Comme l’actrice Jameela Jamil sensibilisait au syndrome d’Ehlers-Danlos syndrome, j’ai fait mon interprĂ©tation de sa pose đ â€ïž
La vie avec un SED en costume glamour, ça peut le faire. Mais ça m’arrive pas des masses. DerriĂšre la souplesse, l’hypermobilitĂ©, c’est des douleurs diffuses ou localisĂ©es, parfois constantes, parfois variables tandis que les muscles compensent l’hyperlaxitĂ©. La fatigue chronique aussi. Le collagĂšne n’est pas prĂ©sent que dans les articulations. La colle de notre corps, qui n’en fait qu’Ă sa tĂȘte dans les syndromes d’Ehlers-Danlos, affectent nos poumons, notre vessie, nos intestins, notre estomac, nos bouches, nos oreilles, etc. Le SED est imprĂ©visible: on ne sait pas quelle partie du corps va nous lĂącher d’un jour Ă l’autre, ni mĂȘme comment on ira d’un jour Ă l’autre. Ni d’une personne Ă l’autre. On peut ĂȘtre en fauteuil pour les dĂ©placements tout comme on peut maintenir beaucoup d’activitĂ©s sportives. On sait pas. J’ai toujours Ă©tĂ© nulle en sport car le SED se manifeste dans notre proprioception et notre coordination. Impossible de comprendre mon corps dans l’espace, de viser, de ne pas renverser. Si j’arrive Ă attraper un objet je vais Ă tous les coups soit le laisser tomber, soit me retourner un doigt (toutes les petites articulations peuvent ĂȘtre hyperlaxes aussi). La diffĂ©rence entre souplesse ordinaire et SED, c’est la douleur et les complications. Et puis le temps pour rĂ©cupĂ©rer. C’est le deuxiĂšme jour de mes rĂšgles, je saigne plus que d’habitude. Je peux pas m’empĂȘcher de penser Ă notre risque accru de descente d’organes. Les manifestations du SED que je n’ai pas en ce moment: nos peaux sont fines, fragiles et cicatrisent mal. On est sensibles aux hĂ©morragies et aux bleus. Nos veines et artĂšres peuvent s’avĂ©rer aussi fragiles et se dĂ©chirer.
La vie ne s’arrĂȘte pas avec le SED. La vie n’est pas rĂ©servĂ©e aux valides. La vie n’est pas non plus dissociable de cette maladie chronique et gĂ©nĂ©tique quand elle dĂ©clare ses symptĂŽmes. On est complexes. Oui nous aussi. On devrait pas avoir Ă se battre contre nos corps. Contre les obstacles sociĂ©taux. Contre l’inaccessibilitĂ©. On n’est pas la diffĂ©rence, ni l’inspiration, ni le misĂ©rabilisme, ni le mĂ©pris des politiques, ni les lobbys des mĂ©decins, ni des hĂ©ro.ĂŻnes, ni des victimes. On est des malades chroniques. Et on est d’autres choses. Je ne rejette pas ma maladie, la « sociĂ©tĂ© » le fait dĂ©jĂ bien assez. J’essaie de faire en sorte de ne pas limiter mes horizons Ă elle. Je voudrais que les valides ne limitent pas leurs horizons non plus Ă leur absence de handicap.