L’Ermite et ses cuillères

Comme beaucoup de malades chroniques, je considère l’été comme mes mois d’ermite. Ce rythme plus lent et ce retirement peuvent nous apprendre à suivre notre lanterne à travers les méandres de nos angoisses, de nos aspirations et de notre soif de sens. C’est dur. La douleur et l’épuisement nous vident. Mais cette canne est solide.

Où sommes-nous?

Préambule : Les personnes considérées comme « « obèses » » constituent un cinquième de la population par ici.

Où sommes-nous ?
Je tente de me frotter les yeux
Émergeant d’un cauchemar
Je n’y parviens pas
Dos courbaturé
Je tends la main dans le vide
Où sommes-nous ?
Le vide ne répond pas

Je t’ai cherchée partout
Dans les livres d’abord
Scolaire et isolée
Je t’ai cherchée sur les scènes
Je t’ai cherchée dans les réunions
J’ai zappé à en dézinguer la zappette
Tu n’es pas venue

Où es-tu ?
Tu es le spectre qui me taraude
Ton existence conditionne la mienne
Je t’ai aperçue
Imprimée sur les pages
Par les fantasmes d’une autre
Déformée sur l’écran
Pantin à la merci des campagnes de haine
Ce n’était pas toi
J’aurais dû m’en douter
Mais je me suis retrouvée piégée
Je te l’avoue
Je me suis laissée piégée à force de silence

Tu es devenue ce qu’il fallait que tu sois
La grosse marrante
La grosse avec de l’auto-dérision
La grosse au beau visage
La grosse qui s’excuse perpétuellement

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L’Etoile. Du croissant à la pleine lune

L’Etoile… Les étapes de la lune croissante sur sa robe dans le Thea’s Tarot. C’est comme quelque chose qui revient. Comme si on acceptait de revenir après la nuit noire (après La Tour aussi). C’est quand quelque chose palpite encore après tout ce chaos et qu’on en prend soin. Sans forcément savoir pourquoi. Sans nécessairement le conscientiser. ✨

Pleine lune. Il y avait un petit quelque chose qui revenait et on l’a accompagné. On l’a pris dans le creux de la main. On s’est mis en route. L’air de rien. Parce que ça vibrait. Parce que c’était touchant. Sans doute parce qu’on vibrait aussi sans en avoir encore conscience. Progressivement, on s’est senti une responsabilité pour ce petit bout d’étoile, cette pépite palpitante. Un attachement. Progressivement, on l’a porté plus près de notre cœur. Les flux de l’espoir se sont faits sentir aussi. Pas des flots, pas des torrents, ni rien de percutant. Un sens. Des ondes.

Maintenant la lune est pleine, on ne peut pas l’ignorer. Elle nous attire. Elle nous fait pousser vers elle. Plus près. Plus près. Lire la suite « L’Etoile. Du croissant à la pleine lune »

Interpréter le Roi de Coupes

Elle élève sa coupe par-dessus sa tête, par-dessus les nuages. Elle dresse son chaudron. Elle brandit ses connaissances spirituelles. Tout là haut, comme un phare dans la nuit noire, elle illumine. Ces rayons sont une invitation à te nourrir. Elle déversera un peu du contenu dans ton propre verre si tu désires t’initier.
Mentor, elle ne te prendra certainement pas sous son aile. Elle ne te montrera pas les étapes. Elle n’est pas un manuel qui instruit pas à pas. Elle préfère indiquer des pistes. Elle éclaire les multiples routes aux croisements, y compris les sentiers étroits que tu n’aurais pas aperçus.

Son contact a que quoi perturber. Malgré son savoir et le dévouement qu’elle engage dans son partage, elle pourrait te paraître froide, comme si son approche théorique l’avait détachée du contenu de sa coupe. Comme si, afin de vulgariser, elle avait perdu le contact avec le cœur de son sujet, trop occupée à le reformuler et à le rendre accessible. Distante… Ou est-ce qu’elle te fascine tellement que tu l’as idéalisée ?

Elle peut être la thérapeute qui t’aide à comprendre tes relations et tes schémas relationnels. Elle peut être l’amie à qui tu te confies quand t’es dans une impasse relationnelle parce que tu sais qu’elle va directement pointer les dysfonctionnements ou les émotions que tu as évité de gérer. Elle peut être Lire la suite « Interpréter le Roi de Coupes »

Cartomancienne et conteuse. Le grand jeu de Mlle Lenormand revisité

Cartomancie old-school à moitié revisitée avec cette précieuse antiquité de Grand Jeu de Mlle Lenormand.

img_20190612_105620_6981747239766805570099.jpgÇa vole pas bien haut. Le registre de la séduction s’épuise. Après le grands sourires, les « je vois tout à fait ce que tu veux dire », les « c’est ça quoi » et les minauderies, quand les masques tombent, il ne reste que les coups bas. On s’arrache les miettes qu’on peut encore sauver. C’est à celui ou celle qui se tire avec le plus vite.

La personne la plus rapide use de plus de fracas. Elle gère les froufrous. Elle en met plein la vue. Poudre aux yeux! Elle dissimule ainsi ses lacunes, voire ses manipulations. Ça passe crème. On lui déroule le tapis rouge partout. La renommée, les likes, les vidéos, les articles,… Ça séduit, ça attire et ça se gausse des personnes écartées par ces procédés pas franchement classes. L’audace paie tout comme les belles paroles. Lire la suite « Cartomancienne et conteuse. Le grand jeu de Mlle Lenormand revisité »

Architecte de couteaux et Tempête. Quand le corps s’entête à résister

Mes espèces d’allergies toujours pas vraiment diagnostiquées depuis 4 ans sont de retour. Elles sonnent le glas de mon été. J’ai beau savoir ce qui m’attend tous les ans, je me le prends dans la tronche, de plein fouet. Mes quintes de toux me réveillent. Les expectorations m’épuisent. Mes envies s’amenuisent à vue d’œil. Le mois de juin se moque de moi. En général, cet état s’installe jusqu’en octobre.

Je dois prendre rendez-vous avec le médecin-conseil. A quelle sauce me mangera-t-on à l’approche de l’invalidité (la fin d’une année d’incapacité de travail)? J’ai l’impression de contribuer, à mon rythme et avec les limites de mes capacités, au monde. Mais certainement pas dans les mois à venir. Tornade. Ce qu’ils veulent entendre, c’est qu’on n’arrête pas de vivre à cause d’une maladie chronique. Dans mon cas, le syndrome d’Ehlers-Danlos m’a fait réévaluer et réorganiser avant tout. Mais ça veut dire que plus que jamais les rouages du capitalisme et de l’handiphobie apparaissent. Plus que jamais, alors que la maladie s’installe, mon corps résiste à la performance qu’on attend de lui. En fait, c’est dur de ne pas être rentable dans un monde où c’est un curseur si important de la valeur de quelqu’un.e. Dans un pays avec un système de santé plus ultralibéral et handiphobe que jamais. Lire la suite « Architecte de couteaux et Tempête. Quand le corps s’entête à résister »

Pour les valides, de la part d’une SEDiste (7 de couteaux et Le Précipice)

Aux valides (depuis le point de vue spécifique de mon syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile).

Qu’est-ce qui donne corps à ta définition de la réussite ? Comment fais-tu pour évaluer la faisabilité ? Sur quoi peux-tu te reposer ? Que deviendrait ta réussite si une journée de 2 heures de travail était une bonne moyenne pour toi ? Que deviendrait-elle si tes frais de santé engouffraient 5, 10, 50% de ton budget mensuel ? Comment organiserais-tu ton succès si un trajet en transports en commun te cassait pour une, deux, cinq heures par jour ?

Comment développerais-tu ton réseau et tes amitiés ? Comment bénéficierais-tu du soutien si précieux pour accomplir tes rêves ? Comment te rendrais-tu à un endroit où les chaises te déchires la peau, où la fumée t’agresse les poumons pour les 15 jours à venir, où la lumière te donne mal à la tête et le bruit t’empêche de te concentrer ? A quel point ta vision de la réussite dépend-elle de l’accessibilité que les autres (n’) assurent (pas) pour toi ? Quels points perds-tu par rapport à l’accessibilité ? Comment juges-tu les personnes qui ne travaillent pas comme toi ? Quelle valeur accordes-tu à la productivité? Lire la suite « Pour les valides, de la part d’une SEDiste (7 de couteaux et Le Précipice) »

Le 7 de coupes. Mais quelles coupes? Une session de dégustation personnelle.

Est-ce que tu t’éparpilles au lieu de te concentrer sur l’essentiel ? Est-ce que tu rêves, tu désires, tu souhaites, bref tu fantasmes au lieu d’agir concrètement ? Tarot, astro, mythologie, écriture, tirer les cartes pour d’autres, herboristerie. Quand être touche-à-touche revient-il à être superficiel-le ? Quand l’excitation pour dix mille petites choses te détourne-t-elle de ce qui a vraiment besoin de ton attention ? Quand cette foule d’intérêt se met-elle en travers d’une expérience profonde de ce qui te passionne ? Lire la suite « Le 7 de coupes. Mais quelles coupes? Une session de dégustation personnelle. »

4 de coupes. Rester à l’abri et regarder la tempête

Si tu te sens dépourvu.e d’inspiration et déprimé.e ce week-end, n’essaie pas de te mettre davantage de pression pour performer ou produire (socialement, dans les tâches administratives, au niveau de tes exigences artistiques).

Quand t’es au courant qu’il se passe des trucs trop chouettes auxquels on ne t’invite pas.
Quand t’as perdu tellement d’ami.e.s que t’as arrêté de compter. Lire la suite « 4 de coupes. Rester à l’abri et regarder la tempête »