Je suis épuisée. Tout me coûte. Tant d’efforts. Est-ce à cause du SED que je suis redevenue étudiante / valet / page? Pas que ce soit une mauvaise chose… Avant, quand j’étais coordinatrice d’une association et militante dans des collectifs, ou du moins pendant quelques années tandis que je portais ces casquettes, j’étais une experte sur certaines questions, capable d’informer, d’expliquer, de sensibiliser. Maintenant, je bidouille avec tous les sujets qui m’intéressent. Je ne me sens pas novatrice. Juste bordélique. Je crois que c’est ok. Je ne crois pas être destinée à être une pionnière, quelqu’une qui articule, une personne qui comprend plein de choses. Les brouillards cérébraux m’ont apporté l’humilité. Les idées partent aussi vite qu’elles sont arrivées et je n’en fais pas grand-chose.
Tout n’est pas fini pour autant. Qui sait? Peut-être que je commence mes “initiations” à zéro dans plein de domaines et que je finirai par être une visionnaire. Par être claire. Par… (je suis interrompue)
J’ai changé d’échelle. J’arrive à un niveau que je ne connaissais pas et auquel je suis bien moins importante. Le niveau du territoire.
Je me remémore ces discussions d’il y a 10 ans. Sur les micropolitiques, tout ce bazar. Et les groupes de parole. On était dénigré.es par celleux qui jugeaient nos activités de proximité et de rassemblement pas assez révolutionnaires. Pourtant, nos activités dans nos petits collectifs ont généré de la transformation radicale à leur niveau. Je n’ai jamais été à l’aise avec les échelles trop larges, trop englobantes, trop généralisantes et surtout étouffantes.
Se focaliser sur le local comme niveau d’action, de changement, de connexion, ça bouscule profondément ta perspective. Tu ne peux pas rester dans la théorie. Ni dans le défaitisme. Tu dois impérativement appliquer. Et t’appliquer. Dans une économie de l’attention (whatever that means), c’est un changement d’échelle et de rythme radical. Tu ne te fermes pas parce que tu n’es pas constamment en train de scroller et de réagir.
En période prémenstruelle et de lune sombre, je partage des notes prises dans mon carnet en mai.
La fatigue prémenstruelle s’installe. Je ralentis. Je me blottis en moi-même. Je n’ai pas attrapé les rêves au réveil.
Je rétrécis pendant la période prémenstruelle. Plus vulnérable, je rétrécis mon environnement. Je me réduis afin de ne pas m’échapper. Ne pas m’écorcher. Ne pas m’emporter. Je me retiens. Tout est dans l’équilibre, dans le dosage. Mais comment doser lorsque tu te dissous? Il faut retrouver un peu de grâce. Revenir à l’essentiel. A l’échelle de ce qui est petit.
Je me rétracte sans me retrouver seule dans ce monde miniature. Je considère les distances que les ancêtres pouvaient parcourir à pied. Je suis à 15 km de la ferme à W. A 17 km du village O. Je sais… ne pas savoir… tempérer pour mieux me recentrer. J’essaie d’être au plus juste. C’est une question de justesse.
Je cherche à me retrouver. Je ne fais que me diluer. Donne-moi un nom. Donne-moi un visage. Je suis dérangée. En dérangement. Évacuée. Donne-moi des idéaux. J’ai rêvé de cette contrée il y a 10 vies. Elle m’a accouchée aujourd’hui. Je me liquéfie. Rattrape-moi sur le rivage de la Dendre… C’est la nuit. Les moyens-ducs dans le saule pleureur. Le sol pleure. Retiens-moi. Que je ne m’efface pas avec mes chagrins.
Il y a des jours où tout est trop. Et je n’ai toujours pas récupéré mon visage. Je pratique l’écriture automatique car c’est là que l’on perd ma trace pour retrouver mes traces. En suivant mes empreintes, on me recompose. Je ne suis jamais seule. Je suis toujours multiple. On ne sait jamais qui est le je, qui est le tout, mais on sait que tout cela cache un nous. On se dérobe aux compréhensions. On s’exalte dans le désordre. On est les empreintes, celleux qui les suivent, celleux qui les ont laissées, les vents et les pluies qui les emporteront, les océans qui les avaleront.
De ces vies qui s’écoulent encore, dans les ruisseaux alimentés par les sources, dans les caniveaux nourris par les urines, dans mes veines, De ces vies qui s’écoulent encore, Je préserve les sons Je préserve les sens Mon adn s’éteindra avec moi. Mais rien de tout ça n’est stérile. Je serai l’ancêtre bienveillante. Queer. Je ne serai dans le sol que tu fouleras. Peut-être la fourmi. Peut-être le rosier. Je serai et tu sauras me retrouver. Comme nous le faisons depuis des siècles, depuis des millénaires Comme nous nous aimons Comme nous nous ensablons Comme nous nous érodons Et nous nous rassemblons pour former des abris Des lieux refuges Du répit et de la bienveillance De la force et de la persévérance
Nous sommes les ancêtres révolutionnaires Par choix pour par nécessité Les ancêtres libérées Les porteuses de Libération Les semeuses d’espoir Les récolteuses d’insoumission Nous sommes les rêveuses et les porteuses Inarrêtables, persévérantes, et toujours, toujours, bienveillantes!
Le tarot me transperce le cœur. Cet outil m’est indispensable. Il m’aide à être pleinement présente. Avec lui, je déjoue mes pièges. Je cherche à ajuster. Avec lui, je suis dans le néant. Je me pose aux croisements quand rien n’est clair. J’emprunte des chemins quand la brume se dissipe. Je me transforme. Avec lui, je vois par-delà la poudre aux yeux. Je ne m’arrête pas aux apparences. Je suspends la rationalité cartésienne, une idéologie au service des systèmes capitalistes, racistes et sexistes. J’épouse une logique enracinée, encorporée, connectée, qui me paraît ancestrale. Je me raconte peut-être des histoires… Je raconte indubitablement des histoires avec le tarot, en réalité. C’est un compagnon conteur.
Du doute, des liens
Avec lui, je refuse d’avoir réponse à tout. Je renonce aux explications indémontables. J’observe les transformations. Je renonce à posséder et à hiérarchiser. Je m’ouvre aux conversations. Mon regard sur le monde change. Le champ de ma perception s’élargit. Les détails deviennent d’incontournables pièces au puzzle. Plus rien n’est insignifiant. Les signes foisonnent. Mes récits se reconfigurent. La vision d’ensemble porte plus loin. Elle englobe davantage. Les compréhensions se multiplient.
En compagnie du tarot, les ponts se créent. Ils se déplacent et modifient les destinations en chemin à la façon des escaliers de Poudlard. Ils se co-construisent. Les ponts se créent. Je me dévoile à moi-même, autant que les facettes d’un monde que je croyais jusque-là désenchanté. Les aller-retour entre mon être et le monde sont féconds. Ils nourrissent un courant. Le tarot se ressent au confluent de sources inépuisables. Est-ce mon intuition? Est-ce un message divin ou ancestral? Est-ce le lieu qui parle? Des sources inextricables les unes des autres. En grande partie insondables.
Langage et clivages. Tarologie vs taromancie?
Le tarot m’apporte des images et un langage auxquels je contribue en retour. En écrivant. En créant. En partageant. A chaque lecture – pour moi, pour d’autres ou plus-qu’humaines. Le tarot existe et grandit parce que nous le remplissons. Nous le nourrissons autant qu’il nous nourrit. Nous étendons l’éventail de ses significations. Nous substituons nos expériences à celles qui nous excluent du discours du et sur le tarot.
Le tarot est un langage. Ses interprétations sont infinies. Ce n’est pas une science. Le logos l’épuiserait si je m’y arrêtais. La tarologie, l’étude et l’analyse du tarot, ne forme donc qu’un aspect, en dialogue constant avec la taromancie. Dans ce domaine, les mots ne suffisent pas, à part peut-être quand ils s’agencent sous forme poétique.
La divination par le tarot est incernable. Rigueur et méthodologie la soutiennent. Ce sont des fondations qui se passent de murs. Elles ne peuvent enfermer la pratique. Il faut laisser de la place pour l’enchantement aussi mystérieux qu’il paraisse. En tant qu’humaine, je suis en effet dépourvue d’un langage complexe pour dire les courants du tarot. Il nous faut des mythes pour tenter d’expliquer la complexité de l’ “Invisible” (encore un mot réducteur). Ceulles qui s’essaient à le rationaliser échouent, imbu.e.s de leur humanité. Je vous raconte ma relation au tarot en un mélange de mythes, de poésie et d’images. Imparfaitement retranscrite, elle participe aux flux de transmission autour et avec le tarot..
Avec des figures comme La Grande Prêtresse, le tarot m’enseigne aussi la vacuité des dichotomies comme systèmes explicatifs. Aucun mur ne s’érige non plus entre la tarologie et la taromancie.
A nouveau, reformuler, tenter d’approcher, tournoyer, mélanger.
Le tarot est un art
Je ne peux que convenir qu’un jeu de tarot est un outil. Je ne peux pas m’en contenter cependant car c’est une définition ad minima. Elle ne heurtera personne. Inclusive, elle invite les récalcitrant.e.s. Mais il faut dépasser le constat. Il faut tester l’instrument. Il faut répondre à son appel. Ou bien initier la relation.
De là, le tarot est avant tout un art et, par extension, un portail. Sa pratique est mouvante. Multiple. En expansion. Dans le même mouvement qui nous ramène au présent, en ce lieu, à nos corporalité, il se déploie. Il ramène. Il essaime. Il rassemble. Il emmène.
En tant qu’art, il s’appuie sur l’expérience, sur des dosages et sur des réajustements. Il se développe à mesure que nous co-créons. Rien ne peut le contenir (même s’il peut jouer le rôle de récipient et contenir ce que nous lui confions).
La curiosité meut l’artiste. La créativité constitue un de ses meilleurs atouts. Le tarot est un imaginaire. Une praxis. Une fabrication. C’est la magie telle qu’elle se vit. Le tarot ne m’intéresse pas sans sa magie. Sans son pouvoir d’ouvrir et celui de contenir, il n’est rien pour moi. S’il n’est pas un portail, pourquoi existerait-il?
Ici, en vidéos et ailleurs, je veux vous transmettre la magie dont je fais l’expérience grâce au tarot. Je n’ai cependant pas l’intention de rebuter les personnes qui ne partagent pas cette conception. J’incorpore les paillettes magiques et les murmures des “autres mondes”. Je saupoudre les merveilles que le portail m’offre de ressentir. Il n’est pas nécessaire d’y goûter ni d’y adhérer. Vous pouvez rester sur le seuil et observer. Je n’impose aucune vision du tarot. Mon objectif serait plutôt de vous inspirer pour développer la vôtre en relationnant avec les cartes.
Mon tarot, votre tarot, notre tarot
Puisque rien n’est figé, je vous invite à prendre note de votre vision du tarot aujourd’hui. Si vous êtes coutumier.e de cet exercice, pourquoi ne pas plonger dans vos archives? Et, surtout, n’oubliez pas d’y revenir. Quel ravissement de prendre la mesure du chemin parcouru avec le tarot ! Quand je relis mes notes de 7 ans déjà, je réalise que l’art du tarot m’a changée. Je fais le vœu que cela continue. Pour moi, comme pour vous.
Il n’y aucune recette. Aucune ligne d’arrivée. Il y a de la transformation. Assurément. De la co-création. En ce compris avec le tarot. Comme nous, il est en perpétuel évolution. Témoin et parfois reflet de son temps, des normes, des pouvoirs en place. Témoin et parfois reflet des existences marginalisées. J’écris avec lui depuis mes marges. J’écris pour vous et pour votre anormalité. J’écris parce que le tarot est votre outil, votre art, votre portail.
Pour célébrer cette nouvelle carte du tarot que nous co-créons avec mon épouse RoseButch!
Visualiser la Grande Prêtresse
Regarde-moi! Je suis ici depuis si longtemps que je me suis fondue dans les lieux. J’ai fusionné avec les éléments. Les araignées tissent leurs toiles autour de moi. Elles défient la gravité. Elles prennent le temps. Je me dois d’être précautionneuse pour respecter le fruit de leur labeur. Pour qu’elles se nourrissent. Pour que leurs voiles gardent les profondeurs de la caverne.
La mousse s’attache à mes semelles. L’humidité ne m’affecte plus comme avant. Elle assure la fertilité de l’existence souterraine. L’obscurité ne m’effraie plus. Mes sens ont pris l’habitude de ne plus tout trier, tout savoir, tout comprendre. Je ressens. C’est déjà bien assez!
Pose-toi sur la roche sans troubler les stalactites ni te heurter aux stalagmites. Regarde-moi.
Je suis là depuis si longtemps. Nous co-existons depuis si longtemps. Tu connais pourtant bien peu de moi. Tu me sens à peine respirer. Il t’est loisible de m’oublier.
Regarde-moi de temps en temps.
trempe tes doigts dans l’eau des profondeurs dirige ton regard vers le croissant de lune laisse l’ineffable t’hypnotiser ta mémoire ancestrale te revenir tes réflexes animaux te conduire tes connexions se rétablir l’Invisible t’emplir l’intuition te nourrir
Tourne-toi de temps en temps vers tes instincts sachants vers ton puits de connaissance que rien ne valide, rien n’invalide à part la certitude intuitive de ton corps, de tes sens et de ce qui passe leur filtre ce qui frôle, qui s’appuie, qui coule Reste là le temps de sentir la puissance le temps de te sentir changé.e chargé.e
Comprendre La Grande Prêtresse
Impassible? Passive? Insensible? Au contraire!
La Grande Prêtresse est assurément calme. Mais derrière sa mine imperturbable? Tout comme derrière le rideau tendu derrière elle: tumultueux!
Comme carte associée à la Lune, c’est inéluctable: la Prêtresse est une carte de changement! Nous observons tout un cycle de ce satellite en 29 jours. Les émotions fluctuent. La Lune, corps céleste humide, leur trouve du liant. Elle les mélange. Elle colle avec ses fluides les faces et les phases morcelées.
Si la Grande Prêtresse paraît austère, c’est qu’il y a fort à faire. Si iel est inactif.ve, c’est qu’iel est connecté.e à des fréquences, des mondes, des profondeurs qui exigent un état de concentration absolue. Iel n’est pas en retrait de ce monde. Sa connaissance des fils qui relient les différents mondes lae rend très présent.e. Iel prend son temps parce qu’iel ne laisse pas l’urgence des humain.e.s et leurs pendules capitalistes dicter son rythme. On lae taxe d’indifférent.e. Iel vibre au rythme des secrets.
Sur la pointe des pieds entre les mondes Les chevilles embourbées dans des perspectives eschatologiques Sur le fil des contradictions, pas d’évasion Pas de récits, pas d’écrins pour les utopies Décharnées Ce corps ce monde ce corps ce monde Réintégrer, ré-encorporer, réclaimer, réapproprier Ces ruines Les sucs gastriques se chargent des fruits précocement tombés L’acidité engouffre la disette la déconfiture la féconditure les offrandes écarlates Gaz succulents s’échappant d’usines désaffectées Alertes par SMS Disette Notifications rassasiées L’écorce saigne Les cosses sont vides Les coquilles les îles les îles S’étiolent S’étiolent Croupissent
Quelles déesses de la fertilité appeler? T’as raté un chapitre. Hier encore… Un désastre. Quelles déesses de la fertilité appeler ? Les épis pourrissent Hekate ratisse Les carnassières rappliquent Utopies décharnées Les espoirs rapetissent Comme neige carbonique au pistolet
Y a pas de morale à la valse du 2 de disques, c’est rien d’autre qu’une histoire d’équilibre Pas de morale Des coquilles en guise d’épaves, de navires, d’épaves Ainsi va la valse du deux de disques Récit d’équilibre La pratique pour mission La matière la terre le corps
Une bien belle (dé)composition L’art de flétrir Le défi de périr Sans la dignité que le capitalisme a annihilé L’art de flétrir Le défi Être où ça s’écroule dans le ciment dans la cime des cèdres centenaires incendiés dans les civières Ontologie de l’indicible Fanfares des entre-mondes dont les grondements fragmentent le ciel
On dit que la Grande Peste se caractérise par la disparition des traces écrites
Que crient les corps ? Qu’écrit l’Agonie ?
Il n’y a pas de morale, pas de positivité dégoulinante ni de défaitisme dépolitisé, juste la pratique de l’équilibre avec le 2 de disques (et peut-être des hernies discales, des lignes de faille, des fractures d’où hurlent l’Autre Monde)
On a tant à t’apprendre On insiste On se montre On distille des indices On t’accompagne au quotidien
Vois comme nous brillons Voyez comme nous rassemblons
Une feuille dans la casserole Une brique dans le sol Le soleil obscurcit Le silence qui précède Les aboiements
N’essaie pas de déchiffrer Suis sans douter Suis-nous Suis-nous
Accompagnons-nous
Nos allié-e-s, les Esprits compagnons
Lae Magicien-ne, L’Oisillon-e, Le 7 de couteaux (Slow Holler Tarot)
Avec toi la nuit je danse, la nuit, je pars, la nuit, j’invente
A tes côtés là où les limites se fondent Trépassent Je suis ce qui te donne forme dans cet espace à la croisée des mondes Le zéro, la carte de tous les possibles Le cercle, la certitude de se retrouver La boucle, le secret au coeur de l’astrolabe
Nous sommes à la croisée des mondes les esprits qui t’interpellent, qui t’accaparent, qui se cachent, qui paradent qui se rebellent
Nous sommes les mondes, tu ne peux être sans nous Tu ne peux créer sans nous Tu ne peux savoir sans nous
La nuit, on dansa, la ronde des vivant-e-s La ronde des compagnes.
On se soustrait à ton regard si tu fais preuve d’arrogance, si tu veux nous contenir en bocaux, nous enfermer dans tes labos, ou des encyclos On se casse si tu as la prétention de nous cerner, de nous utiliser, de nous vider
On co-existe Souviens-toi que nous co-existons C’est comme ça que nous partons à l’aventure – toi, moi, la multitude
Les Sien-ne-s
L’animisme n’est pas mort
L’animisme, c’est la vie, la mort, les renaissances
J’étais agitée pendant plusieurs jours avant de me rendre aux énergies cosmiques. Les carrés entre Saturne et Uranus activent de nombreux points de mon thème natal. Mon carré de Saturne tempête fort.
En me connectant à ma frustration avec le grand carré, j’ai fini par ne plus résister. Je renonce aussi à trop en faire, à tenter de compenser. Il y a tellement de transformation. Même si la résistance fait partie du processus, me rendre à ce qui se passe au-delà de mon contrôle m’apporte un enseignement. Macrocosme, microcosme, interconnexions: ça ne vaut pas la peine de se battre contre tout ça. C’est plus puissant de céder, de se laisser aller, de se brancher sur cette fréquence. Se mouvoir sur ces ondes.
Saturne et Uranus sont des enseignantes précieuses dans mon parcours. Malgré les frustrations, j’apprends à travers les limites et les bouleversements. L’astrologie est un langage, mais aussi une clé. Elle n’est ni purement incapacitante face à un destin qui nous serait dicté d’ailleurs ni une grille d’analyse purement empuissançante qu’on manipulerait à notre guise. Elle participe de la compréhension de l’Invisible. Plus on interagit cependant et plus on est remis-e à notre place. Même si une vision géocentrique de l’univers est le point de départ historique du « logos » astrologique, l’astrologie ne confère pas forcément aux humain-e-s une préséance dans l’ordre des choses, dans la cosmologie. Elle nous invite à tisser du lien.
J’ai séché mes larmes de frustration en pensant à mes placements natals affectés par le carré entre Saturne en verseau et Uranus en taureau. L’astrologie est un art, non une science. L’analyse des transits m’informe des thématiques qu’il est susceptible de balayer, mais elle ne détermine pas forcément ce qu’il adviendra. La divination est un art. Elle peut être « utile ». Elle peut prédire. Mais elle est avant tout une conversation, une création, une étreinte des Mystères, une confiance à l’Inconnu. Une clé qui ouvre les portails de notre âme sur un monde foncièrement enchanté bien qu’on s’obstine à l’emprisonner.
Exaspérée par le combat entre l’implacable Saturne et la révolutionnaire Uranus hier, j’ai accepté l’invitation de ma chère et tendre. Nous nous sommes mises en route pour le Mont Minerve. J’utilise le nom qui était (peut-être) le sien avant la christianisation. Celui qu’on lui donnait avant la romanisation ne nous est pas parvenu par des sources historiques, même si les Esprits des lieux les murmurent encore aux pélerin-e-s qui les cherchent. Un sentier des bateliers sillonne encore le Mont. Il ferait référence aux batelièr-e-s qui laissaient leur moyen de transport sur le fleuve pour se mettre en marche et passer la nuit au village. Iels foulaient le même sol que nous arpentons aujourd’hui. Vénéraient-iels aussi les déités locales au sommet du Mont?
Les déités de ces lieu ? Le nom du Saint qui a tenté d’éradiquer les croyances locales pour imposer le christianisme est celui qui désigne communément l’endroit de nos jours. Il y a encore quelques décennies, l’usage d’une allusion à la Trinité prédominait. Si la Trinité est incontestablement un concept chrétien, c’est toutefois une autre résonnance qui vient me chercher. Mon cœur s’emplit en effet de la douceur des Matronae/Matres régionales, le groupe de 3 « déesses-mères » locales. Des traces du culte marial sont encore présentes le long des nombreux chemins du Mont Minerve. En contrebas, du côté de la ville, à l’opposé de notre pèlerinage du jour, se trouve le lieu-dit consacré au culte marial « de la tombe ». Selon certaines sources secondaires, elle s’appelait auparavant « Notre-Dame du Tumulus ». Son culte aurait permis aux pélerin-e-s éreinté-e-s de se recueillir dans la vallée auprès d’une statue érigée sur un tumulus de l’époque gallo-romaine avant de poursuivre ou de renoncer à l’ascension de la colline. Sacré Mont, cette colline ! Elle culmine à à peine 150 mètres d’altitude. Les Monts du plat pays…
Je m’égare… N’est-ce pas le propre d’une pélerine ? C’est d’ailleurs au fil de mes errances que je tisse des histoires du Mont Minerve. Il y a 10 jours, dans l’église du Mont Minerve, une nouvelle statue avait été posée sur l’autel de la Vierge vêtue d’une tenue visiblement antérieure aux années 1920. Quand je me suis enquis de son origine, la concierge qui venait fermer le bâtiment a déclaré qu’elle était « apparue » à l’arrière de l’église et qu’elle l’avait déposée à cet endroit en attendant le retour du chanoine. Je m’égare ; des fragments apparaissent. Ce n’est qu’en m’égarant que mes pas – ou ses envoûtements – me mèneront à la source sacrée du Mont qui m’apparait parfois en rêve depuis des années.
Hekate est la Magicienne. Hekate est mercurienne, particulièrement en mai: Gémeaux
Elle est la voie dans le chaos, la piste dans la multitude Elle brouille les pistes. Mais derrière les masques, c’est toujours Elle.
Hekate Einalia se tient à la croisée des mondes. Sur la falaise au bord de la mer, les serpents au vent Elle exprime son rôle de porteuse des clés de l’âme cosmique.
En elle, tout fusionne, tout se rencontre Tout prend vie Ce n’est que passés à son filtre que les éléments prennent vie
Hekate anime Elle manipule Elle crée
Comme la Magicienne, elle canalise le cosmos et le chaos la foudre, la brise l’eau salée et les fluides Elle nous active
Elle énergise. L’énergie monte, monte. Les forces descendent.
Elle est le point de rencontre Le point de fusion Le point de création
L’explosion et la concentration. Elle contient, elle relâche Elle génère des mirages, des tâches Des miracles
Je me présente à toi. Tu accueilles Tu détruits Tu façonnes Tu acceptes
Dans tes spirales se tissent les fils du temps Se brodent les mains de tes filles
Tu engendres, nous existons Tu nous libères Tu nous appelles
Hekate, Anima Mundi, Bénie, sois-tu Mère cosmique Vecteur énergétique Infinie Tu es le souffle et l’âme et tout autre chose l’unité et la multiplicité Tu es La médiation cosmique.
Nos sens savent. Nos sens comprennent. Nos communautés (se) soutiennent. Autour de nous, les vies fourmillent sous diverses formes. Plus encore : les plantes, les pierres, les ancêtres, les déités, tout cela s’exprime, accueille, rage, attire, rejette. On va à la rencontre de ce fourmillement. De la beauté comme de la monstruosité. On suit nos sens, en ce compris ceux qu’on n’a pas appris à utiliser. On croit nos frissonnements.
L’Invisible a été mis au ban de nos sociétés rationnalisées, capitalistes, vidées. On renoue. On le valorise. On (re)trace des cosmologies dont l’humain-e n’est pas au centre. On observe les schémas et on les respecte. Tout comme là-haut, aussi ici-bas. Tout comme en nous, aussi au dehors. Nos pratiques oraculaires consistent à mettre en lien. Les résonnances emplissent notre vision du monde.