L’Ermite et ses cuillères

Comme beaucoup de malades chroniques, je considère l’été comme mes mois d’ermite. Ce rythme plus lent et ce retirement peuvent nous apprendre à suivre notre lanterne à travers les méandres de nos angoisses, de nos aspirations et de notre soif de sens. C’est dur. La douleur et l’épuisement nous vident. Mais cette canne est solide.

Où sommes-nous?

Préambule : Les personnes considérées comme « « obèses » » constituent un cinquième de la population par ici.

Où sommes-nous ?
Je tente de me frotter les yeux
Émergeant d’un cauchemar
Je n’y parviens pas
Dos courbaturé
Je tends la main dans le vide
Où sommes-nous ?
Le vide ne répond pas

Je t’ai cherchée partout
Dans les livres d’abord
Scolaire et isolée
Je t’ai cherchée sur les scènes
Je t’ai cherchée dans les réunions
J’ai zappé à en dézinguer la zappette
Tu n’es pas venue

Où es-tu ?
Tu es le spectre qui me taraude
Ton existence conditionne la mienne
Je t’ai aperçue
Imprimée sur les pages
Par les fantasmes d’une autre
Déformée sur l’écran
Pantin à la merci des campagnes de haine
Ce n’était pas toi
J’aurais dû m’en douter
Mais je me suis retrouvée piégée
Je te l’avoue
Je me suis laissée piégée à force de silence

Tu es devenue ce qu’il fallait que tu sois
La grosse marrante
La grosse avec de l’auto-dérision
La grosse au beau visage
La grosse qui s’excuse perpétuellement

Lire la suite « Où sommes-nous? »

4 de coupes. Rester à l’abri et regarder la tempête

Si tu te sens dépourvu.e d’inspiration et déprimé.e ce week-end, n’essaie pas de te mettre davantage de pression pour performer ou produire (socialement, dans les tâches administratives, au niveau de tes exigences artistiques).

Quand t’es au courant qu’il se passe des trucs trop chouettes auxquels on ne t’invite pas.
Quand t’as perdu tellement d’ami.e.s que t’as arrêté de compter. Lire la suite « 4 de coupes. Rester à l’abri et regarder la tempête »

Oracle des Erinyes

Je veux que tu te casses, je veux que tu dégages.

Je veux que tu flippes pour ta life dès que tu mets les pieds ici.

Je veux que tu te sentes menacé.

img_20190518_133408_8732908881487871605138.jpgJe veux que jamais, plus jamais, tu ne te sentes légitime à faire part de ton avis de merde à une meuf, une gouine, un pédé, une personne trans. Je veux que tu ravales ton avis de merde et que tu t’étouffes avec.

Je veux que ta légitimité sans faille te râpe la langue, qu’elle te tranche la glotte, qu’elle se désintègre le long de son œsophage et que ses milliers d’épines te percent l’estomac. Je veux que la nausée te poursuive aussi longtemps qu’il le faudra.

img_20190518_133408_8676873178869858066860.jpg

Je veux m’engouffrer dans le vide de ton esprit et te tourmenter. Te tourmenter à jamais. Je veux que les Erinyes et toutes leurs descendantes te poursuivent tant que nous n’aurons pas obtenu gain de cause. Je veux que tu paies, je veux que tu trimes. Tu vas morfler. Je veux que tu te noies dans la sueur de tes cauchemars. Je veux que les sirènes des revanchardes étouffent tes cris. Je veux que la solitude étreigne chacun de tes membres. Je veux que l’isolement se resserre, qu’il fasse garrot, que t’en pète. Je veux que tu saches. Je veux que tu paies. Lire la suite « Oracle des Erinyes »

Tirage collectif. L’engrenage.

Je souhaite que jamais tu ne sois acculé.e au point d’estimer que ton ultime recours est de harceler pour survivre. Je souhaite que jamais tu ne sois exténué.e au point de ne plus être capable d’arrêter l’engrenage, au point de devenir l’engrenage qui emporte tout dans son mouvement implacable. Jamais. Je souhaite que la compétition qui te détruit ne devienne jamais le seul outil dont tu envisages de te saisir. Je souhaite que, surmené.e et maltraité.e, tu conçoives encore d’autres options. Je souhaite que ton capital -social, culturel et financier- ne repose pas sur l’exploitation.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Je ne te souhaite pas de finir par t’effondrer quand même. Mais je sais qu’à ce moment tu récolteras encore les lauriers comme ceulle qui a tout donné jusqu’au burn-out. D’autres (ceulles que tu auras poussé à bout) ne dorment plus, d’autres sont physiquement et/ou mentalement brisés, d’autres ont une réserve de pilules car yels n’envisagent plus que la mort. Lire la suite « Tirage collectif. L’engrenage. »

La Tour flambe. La Révolution.

16 avril. Le capitalisme et les chocs. Divination dans les volutes de fumée. Certain.e.s se sont précipité.e.s sur leurs chéquiers. Chance inespérée, la possibilité pour la France de combler son « retard » dans la privatisation de la culture et du « patrimoine ». Les chocs, s’empresser de déclamer les formules. Il y aura un avant et un après, répète après moi. Austérité, priorité, charité. Un avant, un après. Figer les volutes de fumée dans les esprits.🗡️
Ça ne dérange pas les catholiques, trop content.e.s d’expier leurs viols et autres abus dans des prières ostentatoires. C’est qu’yels en ont cramé.e.s, des innocent.e.s, au nom du pouvoir. Yels connaissent l’impact des images. Leurs oracles parlent d’espéranceuh. L’après. Pour absoudre les péchés. Chocs. Enterrer la continuité. Au piloris, les subtilités. Au bûcher. Rise like a Phoenix.🗡️
Le pouvoir se nourrit des chocs, toujours à-propos. Lire la suite « La Tour flambe. La Révolution. »

Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses

Après avoir tenté de comprendre le queer puis ses enjeux pour le tarot, penchons-nous sur la grosseur et sur la grossophobie.

L’analyse de tarots et d’oracles pour les articles ultérieurs de Grossir le tarot me contraindra à définir la grosseur très largement car la plupart des jeux ne propose pas aucune représentation de personne grosse. Certains se contentent d’intégrer une poignée personnages vaguement moins élancés que les autres. S’il ne saurait s’agir de représentations diverses, l’observation des cartes assignées aux personnages plus larges que le personnage standard nous informera malgré tout sur l’utilisation symbolique des corpulences hors-normes. Comme on le verra, à défaut d’alternatives dans ces jeux, j’ai souvent dû me résoudre à étudier des exemples « non-maigres » dans mon analyse de la grosseur dans le tarot.

Préalablement à l’étude de ces exemples, il nous faut interroger l’invisibilisation généralisée des gros-ses. Je te propose donc d’enquêter sur l’éventail de représentations limité – quand ce n’est pas une absence totale – pour une partie pourtant non négligeable de la population.

Terminologie

Mais avant tout: qu’est-ce que j’entends par grosseur ? Je n’utilise pas de termes médicaux. Je ne veux pas de termes qui rendent une « norme » implicite, estimant que certaines corpulences sont pathologiques. Pas de surpoids, de surcharge pondérale ni d’obésité ici. Pas de ces termes qui relèvent de l’arsenal de l’oppression des gros-ses. Pas non plus de ronde, pulpeuse, bien en chair, fort-e. Outre leurs aspects fortement genrés, ces mots agissent comme des euphémismes, comme s’il y avait quelque chose à atténuer ou à embellir. Nos réalités peuvent se passer de ces détours, en particulier dans un essai politique.

IMG_20190325_122342_453.jpg

Peut-être que ça sonne bizarre : gros, grosse, grosseur. Mais, eh, gros, c’est pas une insulte ce truc ? Bein si, on l’utilise comme tel. Et ça en dit long sur la perception de la grosseur, qu’un mot descriptif soit perçu comme injurieux et honteux. Encore une fois, cela n’opère que pour ce qui est stigmatisé. Les mots mince, blanc-he ou hétéro ne sont jamais devenus des insultes largement adoptées à un niveau structurel. Ces catégories sociales ne sont pas discriminées de façon systémique. Dans la lignée de 50 années de militantisme gros, de fat activism, on peut renverser le rapport de pouvoir, au niveau du langage, en insufflant à « gros-se » de la puissance plutôt que de la honte.

Lire la suite « Grossir le tarot / Un monde anti-gros-ses »

5 de pentacles. Début mars. Se regarder d’ailleurs.

💜On poursuit la série tarot du quotidien💜
5 de pentacles. Pas de chauffage jusqu’à nouvel ordre. Tout est à remplacer. Nouvel ordre, c’est sans doute pas avant l’hiver prochain. Si on nous vire pas avant. L’épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes depuis juin dernier ne tient plus qu’à un fil. J’arrive même plus à angoisser. L’électricité qui nous a lâchées aussi, ça a sonné le glas de nos espoirs. Lire la suite « 5 de pentacles. Début mars. Se regarder d’ailleurs. »