Se concentrer sur le travail des ombres. Épouser l’occulte.

Pouvoir aller là-bas. Faire ce travail-là. Comme quand je peins intuitivement, automatiquement pour déterrer les souvenirs enfouis par la dissociation. Je fais un travail long. Sur le long terme. Que j’oublie parfois car je ne sais pas comment intégrer tout cela dans ma vie. S’y pencher, c’est faire face à la nécessité de choix dont l’impact sera irrémédiable. La carte de la Justice dans un coin de l’esprit. La cour des épées.
La Lune. Dans la nuit. Sous un autre jour.

Dans les forêts qui ont peuplé des années de ma vie. Les mains coupées des enfants sont suspendues aux arbres comme autant de réjouissances de Noël. Je suis coupée. La nuit, je hurle encore.
De la cime des arbres où j’ai grimpé: ma soeur, ma soeur, ne vois-tu rien venir? Je vois la mort. Je vois ce qui est arrivé quand on a décidé de me tuer.

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La grand-mère a cousu une robe pour affronter la nuit. Brodée d’offrandes aux loups.
De la nuit, pourtant, je ne retiens rien. Le matin, je reviens comme l’enfant auréolée de pureté. Même quand, la nuit, j’ai dévoré les entrailles de cygnes en colère. J’ai sacrifié leur beauté à ma vengeance.

Que sais-tu de la lumière, hormis celle des clairières, quand tu as grandi dans les bois?

La nuit, je monte jusqu’aux cimes des arbres. Et je crois la voir venir. Sur son cheval blanc. Avec la beauté stupéfiante de celles qui ne cessent de sauver. Un jour, je me blottirai tout contre elle et, enfin, je saurai que je n’ai plus de raisons d’avoir peur. Que je suis saine et sauve. Ou folle et sauve. Mais que le mal est désormais suffisamment éloigné pour ne plus passer mes nuits à pleurer. De frousse.