les galères. Parfois à court de souffle. Souvent à court. Cours, cours, danse dans les champs qui s’étendent à perte de vue. Dans cette histoire, je suis confiante. Ça veut pas dire que j’ai pas peur de temps en temps; ça veut dire que j’en sais assez sur nous pour savoir qu’on brille à l’infini. Et notre amour se nourrit, se soigne, s’amplifie.

Notre passion nous jaillit du bout des doigts. Comme la magnétiseuse que tu es, la tireuse de cartes que je suis. Comme les sorcières qu’on était vouées à être. La magie nous jaillit du bout des doigts et notre amour se renouvelle. S’amplifie. Se développe. Fleurit. Notre amour gagne en envergure dans un écrin de verdure. Je patauge dans les images un peu cheap, mais c’est seulement parce que les mots c’est jamais assez pour tant de beauté. Je ferme les yeux tout contre toi et je vois défiler des couleurs, de la chaleur, de l’énergie ou des trucs comme ça. Notre engagement, c’est comme une guirlande de ressources. Tout contre toi, ça sent la vie.

Ça sent notre vie, notre engagement, nos convictions, notre extravagance et notre puissance. Tout contre toi, c’est l’infini qui se blottit. Puis s’étend. Qui palpite. Ça vibre comme un big bang. Tout contre toi, toutes les lignées des ancêtres qui nous protègent attisent notre révolte. Scellent des vœux de protection. Tu es plus que de multiples soleils. Les étoiles te garnissent les pores, t’agrandissent le corps. La volupté est vulnérable.

Tout contre ma chère et tendre, mon inénarrable. Ma très fabuleuse. Notre relation est œuvre de création. Continuelle. Nos cons à nu, nos ailes. Notre relation donne vie à des autres lieux. Chez nous. Autour. Partout. Elle défie les attentes. Elle tente des ponts. Elle enlace la seule souveraine preuve: l’amour est à écrire. L’amour est à foutre à la poubelle. L’amour est ce que le patriarcat en a fait. L’amour est ancré dans le capitalisme. L’amour s’achète, l’amour leur achète une place dans le système. Re-boot.

On reprend depuis le début. Notre relation met à mal l’hétéropatriarcat. Sa reproduction en sera le coup de grâce. On se reproduit. Gouines, trans et queers qui recrutent. On écrit nos histoires sur les cendres de leurs normes. A l’encre de. On tatoue nos histoires sur nos corps triomphants. Couverts de bleus et triomphants.

Dénoncer et dégommer l’hétéronorme. Peut-être qu’yels ne le choisissent pas, mais le constat demeure : être cishétéro, c’est être complice. J’ai de l’espoir pour ce monde en raison des gouines/trans/queers qui résistent. Qui écrivent. Qui protestent. Dénoncent et énoncent les sentences : à la poubelle ce qui a été fait de l’amour. Des étincelles pour une autre façon de le faire: la sorcellerie.
On n’en a pas assez fait. Yels n’ont pas fini de nous entendre. Bourdonnant-e-s et rebelles.

IX d’épées + VI de pentacles

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The Wild Unknown Tarot + Oracle of Oddities

Cette angoisse s’est emparée de moi assez brusquement. Incapacitante. Elle a quelque chose qui relève du syndrome de l’imposteuse. Comme si toute ma vie – toute ma renaissance de ces cinq dernières années – était construite sur un miroir aux alouettes. Et si les gens se trompaient sur mon compte ? Et si je jouissais d’une réputation qui ne serait que le reflet de ma capacité à bien parler et non à construire ou à vraiment aider ? Et si cet ego démesuré et cette confiance en moi sans faille faisaient de moi une personne imbue d’elle-même mais incapable d’interagir et de donner sur une base sincère ? Et puis, si je me dispute avec les gens ou si j’ai autant de facilité à les rayer de ma vie, c’est sans doute que je ne m’attache pas réellement ? Angoisses… bruits et tensions du corps qui se crispe au milieu de la nuit… panique à l’idée que celle qui dort à mes côtés se détourne, pas dupe.

Le 6 de pentacles, c’est aussi la terreur face à la dépression d’une autre. Terreur de penser trop bien savoir et de s’y arrêter. La tentation de se reposer sur la certitude de comprendre les rouages au lieu de faire de l’espace et de laisser s’exprimer la déprime de l’autre. Ou trop inciter, trop stimuler. Ou pas assez et s’engluer, se laisser contaminer, alimenter la spirale infernale de l’apathie. Plus encore, et c’est toute l’essence du 6 de pentacles, la crainte de se sacrifier à la dépression et à ses exigences. Jusqu’à ce qu’elle devienne un monstre. Jusqu’à ce que j’implose. Jusqu’à ce que la relation se termine ou en pâtisse pour de bon. Schéma maintes fois rejoué dans de multiples amitiés, ne pas réussir à exister face à la dépression d’un-e autre. Peur de m’imposer, de ne pas respecter, de ne pas m’adapter au tempo de la maladie, peur de faire culpabiliser, de brusquer le rythme aléatoire du aller-mieux.

J’angoisse et je suis terrorisée parce que j’ai le sentiment que les gens pensent que je dis des choses intelligentes et que je comprends vraiment bien les autres alors qu’en fait je suis paumée, toujours paumée. J’essaie d’être intuitive. Je puise dans mes expériences. Je parcours encore les traces que les psychoses ont laissées sur moi. Mais je suis paumée. Tiraillée entre l’envie de me dévouer et celle de cultiver mon propre espace et mes ressources bien méritées.

La carte d’oracle qui m’invite à observer se trace un chemin dans le tournoiement de l’angoisse du 9 d’épées et les dynamiques d’échange et de don du 6 de pentacles. Elle me dit : Lève les yeux, regarde ce qui se passe et agit en conséquence au fur et à mesure au lieu d’anticiper et de chercher à bien faire. A trop bien faire. Au risque de t’enfermer dans des réponses toutes faites. Ecoute plutôt. Sois attentive. La magie opère. Pas besoin de se mettre la pression. Parfois on foire et parfois on gère comme une pro. Mais n’essaie pas d’être superwoman. Sois juste présente et ouverte aux signes, aux appels, à la temporalité. Tout doux, petit poney.

Que lire dans les cartes?

Que cherche-t-on en tirant les cartes? C’est une question bien vaste… J’ai ainsi constaté que beaucoup de personnes (cartomancien-ne-s ou consultant-e-s) ont une approche différente de la mienne. C’est pourquoi j’ai envie de vous raconter ce qui m’amène à me lire et à me faire lire les cartes et d’évoquer ce que je ne recherche pas du tout en le faisant.

J’en suis venue à l’idée de me tirer les cartes il y a environ un an. Je voyais mon psy moins souvent et souhaitais continuer dans ce sens sans pour autant cesser de me plonger dans « l’inconscient ». De je-ne-sais-où, l’idée a germé que le tarot était une façon parfaite d’y arriver. J’étais attirée par les symboles, les images et, surtout, par les possibilités de leur faire dire des histoires.

S’y ajoutait secrètement la quête d’un moyen d’accéder à des choses profondément enfouies. Des traumatismes dont je ne cessais de ressentir les impacts, sans parvenir à remonter à la source masquée par le panneau d’une dissociation post-traumatique. J’avais donc pour motivation première, avant même de tenir un tarot entre les mains, l’émancipation des thérapies classiques, tout en continuant à « travailler sur moi » et à écouter mon monde intérieur.

dsc_0020Maintenant, la plupart de mes propres tirages me permettent de mieux me comprendre. Je me plonge dans mes fonctionnements et dans l’analyse de leurs significations. Je creuse mon état d’esprit du moment. Je sonde mes envies. J’étudie mes rêves. Je teste mes capacités, mon potentiel.  Je pose très rarement des questions dont la réponse serait « oui » ou « non ». Je ne demande pas non plus au tarot de m’aider à faire des choix. Éventuellement, je l’utilise comme un coup de pouce afin de cerner ce qu’il y a autour des évidences dans des pistes que je souhaite explorer. A voir plus loin. Au-delà de mes premières impressions. A chaque fois, je « lis » dans les cartes des appels à réfléchir ou à reconsidérer, à me concentrer ou à m’excentrer.

Je n’attends pas des réponses sur l’avenir; j’écoute ce qu’il se passe là maintenant. Quelles énergies sont là, d’où viennent-elles? Qu’est-ce qui est en jeu derrière les apparences? De quoi m’inspirer pour avancer et non quelque chose qui m’annoncerait des certitudes prêtes à l’emploi. Quand des personnes qui prédisent l’avenir dans les cartes m’expliquent leur démarche, je l’accueille avec beaucoup d’intérêt, sans toutefois me départir de mon scepticisme. Pas quant à leurs compétences ou dons, mais quant à leur optique. dsc_0259

Je ne parviens pas à comprendre ce qui anime des personnes qui veulent connaître le futur. Ce n’est pas que ça me terrifie – le passé me terrifie beaucoup plus. C’est juste que je n’en vois pas l’intérêt. Trop proche des religions établies sans doute: des modèles explicatifs qui répondent bien à nos angoisses mais nient notre propre pouvoir, notre capacité d’être des agent-e-s de de changement de notre vie et du monde. Mon éducation catholique (et son rejet) m’a rendue méfiante à cet égard. En termes de convictions personnelles et politiques, la perspective d’un avenir déjà écrit m’effraie. Quelle place pour nos capacités d’agir? Comment activer les transformations sociales? Et la spontanéité, que diable!?!

Je ne me lis pas les cartes tous les jours et j’ai encore moins souvent la chance de profiter d’une consultation avec un-e tarologue. C’est une expérience bien plus puissante pour moi. Je m’y embarque avec beaucoup d’anticipation et de respect. J’ai le privilège d’avoir reçu des lectures de personnes bien plus douées que moi qui débute seulement avec le tarot. J’aime me présenter sans question précise. Mais pleine d’espoir sur ce qui pourrait se révéler. Et la magie opère toujours. Je n’attends pas de réponse précise, c’est vrai. Tout cela s’apparente davantage à la réception d’un message de l’univers. Être ouverte est un prérequis. Capable de toute entendre. Réceptive.

Jusqu’ici l’expérience tarot ne s’est pas avérée faire office de béquille. Elle est faite de confirmations et de surprises toujours bouleversantes qui m’ouvrent à des parties de moi. Elle m’apprend à mieux me connaître et à progresser sur les chantiers intérieurs qui me tiennent à cœur. D’ailleurs, par rapport à mes attentes d’il y a un an avant de me mettre au tarot: eh bien, elles sont largement rencontrées et ça fait un bien fou! 🙂tiragehmf

Consultations de tarot lors d’une fête

J’ai tiré les cartes à une soirée et c’est plutôt ardu en fait.

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En train de présenter mes tarots à une personne subtilement anonymisée par mes talents de geek.

Quand il nous a été proposé de faire un stand de tarot à ce festival pour les meufs LGBTQI+, on a plutôt pensé à créer notre petit coin en marge d’une activité. Cependant, la perspective de fournir ce service à l’intérieur de la soirée de clôture intéressait davantage l’organisatrice. Sceptiques, Anja et moi avons accepté à condition de pouvoir tester le format au préalable. Nous avons ramené nos cartes à une soirée d’anniversaire dans cette intention, mais nous n’avons pas tenu l’exercice jusqu’au bout : on s’est installées dans une chambre de la coloc en demandant à nos consultantes de faire la file derrière la porte close. Petit havre de paix et de réflexion dans une soirée bien chargée, la formule a beaucoup plu, tant à nous qu’aux personnes qui sont venues se faire tirer les cartes.

Deux mois plus tard, nous voilà à la soirée de clôture du L-Festival. On installe un petit stand avec une table pour chacune. Il est aussi isolé que possible dans un recoin près de l’entrée, derrière la caisse. Des amies veillent aux inscriptions pour éviter qu’une file se forme. On avait prévu des petites lampes, des décorations, des nappes de travail, des petites bougies. Très vite, la musique qui agite la piste de danse un peu plus loin dans la salle me pousse à élever la voix, presque à crier pour me faire entendre de nos consultant-e-s. La sélection musicale est excellente et c’est évidemment pire comme ça. Il faut sans cesse la filtrer, ne pas la laisser entrer dans la bulle car elle fait interférence dans l’échange qui j’essaie de créer avec les personnes en face de moi. Dans ces conditions, je mobilise une lecture assez scolaire des cartes, laissant peu de place à l’intuition – trop compliqué de s’y connecter.

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Ma table à la soirée de clôture du L-Festival

Expérience un peu légère et superficielle à des lieues de la profondeur que peut offrir le tarot mais néanmoins intéressante. C’est en effet une première approche fun et légère pour les consultant-e-s. Même si je ne suis pas convaincue que ça les ramènera à nouveau au tarot… Ça m’a par contre motivée à proposer des après-midis ou des soirées tarot à la maison de temps en temps. Avec des échanges, des explications, des tirages approfondis dans la chambre, des exercices en commun. Lire la suite

Le Monde, en tatouage

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Tatouage par Lever L’Encre Tattoo, inspiré de la carte The World du Wild Unknown Tarot

Le monde. l’infini. le petit. le local. le gigantesque. si tout est dans tout. ne pas chercher à être tout. être. habiter. les deux pieds sur la terre de ce monde. la tête dans les étoiles de ce monde. cosmique et minuscule. comique et mirobolant.

Dans ce monde, il y a…

Qu’y a-t-il?

des souhaits qui fleurissent. s’épanouissent. nuées de souhaits. les attraper au vol. les regarder s’échapper. s’animer comme des milliers de papillons dans le ventre. parler avec les tripes. agir en conséquence. dans une outrance dépouillée. une extravagance sans fard. qui se poserait dans les gestes. lestes. légers. gémissants. comme une nuée de papillons dans le ventre. vents du bout de l’univers soufflent sur un monde. en dentelle. fin et travaillé. subtil et parsemé d’interstices. ici, il fait doux vivre. même quand le vent gronde.
Minuscule et grandiose, ce monde qu’il faut habiter pour mieux le faire palpiter et frémir d’un nouveau souffle. dsc_0199
Minuscule et lumineux.
A habiller de ma lumière.
De nos souhaits.
De nos faire.


Mon tatouage. Le Monde. Savoir ce qui compte pour moi. Pour trouver ma place dans le monde et, je l’espère, le changer, sans me trahir. Notion galvaudée et pourtant: aspirer à l’authenticité. Ne pas exister uniquement « en réaction à », mais dans ma propre voie, qui souvent signifie: faire entendre ma voix. Pour mieux porter celle des autres. Pour amplifier. Pour offrir une résonance. Briser ainsi les solitudes. Illuminer les consciences.

Ne plus porter le poids du monde sur mes épaules. Être dans une approche intégrée. Presque intégrale. Prendre la place et ne plus exister que dans la dimension sacrificielle. Être moins superficielle. Donner de moi dans les interactions. Tout en ayant des limites bien marquées. Des contours qui scintillent des couleurs de l’arc-en-ciel.

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Thea’s Tarot

6. Les Amoureuses et la Mère de Pentacle

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Thea’s Tarot

Parfois, je sais que les cartes seront en accord avec mon état d’esprit. Je me plonge dans le jeu. Je cherche leurs vibrations. Tire. Les trouve. Elles me trouvent.
Les amoureuses et la mère de pentacle (position du roi de pentacle dans la plupart des jeux). Aujourd’hui, j’ai fait les démarches pour annoncer que je résilie mon bail. Je quitte l’appart où j’ai vécu neuf ans. Neuf années empreintes du bonheur de l’autonomie et de la certitude que vivre seule est la seule configuration qui me convient. Territoriale avec ma tanière.
Et puis, l’amoureuse. La force d’être ensemble – resplendissantes et réconfortées malgré les galères extérieures. Nouveau départ. Quitter son cadre. Prendre des risques. Passion et douceur.
Me voilà mère de pentacle. Nouvelle maison. Tendre chez-moi aussi chez-nous. Membre d’une meute de gouines et de félines. Havre de quiétude qui renforce. Dans lequel je m’implique. Être cuculs dans chacun de nos gestes. Etaler le too-much sur nos murs. Me sentir présente. Être douée d’observation et de parole. Actrice. De l’univers que nous égayons et soignons avec ferveur. De l’Univers.
Je suis ancrée dans notre relation et en contact avec les herbes qui nous poussent sur les mollets, qui nous poussent à bouger. A la fois centrée(s) et offerte(s). Lire la suite

Me faire débaptiser et la reine de coupes

Membre de l’Eglise catholique : 8 juillet 1984 – 22 août 2016.

J’ai envoyé ma lettre d’apostasie il y a quelques jours. Il n’y a plus qu’à attendre la confirmation. En soi, c’est un geste facile. C’est léger. Naturel. Le résultat d’une décision prise depuis longtemps. Je ne ressens pas de soulagement pour autant. Les paroles des personnes qui n’ont pas eu une éducation religieuse me trottent dans la tête. Sur pourquoi il n’y a aucune raison d’attendre aussi longtemps. Sur pourquoi en tant que gouine tu pourrais montrer plus de solidarité et ne pas compter dans leurs registres une seconde de plus. Je hais l’Église pour des tas de raisons. Je ne les énoncerai pas.

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Devenir sa propre fille de coupes (c’est l’équivalent de la reine de coupes dans ce Thea’s Tarot).

Je peux expliquer pourquoi derrière l’acte politique et la nécessité personnelle, il y a aussi une histoire et une construction. Et elles sont douces. Et je ne les relègue pas à la poubelle en renonçant « officiellement » à la religion. Sans doute est-ce ce qui m’a pris des années… Faire une place pour cette histoire. Trouver un endroit pour la magie et l’émerveillement. Lire la suite

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