Réappropriation de mon corps et ambiguïté de l’image avec L’Impératrice / Créatrice

img_20190921_210036_9434387830635762168489.jpgQui de mieux que l’Impératrice / Lae Créateur.ice d’un tarot lesbien de 35 ans pour répondre à une question épineuse? Quelqu’une a demandé à mon amoureuse Rose Butch pourquoi elle dessinait toujours son épouse dans des poses sexualisées.
C’est une question qui m’interpelle beaucoup (OK, ça m’a choquée et j’ai démarré au quart de tour en mode virulent). Je mène une réflexion de fond sur l’hypersexualisation des corps de grosses. Je prends pas le sujet à la légère (sans mauvais jeu de mot).

D’abord, je voudrais clarifier un élément. Les poses dessinées sont mes poses, mises en scène par moi et souvent prises en photo par Rose pour le dessin ou pour d’autres usages. Ce n’est pas nécessairement le cas pour ses grandes toiles, mais franchement je vais pas me plaindre que ma meuf me kiffe, me trouve sexy et me demande de poser et top biche fem. Pour ses dessins récents, ça me perturbe qu’une meuf à l’apparence féminine soit forcément renvoyée au regard de l’autre, dépouillée de son agency, sa capacité d’agir, dès lors qu’elle se met en scène, ce qu’on considère d’ailleurs comme le propre de la féminité. Il y a un côté inévitable dans la lecture sexualisante que d’autres font (ou pas) de notre corps à certains moments. Ça peut réveiller des blessures profondes ou bien révéler une impression de perdre le contrôle. Ça peut compliquer notre rapport au corps aussi. Mais c’est là. On se regarde. On se lit. On est des êtres sociaux quoi.

Le cœur du sujet…
img_20190921_171542_11965262648392404681.jpgQuand j’ai commencé à poser pour des photos, mon souci principal était justement d’éviter l’injonction au sexy – qui plus est un certain type de sexy, celui qu’on réserve aux grosses, très voluptueux. Je ne le répéterai jamais assez: Prendre des selfies et, plus encore, être prise en photo, a été une étape capitale dans l’apprivoisement de mon corps. Elle m’a permis de faire la paix avec lui. Lire la suite « Réappropriation de mon corps et ambiguïté de l’image avec L’Impératrice / Créatrice »

Zine! Grossir le tarot #2

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Les essais et poèmes de « Grossir le tarot #2 » viennent compléter la série « Grossir le tarot #1 »(clic clic pour consulter ou télécharger) Lire la suite « Zine! Grossir le tarot #2 »

Où sommes-nous?

Préambule : Les personnes considérées comme « « obèses » » constituent un cinquième de la population par ici.

Où sommes-nous ?
Je tente de me frotter les yeux
Émergeant d’un cauchemar
Je n’y parviens pas
Dos courbaturé
Je tends la main dans le vide
Où sommes-nous ?
Le vide ne répond pas

Je t’ai cherchée partout
Dans les livres d’abord
Scolaire et isolée
Je t’ai cherchée sur les scènes
Je t’ai cherchée dans les réunions
J’ai zappé à en dézinguer la zappette
Tu n’es pas venue

Où es-tu ?
Tu es le spectre qui me taraude
Ton existence conditionne la mienne
Je t’ai aperçue
Imprimée sur les pages
Par les fantasmes d’une autre
Déformée sur l’écran
Pantin à la merci des campagnes de haine
Ce n’était pas toi
J’aurais dû m’en douter
Mais je me suis retrouvée piégée
Je te l’avoue
Je me suis laissée piégée à force de silence

Tu es devenue ce qu’il fallait que tu sois
La grosse marrante
La grosse avec de l’auto-dérision
La grosse au beau visage
La grosse qui s’excuse perpétuellement

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Zine. Grossir le tarot 1 en téléchargement!

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On commence avec les essais et poèmes de « Grossir le tarot 1 » (clic clic pour consulter ou télécharger) Lire la suite « Zine. Grossir le tarot 1 en téléchargement! »

Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (2e partie)

Avertissement: je partage cet article en l’état. Plutôt brouillon et pas assez étayé à mon goût. J’espère le reprendre plus tard. Et surtout le rédiger un peu mieux parce que là, l’écriture n’est pas très agréable à la lecture. Hihi, comment je le vends cet article hein?! 😀

Bien sûr, et fort heureusement, la critique des corps hors-normes comme métaphores se heurte à des limites. Les gros-ses ont aussi besoin de représentations symboliques pour donner sens à leurs vies. On peut diffuser nos propres mythologies. On n’a certainement pas intérêt à lâcher les symboles, même si on aspire à aller plus loin que ce qu’ils ont de réducteur, arrêté à la surface de nos silhouettes. Comment verser nos vécus dans des symboles dans une démarche plus entière ? Comment nos mythes peuvent-il déployer de la grandiosité ?

L’exploit du Next World Tarot

Je puise des pistes de réponse dans la joie que m’inspirent certaines représentations dans un tarot. Quand j’ai découvert la Reine de bâtons du Next World Tarot, grandiosement queer, affirmant son espace, occupant sa scène, j’ai bien failli pleurer. Elle illumine. Il y a de la célébration. Il y a du dynamisme. Il y a du charisme. La drag queen grosse qu’elle était déjà dans mon esprit prend vie. Dans le contexte de représentations diverses, comme avec le Next World Tarot, nous ne sommes plus assigné-e-s à des rôles limités. Voilà donc que la tristesse des personnes grosses devient légitime, sans caricature. Ainsi, il n’est ainsi pas question d’un-e nième gros-se mal dans sa peau sur le 5 de coupes. Le mal-être n’est pas une fatalité. Mais il existe. On a droit à un éventail de représentations. Les tropes habituels sont évités. Les gros-ses vivent sous les pinceaux de Cristy C. Road. Lire la suite « Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (2e partie) »

Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (1e partie)

Le vif du sujet de Grossir le tarot ! On va se plonger dans des exemples de l’utilisation des corps gros comme symboles pour des trucs à la rien à voir dans le tarot.

En préambule : quand je cite un jeu de tarot, même pour en analyser les représentations de façon critique, c’est que je l’aime. Si mes constats sont durs, il ne faut pas en déduire que tout est à jeter dans un tarot, mais plutôt que « grossir le tarot » n’est pas une mince affaire. Les tarots analysés dans cette série d’articles présentent forcément des personnages gros. Autrement dit, ils vont plus loin que la grande majorité des jeux, même s’ils n’échappent pas aux biais grossophobes involontaires. Je leur en suis reconnaissante et je les apprécie. Depuis la parution initiale de Fat Tarot, je possède davantage de jeux alternatifs en termes de normes corporelles. Tu les verras sur les illustrations, même s’ils ne sont pas analysés car je n’ai pas pu reprendre intégralement mon enquête. D’ici quelques articles, je te partagerai toutefois ma liste de coups de cœur 🙂

La quête du tarot parfait

Peu  après avoir commencé à tirer les cartes, je me suis mise en tête de chercher un tarot qui me plairait. Jusque-là, c’est assez logique… Mais c’était si compliqué que j’ai d’abord choisi de me tenir à distance des tarots à personnages. La quête d’un tarot représentatif et la frustration qui en découlait reposaient sur un simple constat : impossible d’entretenir une connexion avec un tarot dans lequel je ne pourrais pas à me voir, ni les gens que j’aime, ni ce que je considérais comme ma communauté, ni des personnes minorisées. Même quand les tarots se réclamaient de la fantasy, des contes et mythologies, et autres, leurs personnages, même irréels, étaient encore minces et blancs. C’est si dur d’imaginer des fées ou des elfes non-minces? J’éprouvais une lassitude similaire à celle provoquée par les romans ou les séries quand les personnages sont très uniformes et peu représentatifs de la diversité des corps. Dans la mesure où le tarot fonctionne sur base de connexions et d’associations, pouvoir s’identifier aux images est déjà une clé précieuse dans l’interprétation des lames. Lire la suite « Grossir le tarot / Porter le regard par-delà les métaphores (1e partie) »

Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses

Après avoir tenté de comprendre le queer puis ses enjeux pour le tarot, penchons-nous sur la grosseur et sur la grossophobie.

L’analyse de tarots et d’oracles pour les articles ultérieurs de Grossir le tarot me contraindra à définir la grosseur très largement car la plupart des jeux ne propose pas aucune représentation de personne grosse. Certains se contentent d’intégrer une poignée personnages vaguement moins élancés que les autres. S’il ne saurait s’agir de représentations diverses, l’observation des cartes assignées aux personnages plus larges que le personnage standard nous informera malgré tout sur l’utilisation symbolique des corpulences hors-normes. Comme on le verra, à défaut d’alternatives dans ces jeux, j’ai souvent dû me résoudre à étudier des exemples « non-maigres » dans mon analyse de la grosseur dans le tarot.

Préalablement à l’étude de ces exemples, il nous faut interroger l’invisibilisation généralisée des gros-ses. Je te propose donc d’enquêter sur l’éventail de représentations limité – quand ce n’est pas une absence totale – pour une partie pourtant non négligeable de la population.

Terminologie

Mais avant tout: qu’est-ce que j’entends par grosseur ? Je n’utilise pas de termes médicaux. Je ne veux pas de termes qui rendent une « norme » implicite, estimant que certaines corpulences sont pathologiques. Pas de surpoids, de surcharge pondérale ni d’obésité ici. Pas de ces termes qui relèvent de l’arsenal de l’oppression des gros-ses. Pas non plus de ronde, pulpeuse, bien en chair, fort-e. Outre leurs aspects fortement genrés, ces mots agissent comme des euphémismes, comme s’il y avait quelque chose à atténuer ou à embellir. Nos réalités peuvent se passer de ces détours, en particulier dans un essai politique.

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Peut-être que ça sonne bizarre : gros, grosse, grosseur. Mais, eh, gros, c’est pas une insulte ce truc ? Bein si, on l’utilise comme tel. Et ça en dit long sur la perception de la grosseur, qu’un mot descriptif soit perçu comme injurieux et honteux. Encore une fois, cela n’opère que pour ce qui est stigmatisé. Les mots mince, blanc-he ou hétéro ne sont jamais devenus des insultes largement adoptées à un niveau structurel. Ces catégories sociales ne sont pas discriminées de façon systémique. Dans la lignée de 50 années de militantisme gros, de fat activism, on peut renverser le rapport de pouvoir, au niveau du langage, en insufflant à « gros-se » de la puissance plutôt que de la honte.

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Grossir le tarot / Quand la pratique du tarot est queer

On poursuit les traductions de mes chroniques Fat Tarot! Après des tentatives de définitions du queer dans l’article précédent, continuons sur notre lancée de queerisation du tarot dans une perspective de libération de la grosseur. Pourquoi le tarot est-il loin d’être neutre? Quels seraient les enjeux d’un tarot queer? C’est parti!

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Grossir le tarot / Hein? « Queeriser » le tarot? C’est quoi ça?

Voici enfin les traductions de mes chroniques Fat Tarot ! On commence par Queeriser le tarot dans une perspective de libération de la grosseur. Derrière ce titre cryptique, la première partie traitera de ce qu’est le queer, en particulier au regard de l’activisme gros et queer, puis des enjeux qu’il représente pour le tarot. Il faudra attendre les traductions suivantes pour plonger dans le vif du sujet. La minceur du tarot, ce qu’est la grossophobie, sa présence dans les tarots seront les thèmes des articles suivants.

Ce premier article en particulier diffère de l’article original qui fait ici l’objet d’une traduction revue et complétée (pom pom pom). Au lieu de se pencher sur les différentes acceptions de queer selon que l’on soit anglophone ou francophone, cette version sensibilisera lae lectrice aux usages du terme en français. Dès demain, tu pourras lire la deuxième partie qui pensera le tarot queer.

Qui est queer ? Et qui est votre cartomancienne ?

Nous devons reconnaître et prendre en compte nos propres positions sociales afin de rendre queer notre pratique du tarot. Comprendre les rapports de pouvoir revient aussi à se situer par rapport à eux. Pas de compétition, laissons ça aux personnes de pouvoir, mais plutôt une compréhension, une exposition, une utilisation et, finalement, la perte de nos privilèges. Comme nous le développerons, ce qui apparaît comme naturel, comme un fait qui se passe d’explication, masque souvent une position de pouvoir. Par exemple, quand blanc est considéré comme la couleur de peau standard (comme la soi-disant couleur « chair » ou « nude » en maquillage ou habillement), quand tous les personnages d’un tarot sont minces, quand toute personne est supposée cis ou hétéro par défaut jusqu’à son coming-out. Il n’y a rien de « naturel » dans nos positions sociales. Rien de tout cela n’est anodin. Tout cela relève d’un racisme, d’une grossophobie et de LGBTphobies systémiques. Nos positions sociales demandent à être explicitées. En tant que cartomancien-ne-s, nos blogs et chartes éthiques sont un bon point de départ.

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En un sens, il est bien plus facile pour moi de me présenter en tant que tireuse de tarot queer gouine grosse fem en insistant sur ces positions de domination que de livrer mes positions dominantes. Et ce, alors qu’elles en disent long sur ce qui m’a amenée au tarot, ma façon de lire les cartes et l’éventuelle visibilité/crédibilité/rémunération qui peut en découler. Lire la suite « Grossir le tarot / Hein? « Queeriser » le tarot? C’est quoi ça? »